C’est une affaire qui s’étouffe, ballonnée par une supposée main invisible. Ce scandale de près de 3 milliards de Francs Cfa à la société Batiplus, une filière du groupe Fares, poursuit cependant sa marche dans  la Cour de Dame Justice, après le placement sous mandat de dépôt de Rachelle Sleyvaty, 24 ans, responsable du coffre fort de la boîte. Nous vous plongeons au cœur de cette affaire, aux relents repoussants, avec une chronique de tous les événements qui se sont succédé depuis le 06 mars 2020, date à laquelle la demoiselle a reçu la sommation qui a précipité son voyage à l’hôtel zéro étoile de Liberté 6.


C’est un scandale à coup de milliards qui affaisse les frêles épaules de Rachelle Sleylaty, 24 ans, responsable du coffre-fort de la société «Batiplus», une filiale du groupe Fares. Au cœur de cette rocambolesque  affaire de sous, lourde de 2,8 milliards de Francs Cfa, la jeune femme croupit depuis le mois de mars 2020 à la maison d’arrêt des filles de liberté 6 où elle est actuellement détenue. Une incarcération, voilant de brouillard l’avenir de Rachelle, qui, après ses études de gestion à Paris, est revenue au Sénégal pour faire valoir ses compétences. Son père, André, fier de sa princesse, la présente à son «oncle» Christian Samra, directeur général de Batiplus. Elle est aussitôt recrutée par ce dernier qui  lui confie la lourde tâche de la gérance du fameux coffre-fort de l’entreprise. Elle n’avait que 22 ans. Malgré son jeune âge, elle devient la gardienne de cette manne  d’argent et la responsable des mouvements dudit coffre. Seulement, l’envol de son avenir est vite freiné. Deux ans après  son entrée à Batiplus, la jolie demoiselle est accusée d’avoir dérobé près de 3 milliards Frabcs Cfa. Une accusation qu’elle a toujours niée depuis son audition dans les locaux de la Section de Recherches de la gendarmerie de Colobane. Seulement, les pandores, après des jours des garde à vue, la défère au parquet du procureur de la République du tribunal de grande instance de Dakar. Qui, dans son réquisitoire introductif, a demandé l’inculpation de la mise en cause pour association de malfaiteurs, faux et usage de faux en écriture de commerce, abus de confiance et blanchiment de capitaux. Une association ne pouvant se faire par une seule personne, le ministère public avait aussi demandé l’ouverture d’une information contre Christian Samra et son placement sous mandat de dépôt. Mais, le magistrat instructeur n’a envoyé en prison que Rachelle. Ce qui a d’ailleurs poussé certains observateurs, qui suivent de très près ce dossier, à se demander quelle était cette main invisible qui protège Christian Samres. L’Obs, qui s’abstient de tout commentaire, vous replonge dans les détails de cette affaire qui n’a pas encore révélé tous ses secrets.

Rachelle s’évanouit à la présentation de la sommation sur ses «aveux».


Tout a commencé le 06 mars 2020. Ce jour-là, alors qu’elle était dans son lieu de travail, Rachelle reçoit la visite de deux personnes qui, selon ses déclarations à la gendarmerie et rapportées par des sources proches du dossier, se seraient présentées à elle comme des agents de la Division d’Investigation Criminelles (Dic). La dame qui, depuis sa prise de fonction, n’a «jamais reçu de remontrance ou de demande d’explication sur sa manière de servir», est surprise de la tournure que prenait la visite. Ces hommes, qui étaient en vérité des clercs d’un huissier de la place, sont  venus lui servir une sommation  pour qu’elle s’explique «sur un manquement de plus de 2 milliards Francs Cfa du coffre qu’elle gère.» Alors qu’elle n’en revenait toujours pas, l’huissier sort deux actes portant sommation interpellative formalisés le même jour avec  30 minutes d’intervalle contenant des déclarations «contradictoires» qui lui sont prêtées et qu’elle ne reconnait pas. Là, elle commence à voir des étoiles devant elle. Et s’évanouie à la vue de la sommation contenant ses «aveux». La scène s’est passée, apprend-on, en présence de Samra. Mais, ce n’était que le commencement d’un long périple judiciaire qu’elle n’aurait jamais imaginé vivre. Sur la base de cette double sommation «contradictoire (Dans l’une, elle aurait nié, dans l’autre avoué)» Batiplus saisit les pandores de Colobane d’une plainte pour abus de confiance, portant sur plus de 2 milliards que l’employée de 24 ans aurait subtilisés, à l’insu de ses employeurs, du coffre. En l’espace de 14 mois… La machine judiciaire et enclenchée. Et tout s’enchaine.

Rachelle attaque la sommation, porte plainte et fait de graves révélations  sur Batiplus


La dame, consciente de devoir faire face à un combat dans lequel elle a très tôt reçu des coups, ne tarde pas à faire une contre plainte. Pour sauver sa peau et prouver son innocence, il lui fallait agir. Elle le fait automatiquement. Ses avocats saisissent les enquêteurs de la Section de Recherches et attaquent la sommation qui est servie à leur cliente en visant l’extorsion de signature. A sa plainte parallèle, la jeune dame, documents à l’appui, fait des révélations sur les pratiques de la société Batiplus qui violerait la législation financière nationale. Mademoiselle Sleylaty se dit victime de cabale. Mieux, elle confie aux enquêteurs que si ce dossier est monté à son encontre, c’est pour tout simplement «dissimuler» et lui faire endosser, les fuites massives de capitaux orchestrées par les dirigeants de la Société vers des destinations finales douteuses en transitant par des intermédiaires qui ont pignon sur rue à Dakar. Alliant l’acte à la parole, elle met à la disposition des enquêteurs une série de 60 décharges consistant à des sommes remises par ses soins,  sur ordre de son patron Christian Charbel Samra,  au courtier de la société M. Fall,  chargé d’acheminer les «mallettes» à des endroits précis à Dakar Plateau. Chez H.H et S.H. Le courtier qui, au début, a nié avoir déposé le moindre courrier à des particuliers, fait ses aveux lorsqu’il est confronté à des documents administratifs. Il se plie et donne les adresses.

