L’affaire Cheikh Yérim SECK semble mettre au goût du jour le débat sur la lancinante question de la place du citoyen dans les stratégies de gouvernance de la société humaine en générale et celle du peuple sénégalais en particulier.

Il s’agit plus précisément de la question de savoir si le citoyen est en droit de porter à la connaissance du public son opinion sur l’opportunité, la pertinence ou la portée d’un acte ou d’un fait administratif résultant de l’exercice de prérogatives de puissance publique ?

Pour Emmanuel KANT, « la liberté est l’unique droit originel revenant à chaque homme en vertu de son humanité ».

Et c’est ainsi, bien qu’ayant transféré une partie de son pouvoir à la puissance publique, le citoyen reste le titulaire du pouvoir originaire de tout régime démocratique. A ce titre, il est investi d’un pouvoir naturel de contrôle nonobstant celui de l’autorité investie légalement de cette prérogative.

Il faut dire, à ce propos, que la nature elle-même a doté l’homme de certaines facultés (l’ouïe, l’odorat, le toucher, le goût et la vue) afin de lui permettre de s’épanouir par la quête de l’information en vue de nourrir l’esprit par l’entremise de la pensée.

Et, c’est de là que vient l’inspiration de la liberté d’opinion dont l’affinement dans la philosophie de la République a abouti à la consécration de libertés connexes telles que celles ayant trait à la liberté d’expression (la faculté de pouvoir exprimer ses opinions pour tout moyen) ou à la liberté de presse (la mise en œuvre de la liberté d’expression par une personne morale).

Au demeurant, la République reconnait à tout citoyen le droit à la liberté d’opinion, ce qui inclut le droit à être informé. De même, chaque citoyen dispose également du droit au respect à l’honneur et à la vie privée ou du droit à un procès équitable, droits qui vont de pair avec les besoins légitimes d’information du citoyen.

En effet, si l’homme vit un intense besoin d’informations afin de pouvoir se projeter utilement dans son milieu même s’il lui arrive parfois de vouloir rester à l’abri de l’attention du public ou des médias, il n’en demeure pas moins que ce besoin soit exclusive de la nécessité d’un cadre propice d’expression.

Classiquement la liberté d’opinion tire son essence dans la quête de la vérité ou du savoir. Bien que relative, la vérité lui permet d’écarter la fausse représentation des faits (le mensonge par exemple). Et, si la connaissance de la vérité ou du savoir est valorisante, elle n’implique pas toutefois qu’elle soit la valeur suprême de nos sociétés contemporaines.

Pourquoi lui refuserait – on la jouissance d’un droit aussi basique que celle de la liberté d’expression sans pouvoir lui opposer un motif légal de restriction ?

En investissant les sentiers « des lanceurs d’alertes » Cheikh Yérim SECK savait pertinemment ce qui l’attendait et le jeu en valait la chandelle. Cheikh savait effectivement que pour être libre il faut « savoir danser avec ses chaînes ».

Pour lui, la vérité est intrinsèque ou instrumentale.

Dans sa première acception, elle participe de la recherche de l’équilibre nécessaire au plein épanouissement de l’individu et sa protection est fonction du degré de l’importance de cette connaissance.

Envisagée dans sa seconde acception, elle est estimée en fonction des conséquences résultant de sa connaissance et dès lors, elle est sujette à restriction en vertu des effets nocifs résultant de sa connaissance.

L’un dans l’autre, il appartient à la règle de droit, dans sa fonction régulatrice de la culture du peuple qu’elle régit, de proposer son arbitrage afin de contenir les effluves du conflit généré par ces prétentions somme toute naturelles.

Cela, d’autant plus que l’épanouissement de l’individu suppose également l’existence d’un environnement propice à cet effet, d’où un certain ordre public.

Ainsi, dans sa dimension intrinsèque, la vérité peut être une source potentielle de trouble à cet ordre comme par exemple dans le cadre de la filiation, la présomption de paternité doit précéder la paternité de l’enfant car il ne suffit pas d’être le mari de la mère pour s’adjuger la qualité de père.

Perçue comme étant le caractère de ce qui conforme à un récit ou à une relation avec un fait, de ce que l’on dit avec ce que l’on pense, ce qui est accepté comme étant vrai par un consensus général doit prévaloir à toute subjectivisme.

La démocratie constitue à cet égard une justification de la liberté d’opinion. Elle est un argument instrumental (la quête de la vérité). Ce ne sont plus les qualités intrinsèques qui méritent protection mais au contraire ses résultats.

Cette approche tient du fait qu’en démocratie, le peuple est souverain. Il s’en suit que les décisions sont prises par des représentants dont la légitimité est parfois douteuse. Bien que prises au nom du peuple, dites décisions ne doivent pas s’affranchir du contrôle du pouvoir originaire que constitue le citoyen d’où la nécessité du dialogue citoyen – Etat aux fins d’appréciation de leur portée.

La liberté de presse n’est rien d’autre que l’application de la liberté d’expression aux entreprises de presse ou tout simplement la mise en œuvre de la liberté individuelle par l’intermédiaire de la liberté d’entreprise.

Et, c’est là le siège de toute la subtilité de la communication de Cheikh Yérim SECK qui s’analyse mieux en une pratique déloyale de propagande et de manipulation en donnant l’impression d’avoir la capacité de provoquer un phénomène social pouvant menacer la paix publique.

On parle alors de le technique de l’astroturfing et c’est parce qu’elle n’est pas accessibles aux non-initiés qu’elle est dite ésotérique. Ce faisant, il a fini de se pénétrer l’esprit de la déclaration de Nelson MANDELA aux termes de laquelle « un combattant de la liberté apprend de façon brutale que c’est l’oppresseur qui définit la nature de la lutte, et il ne reste souvent à l’opprimé d’autre recours que d’utiliser les méthodes qui reflètent celles de l’oppresseur ».

En définitive, chercher à museler par tout moyen Cheikh Yérim SECK participe, à mon avis, à la culture de sa politique de communication et partant, à l’éclosion de son entreprise laquelle ne manquera pas de causer des troubles au fonctionnement du système étatique.

Faire de Cheikh Yérim SECK un cas étatique ne profitera à personne et le peuple sénégalais paiera le prix fort.

Honneur au Peuple. »

Le Maitre

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