Le retard, le laxisme et la complaisance : ces habitudes qui freinent silencieusement nos sociétés

Xalima
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Le texte de Chérif Salif Sy dépasse largement la simple présentation d’excuses après une rencontre mal organisée. Il soulève une question profonde, souvent négligée dans nos sociétés : notre rapport au temps, à la responsabilité et à l’exigence collective.

Le problème n’est pas seulement d’arriver en retard. Il réside surtout dans la banalisation du retard. Lorsqu’une réunion annoncée à 10 heures commence à midi sans que personne ne s’en étonne véritablement, le dysfonctionnement est devenu une habitude. Et lorsqu’une habitude cesse de nous déranger, elle devient difficile à corriger.

C’est précisément là que se rencontrent le laxisme et la complaisance.

Le laxisme consiste à ne plus exiger le respect des engagements. La complaisance, elle, consiste à trouver continuellement des excuses à ceux qui ne les respectent pas. L’un affaiblit la discipline, l’autre entretient le problème. Progressivement, la ponctualité devient une qualité exceptionnelle alors qu’elle devrait être une règle ordinaire.

Il existe également une injustice silencieuse dans cette situation : ce sont souvent les personnes ponctuelles qui paient le prix de l’indiscipline des autres. Celui qui arrive à l’heure attend celui qui est en retard. Celui qui respecte le programme subit les conséquences de celui qui ne l’a pas préparé. À force, certains finissent même par arriver volontairement en retard, convaincus que rien ne commencera à l’heure annoncée. Le cercle vicieux s’installe.

Mais il serait trop facile d’attribuer ces comportements à une prétendue particularité culturelle ou à un manque individuel de sérieux. Ils révèlent aussi des insuffisances d’organisation, de coordination et de responsabilisation. Une société ne devient pas ponctuelle uniquement parce qu’on lui demande de l’être. Elle le devient lorsque ses institutions, ses entreprises, ses associations et ses dirigeants donnent l’exemple et mettent en place des pratiques cohérentes.

Le temps perdu ne se mesure d’ailleurs pas uniquement en minutes. Il représente des rendez-vous manqués, des décisions reportées, des coûts supplémentaires, une productivité réduite et parfois une confiance qui s’érode.

Il faut néanmoins éviter de faire du retard l’explication générale de nos difficultés économiques. Nos pays font face à des problèmes structurels autrement plus complexes. Mais notre manière de gérer le temps peut aggraver ces difficultés et réduire l’efficacité des solutions que nous cherchons à mettre en œuvre.

Ce qui rend le message de Chérif Salif Sy particulièrement intéressant, c’est qu’il commence par reconnaître sa propre responsabilité. Il ne se place pas au-dessus du problème : il admet en faire partie. Cette démarche donne davantage de force à son propos qu’un long discours moralisateur.

Au fond, la question n’est pas de transformer chaque retard en faute grave, ni d’imposer une discipline rigide déconnectée de nos réalités. Elle est de comprendre qu’une société qui aspire à davantage d’efficacité doit progressivement cesser de considérer la désorganisation comme une fatalité.

Nous parlons souvent du temps que nos pays ont perdu dans leur développement. Nous devrions peut-être aussi nous interroger sur le temps que nous continuons collectivement à perdre, chaque jour, par habitude, par négligence et parfois par simple complaisance.

Car le véritable changement commence peut-être au moment où nous cessons de trouver normal ce que nous savons pourtant être anormal.

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