La Banque Mondiale est dans la tourmente. L’institution financière chargée de l’aide au développement des pays les plus pauvres a tenté de censurer une publication interne aux conclusions tonitruantes. Un scandale baptisé #papergate, le « scandale de la publication ».Newsletter info

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« Détournement de l’aide étrangère par les élites. Preuve de comptes bancaires offshore« , la publication remet en cause l’efficacité de l’action de la Banque Mondiale. Les versements d’aide au développement de l’institution financière internationale nourrissent en partie la corruption des pays pauvres. Au bénéfice de places financières occidentales – et au profit donc, des pays plus riches.

La Banque Mondiale a tenté de censurer l’étude

L’étude « Elite Capture of Foreign Aid » en question a passé avec succès une évaluation interne de validité il y a déjà trois mois.

Et la démission la semaine dernière de la chef économiste de l’institution, Penny Goldberg, s’explique selon The Economist (et selon toute vraisemblance) par la censure de cette publication controversée.

7,5% de l’aide, dans des paradis fiscaux

Les résultats de l’étude – commandée par la Banque Mondiale elle-même-: en moyenne, 7,5% des versements de l’institution aux pays en voie de développement sont détournés vers des paradis fiscaux comme la Suisse, le Luxembourg, et Singapour.

Une part qui grimpe à 15% pour les 7 pays les plus aidés – quand l’aide de la Banque Mondiale représente au moins 3% du produit intérieur brut (Ouganda, Eythréen Sierra Leone, Mozambique…).

Plus un pays est dépendant de l’aide au développement de la Banque Mondiale, plus les versements effectués vers des centres financiers offshore sont importants.

Concrètement, les trois chercheurs démontrent que « des aides au développement versées à des pays pauvres coïncident systématiquement avec une forte augmentation des dépôts bancaires depuis les pays concernés vers des paradis fiscaux ». Et, pire, plus un pays est dépendant de l’aide au développement de la Banque Mondiale, plus les versements effectués vers des centres financiers offshore sont importants.

Or, l’évasion fiscale des seules multinationales hors des pays en voie de développement est déjà un problème majeur pour les pays en voie en de développement – estimée à 200 milliards de dollars par an, par le Fonds monétaire International. Ce qui est déjà en soi supérieur aux 143 milliards de l’aide au développement. Les conséquences de cette évasion fiscale sont déjà en tant que telles colossales pour la pauvreté dans ces pays.

L’argent public destiné à l’aide au développement nourrit la corruption

Dans le cas du #papergate, le contribuable occidental, européen, belge sait désormais que l’argent public destiné à l’aide au développement nourrit en partie la corruption dans les pays les plus pauvres de la planète. Au bénéfice de places financières occidentales. Au profit donc, des pays plus riches.

Selon Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD 11.11.11 : « C’est ça qui est tout particulièrement choquant et qui démontre en réalité que des institutions comme la Banque Mondiale n’a pas pris toutes les dispositions pour assurer le monitoring, pour assurer la traçabilité de l’aide qu’elle octroie aux pays les plus pauvres ».

Tensions internes à la Banque Mondiale

Ce n’est pas le premier signe des tensions au sein de la Banque Mondiale, pour Arnaud Zacharie : « Il y a un grand écart, de plus en plus important, entre le service d’étude de la Banque Mondiale d’une part, qui commande souvent les études à des académiques, et d’autre part le conseil d’administration et la présidence qui met en œuvre les politiques. Il faut savoir que ce n’est pas le premier épisode en la matière, puisque l’économiste en chef précédent (Paul Romer, Nobel d’économie) a lui-même démissionné après 15 mois, après avoir dénoncé des falsifications de données concernant le Chili ».

Jusqu’ici, il existait peu de preuves systématiques du détournement de l’aide

Le débat sur l’efficacité de l’aide au développement n’est pas neuf. Dans quelle mesure cette aide stimule réellement la croissance, améliore les résultats du développement humain et réduit la pauvreté ? Les auteurs de l’étude soulignent la « préoccupation souvent exprimée par les sceptiques est que cette aide puisse être capturée par les élites économiques et politiques des pays pauvres ». Mais que « jusqu’ici, il existait peu de preuves systématiques du détournement de l’aide ».

Jusqu’ici. Et pour l’institution, la défaite est double : son efficacité à réduire la pauvreté est profondément remise en cause, et elle n’est manifestement pas prête à l’admettre. De quelle crédibilité les hauts dirigeants de la Banque Mondiale peuvent-ils encore se targuer aujourd’hui ? La débâcle est monumentale.
Source: rtbf.be

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