…Et maintenant, c’est au tour de l’éminent professeur Agrégé de droit, Moustapha Sourang, ancien ministre de l’enseignement supérieur, de tomber.

Cette dernière victime, que l’on devine éphémère, à ce statut dans la longue litanie des morts que traîne la dévastatrice malédiction, fait sauter le dernier doute sur la question vitale du moment.

Qui ne mesure pas l’angoissante existence qui est celle du peuple sénégalais au milieu de la pandémie de la Covid19? Tout dans son déploiement annonce un triomphe de la mort sur la vie.

Qui ne voit pas combien elle est en train de décimer les élites âgées de la nation et d’étendre, silencieusement, ses tentacules au sein d’une population laissée à elle-même, soumise à un genocide provoqué par l’incurie de ceux qui nous gouvernent?

Il n’y a plus de débat à ce propos. Unanime, le Jury a donné son verdict: en décidant de faire des deals en faveur de sa famille et de ses partisans politiques, en jetant par la fenêtre plus de 1000 précieux milliards de francs cfa, le régime de Macky Sall a dangereusement exposé le pays, sans défenses, à la percée mortelle de l’ombre de la mort. Les statistiques ne sont plus soutenables. Le gouvernement en est conscient qui n’ose même plus dire la vérité sur l’ampleur et la prégnance du mal, comme l’a souligné, hier, le guide suprême de la Tidiania au Sénégal…

C’était hélas prévisible. Car on ne bâtit pas une politique sur des mensonges, du spectacle et de bonnes intentions.

En promettant de couvrir les besoins alimentaires d’une partie, politiquement correcte, de la population, l’Etat sénégalais, dès l’entame de la crise sanitaire, a cédé à ses penchants populistes.

Pris par ses shows, y compris l’effroyable arithmétique quotidienne sur la crise ou encore la burlesque comédie des audiences orchestrées par l’illégitime président pour faire oublier la défaite électorale de l’an dernier qu’il avait convertie en victoire, l’Etat sénégalais a joué avec le corona pour se redonner un nouveau bail. Il a perdu…

Résultat: l’argent s’est évanoui dans les poches de quelques “bienheureux”, acolytes d’un pouvoir spécialisé dans les détournements de deniers publics, et il a laissé un vide qui a vite fait d’engloutir une population délaissée, vulnérable, face au déferlement des attaques du virus corona.

Question: combien d’hôpitaux, de centres de santé, de structures pérennes génératrices de revenus en milieu rural ou urbain, auraient pu être créés avec la somme dilapidée ?

Elle a été hélas captée par les initiés, sourcés dès le départ sur cette manne qu’un État pourtant impécunieux se préparait à jeter par la fenêtre.

Quand on sait la gravité du malheur qui se profilait à l’horizon, comment ne pas oser le mot genocide pour définir la signification de l’irresponsable acte autour de son traitement initial?

On observera que je ne fais pas partie de celles et ceux, larmes abondantes aux yeux, qui sont devenus des experts en décompte macabre de cadavres, surtout de personnalités que l’on recouvre de la tradition d’hypocrisie qui ne voit que les qualités autour du cercueil des défunts.

Le corona serait-il en réalité le virus qui estampille le statut d’état funèbre, terre d’obsèques, que semble projeter de lui-même le Sénégal ?

Nulle part ailleurs au monde ne-voit-on la débauche nécrologique qui en fait une géographie de la mort par excellence!

Personne n’ose évoquer, dans ce concert dissonant aux oreilles de l’observateur attentif, les causes de ce qui est en passe de devenir la principale cartographie des décès.

Tous préfèrent, têtes enfouies dans le sable, trouver des raisons de se flatter de leur sénégalité, en faisant parler la mémoire des morts, quitte à les envelopper d’une légende post-mortem loin de refléter leur vraie vie sur terre.

Le révisionnisme triomphe. C’est un pli sénégalais qui a fait de l’histoire du pays une historiographie réinventée sur fond d’un enchantement chloroformisant.

Chaque mort devient un prétexte pour déverser des tombereaux d’éloges à seule fin d’oublier ce présent qui fait si peur.

L’hécatombe fait pourtant trembler mais on la passe sous le tapis.

Que de plus en plus des noms connus, des célébrités, intègrent la comptabilité qu’elle déroule n’y change rien.

Tel est le Sénégal, pays engagé dans une fuite en avant à vive allure sans se rendre compte qu’il se dirige tout droit dans les bras du ravageur virus.

Le plus grave, c’est que dans ce climat de mort, le gouvernement veut ajouter une couche de silence à celui des cimetières qui se remplissent. Peu semble lui importer qu’il ait lamentablement échoué dans la gestion de la crise du coronavirus.

Il en est ainsi des faibles qui masquent leurs échecs en s’imaginant que seule la méthode forte, les décisions verticales non-débattues au préalable, et pis la chasse à quiconque met leurs errements en relief sont les éléments d’une stratégie de survie.

Les morts s’empilent. Le gouvernement est dépassé, absent, traqué par ses fraudes électorales et ses magouilles économiques qui vont, sans être exhaustif, des scrutins qu’il a volés pour rester au pouvoir aux hydrocarbures, terres, deniers publics et autres biens qu’il a pillés.

C’est comme si l’Etat du Sénégal, pris dans ses enfantillages et ses micmacs, était incapable de comprendre qu’il lui faut affronter une crise dont l’issue pourrait être la remise en question de sa propre survie.

Me revient un message reçu cette nuit de Dakar: “Grand, tu as pris la bonne décision de quitter ce pays entre les mains de brigands sans foi ni loi”.

Les larmes de crocodile n’empêchent pas de voir cette réalité terrifiante. Malgré les morts…Qui va échapper à la mort?

Adama Gaye Le Caire 3 août 2020

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