Dans le Gorgias, Platon fait une allégorie amusante, mais qui résume bien la mal gouvernance qui sévit en Afrique. En effet, Platon imagine un médecin attrait en justice par un cuisinier devant un tribunal d’enfants. Le cuisinier (qui représente le démagogue politique) va dire : c’est moi qui vous donne la santé, et il va mitonner de bons petits plats (les vivres de Macky Sall inspirés de la tartuferie des bourses de sécurité politique par exemple). Le médecin va rétorquer : c’est moi qui vous donne la santé, et il distribue des portions amères. Je me garderai de vous demander d’imaginer quel sera le verdit de ce tribunal d’enfants ou d’hommes peu raisonnables. Voilà résumée la grande supercherie que nous sommes en train de vivre et que nous nommons abusivement ou illusoirement démocratie.

Si ce pays était vraiment démocratique, la justice se saisirait de la gestion tatillonne, incohérente et surtout politicienne de cette crise par nos gouvernants. Hier ils sont crié haut et fort que la stratégie sénégalaise face à la pandémie était citée en exemple partout dans le monde (quel gros mensonge!). Aujourd’hui que les chiffres qu’ils brandissaient se retournent contre leur mégalomanie, ils incriminent les Sénégalais.

Le manque de discipline des Sénégalais serait donc la cause de la propagation de la maladie et de sa létalité ! Et nous qui croyions que les gouvernants sont là pour justement mettre de l’ordre là où règne le désordre ! Et nous qui pensions qu’il appartient à l’Etat de discipliner les citoyens indisciplinés ! C’est ce qu’on appelle sûrement faire de la projection sur autrui : projeter ses propres démons et carences sur les autres pour se faire bonne conscience.

La vérité est que la seule stratégie du gouvernement face à cette pandémie était le populisme. Quel hôpital (ne serait-ce que de fortune) le gouvernement a esquissé pour faire face à une éventuelle explosion des cas contaminés ? Quelle stratégie particulière a été mise au point pour faire de la prévention concernant les personnes vulnérables (notamment celles qui développent une comorbidité) ? La rhétorique dans la démocratie n’est pas seulement dans le verbe, elle est surtout dans les actes de communication, et c’est là qu’elle est plus dangereuse. Distribution de vivres !

Ils aiment arguer qu’aucun pays n’est préparé pour faire face à cette pandémie (ce qui est en soi une lapalissade) en comparant les chiffres sénégalais avec ceux des pays occidentaux. Quelle mauvaise foi ! On ne mesure pas le génie d’un homme politique en fonction des réponses apportées aux situations prévisibles. C’est bien en cas d’urgence, de situation inattendue, qu’on mesure la vertu politique d’un leader. On raconte que Lamine Gueye aurait dit « politik dù ëmb, dèy xèy wössin » : voilà la première leçon politique à assimiler par quiconque prétend présider aux destinées de son peuple. Un leader qui ne sait pas prendre des décisions n’en est pas un, c’est un pantin. Pour réaliser les grands destins, il faut oser ou accepter d’être impopulaire, ne serait-ce que de façon conjoncturelle.

Non seulement la sévérité du virus n’est pas la même d’un continent à l’autre, mais l’erreur des autres aurait dû être exploitée comme leçon dans la mesure du possible. L’incohérence dans les prises de décision a conforté certaines couches de la population dans le sentiment qu’on a exagéré le coronavirus. Le relâchement des Sénégalais est donc inspiré par la mal-gouvernance de Macky Sall.

Sachant que les personnes développant des comorbidités sont les plus fragiles et désarmées face à cette maladie, on aurait pu développer une stratégie particulière allant de la communication à la prise en charge.

Pour la communication, on aurait dû faire une communication ciblée, personnalisée, destinée à ceux qui souffrent de certaines pathologies. Il fallait affecter un numéro vert spécial pour ceux qui développent ces maladies aggravantes (demander aux familles d’appeler sur ce numéro pour faire suivre leurs membres concernés par des psychologues et des médecins). L’utilisation optimale des TIC aurait pu contribuer à protéger ces personnes vulnérables. Il ne faut pas un mois à un ingénieur pour développer un petit logiciel pouvant être connecté à un serveur central géré par des experts du ministère.

Pour la prise en charge, on aurait dû équiper un Hôtel, le stade olympique de Diamniadio ou le centre Abdou Diouf pour exclusivement accueillir ces sujets exposés. On aurait dû, dès le début, mettre beaucoup d’argent pour financer les ingénieurs polytechniciens de Thiès pour fabriquer des respirateurs artificiels (ce qui leur aurait permis sans doute de développer dans le futur une fabrication industrielle).

Alassane K. KITANE

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