Ni Christian,  ni les porteurs de valises, ni les bénéficiaires l’argent ne sont inquiétés


L’information en poche,  les enquêteurs qui semblaient faire face à un réseau de délinquance financière, ajoute à leurs investigations les déclarations de Rachelle. Toutes griffes dehors, elle se défend. Ainsi, sur une période de 6 mois, les compilations des reçus produits par la jeune fille s’élèveraient à près de 4 milliards de Francs Cfa. Document à l’appui, Rachelle argumente ses déclarations en révélant aux enquêteurs que la pratique date de longtemps. Ce n’est qu’il y’a 6 mois qu’elle a décidé (par précaution) de garder l’original des reçus. Pour retrouver les preuves des allégations de la fille, une descente est faite chez H.H et S.H. Près d’un (1) milliard Francs Cfa est saisi (500 millions et 48 millions). Un montant qui est présentement  à la Caisse de Dépôt et de Consignation (Cdc). Dans une de ses livraisons, Libération expliquait que, «réentendu, Samra avait reconnu ces «dépôts» d’un autre genre, lui qui niait pourtant la sortie de cash de Batiplus vers des particuliers. Mieux, il soutenait que l’argent « transitait » dans les boutiques des deux hommes d’affaires libanais avant d’être déposé à la banque le lendemain. Or, aucun des acteurs concernés n’a pu produire un document attestant que ces fonds ont été déposés à la banque. H.H a finalement affirmé que la somme de 500 millions de Fcfa, retrouvés entre ses mains, serait un prêt que Batiplus lui aurait octroyé. Pour un montant aussi conséquent, il était incapable de sortir le moindre document attestant cet ‘emprunt’». Après tous ces éléments, le préjudice passe de 125 millions (somme visée, au début, par la plainte de Samra) à 2, 8 milliards.  Cependant,  seule Rachelle est inquiétée. Ni Christian,  ni les porteurs de valises, ni les personnes chez qui l’argent liquide a été déposé n’ont été déférés et inculpés.

Lp rejetée par le doyen, deux fois rejetée par la chambre d’accusation, un pourvoi se prépare


Pourtant, le parquet dans son réquisitoire introductif avait  demandé au doyen des Juges d’instruction, Samba Sall, d’instruire contre Samra et X. Non seulement pour abus de confiance avec la plainte de Batiplus mais aussi pour blanchiment suites aux  révélations de la  fille. Seulement, la demande du Pr de placer le boss de Batiplus sous mandat de dépôt n’est toujours pas suivi par le juge d’instruction qui a le dernier mot. L’autre fait à souligner est que le réquisitoire du parquet n’a pas réglé le sort de la plainte de madame Sleylaty contre Samra et Batiplus. D’ailleurs, ses conseils ont demandé la mise en liberté de leur cliente. «Ne serait-ce qu’au nom du principe Constitutionnel d’égalité des citoyens devant la loi compte tenu de l’inculpation tardive de son présumé auteur principal» relève notre informateur. Mais le parquet s’est opposé, le doyen des juges lui a aussi refusé la demande. Un refus confirmé par la Chambre d’Accusation. Entre temps, une nouvelle demande de mise en liberté provisoire, introduite par ses conseils, est rejetée. Mais les avocats de Rachelle vont, apprend-on, saisir la haute juridiction. La défense, qui ne lâche pas le combat, a décidé de se pouvoir en cassation contre le dernier arrêt, rendu par la chambre d’accusation.

Reprise de la plainte de Rachelle, les ramifications internationales…


L’autre front ouvert par la défense est le suivi de la plainte de Rachelle contre son ex-patron. Le parquet a, selon des sources judiciaires, saisi la Section de Recherche pour lui demander de «reprendre » l’enquête sur la plainte de la dame Sleylaty. C’est pourquoi, Samra, les huissiers ainsi que Rachelle ont déjà été entendus sur sa plainte et les procès verbaux sont transmis au parquet. Apres avoir bouclé ses nouvelles auditions, la Section de Recherches a posé le dossier à la table du procureur. Qui n’a toujours pas fait de réquisitoire introductif. Un document attendu avec impatience par Rachelle. Qui devra prendre son mal en patience. Si cette affaire est vite rangée dans les tiroirs de la mémoire des Sénégalais, elle semble intéresser certaines grosses pontes. Depuis quelques temps, des agents d’une grande puissance étrangère séjournent, selon une source proche de cette affaire,  dans notre pays pour fouiner dans ce dossier qui les intéresse à plus d’un titre. D’ailleurs, l’omniprésence d’un grand cabinet, dont on se gardera de citer le nom, donne un goût d’aigreur à cette affaire qui risque de couper des têtes. On y reviendra…

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