La Senelec est en train de sortir de l’obscurité. C’est en tout cas ce qu’a fait savoir son directeur général. Invité samedi aux «Grandes conférences du Quotidien», Mouhamadou Makhtar Cissé est largement revenu sur les réalisations, les investissements, les projets de cette entreprise qui pendant très longtemps a été «une boîte noire dans laquelle l’Etat et les bailleurs de fonds ont investi beaucoup d’argent» sans résultats.

Mouhamadou Makhtar Cissé s’est livré à une véritable séance d’explication samedi dernier sur sa «nouvelle Senelec». Le directeur général de la Senelec, invité du deuxième numéro des «Grandes conférences du Quo­tidien», est revenu sur différentes questions liées à la gestion de cette entreprise nationale. Face aux différents acteurs, M. Cissé a donné les secrets de la performance de la Senelec, les investissements en cours, la production et l’accès universel. En vantant les mérites du plan stratégique qu’il est en train de mettre en œuvre, le Dg de la Senelec a soutenu que les «investissements importants contenus dans le plan stratégique permettront à la Senelec d’être aux normes d’ici 2020». D’après M. Cissé, «c’est une promesse ferme, rationnelle et raisonnable». «La situation de la Senelec et de la fourniture de l’électricité ne peut que s’améliorer», a-t-il assuré. Il ajoute : «Nous sommes fortement dépendants du pétrole, mais grâce aux perspectives que nous avons avec les découvertes de gaz et de pétrole au Sénégal, la planification que nous avons mise en place et les solutions de substitution, nous arriverons à avoir une production suffisante, assurer une meilleure qualité, mais surtout généraliser l’accès.»
Concernant la production avec les énergies renouvelables, Makhtar Cissé voit le Sénégal dépasser les statistiques mondiales en termes d’utilisation de ces ressources. «Aujourd’hui, nous avons 40 mégawatts de solaire, nous aurons 3 autres centrales qui seront inaugurées à la fin de l’année. En fin 2017, nous aurons 21% de notre parc de production avec de l’énergie propre, de l’énergie solaire. La statistique mondiale en termes de renouvelable c’est 5%, la France est à 15%. On dépasse le Maroc qui est à 18% en 2018. On ne sera pas loin de 30% en énergie renouvelable», a-t-il fait savoir. Partant de ces prévisions, il souligne que le problème de la disponibilité de l’énergie est réglée jusqu’à l’horizon 2030. La disponibilité de l’énergie assurée, celle-ci aura des répercussions sur le coût de l’électricité. «C’est cette diversification qui permet de baisser le coût de l’énergie. Nous voulons nous inscrire dans une baisse structurelle, pas dans une baisse conjoncturelle. On n’a pas suivi le coût du baril de pétrole. Si on l’avait suivi, peut-être que la baisse aurait pu être plus importante, mais elle aurait augmenté de façon exponentielle aussitôt», a-t-il encore expliqué.

«Il n’y a pas de système électrique où il n’y a pas de panne»
Le coût de l’électricité en baisse, la production en hausse, qu’est-ce qui explique que des délestages soient notés, même si une nette amélioration a été constatée ? Sur ce point, Makhtar Cissé a donné une réponse. D’ailleurs, il promet un maximum de lignes dans le réseau urbain et périurbain permettant l’amélioration de la qualité de service. Pour le Dg de la Senelec, «il n’y a pas de système électrique où il n’y a pas de panne». Mais, précise-t-il, «la performance des sociétés se mesure à leur capacité de réalimenter dans un délai raisonnable». Un défi que le chef d’entreprise veut relever. «On est passé de 30 mille heures de coupure par année. En 2012, on est resté à 38 jours sans avoir de courant, on avait de l’électricité pendant 10 mois et 3 semaines. Aujourd’hui, c’est 3 jours, c’est pourquoi il y a de moins en moins de coupure. Notre objectif c’est de le réduire et de passer à 24h d’ici 2020», a-t-il dit. Et M. Cissé de rassurer : «Nous pouvons l’atteindre si nous faisons les investissements en multipliant les systèmes de reprise. Ce sont des investissements lourds et importants qu’il faut faire pour améliorer la qualité de service».

25 milliards : coût annuel du vol d’électricité
Les défis à relever dans ce secteur ne se limitent pas seulement à l’amélioration de la qualité de services. C’est aussi de réduire ou de mettre fin au vol de l’électricité qui coûte annuellement 25 milliards de francs Cfa à la Senelec. D’après M. Cissé, cela représente une grosse perte pour la société qu’il dirige. «Si je pouvais investir 25 milliards par an, les problèmes de Senelec seraient réglés. J’ai parlé de contrat de performance. J’ai dit aux agents : réduisez la fraude de moitié, je vous reverse une partie. Comme ça, le tour est joué», a-t-il indiqué. Dans les mesures pour mettre fin à ces activités illicites, le Dg semble accorder une importance capitale à la généralisation du prépaiement. A en croire Makhtar Cissé, c’est «la norme dans les sociétés mondiales d’électricité». De même, il souligne que le recours à cette méthode va permettre de «régler le problème de la trésorerie». «La Senelec est la première banque du pays. On prête aux clients sur 3 mois sans intérêt. Je facture deux mois, j’attends un mois pour recouvrer et tous mes fournisseurs je suis obligé de les payer 60 jours. Ce décalage est mortel pour la Senelec. On ne peut pas continuer. Si on veut sauver la Senelec, il faut qu’on généralise le prépaiement», a-t-il dit.
Si on en croit le directeur général de la Senelec, cette société est en train de montrer un nouveau visage, celui d’une société qui fait des bénéfices. Lors de cette rencontre, Makhtar Cissé n’a pas manqué de donner, chiffres à l’appui, les performances réalisées. Ainsi, il a rappelé qu’en 2011, il y a une subvention d’exploitation de l’Etat à hauteur de 103 milliards de francs Cfa suivie d’une perte de 5 milliards. En 2012, 123 milliards de subvention et 9 milliards de perte, en 2013, 80 milliards et 200 millions de perte, en 2014 un bénéfice de 2 milliards et pour 2016 un bénéfice de 30 milliards. En 2015, venant d’être nommé à ce poste, il a demandé l’investissement de 19 milliards pour la location de groupes électrogènes, car «ne voulant prendre le risque de commencer par des délestages».

lequotidien.sn

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