Xalimanews-Ni le poète, premier agrégé en grammaire, ni le technocrate major de sa promotion, ni l’homme le plus diplômé de la presqu’ile au cap, encore moins celui né au lendemain des indépendances et qui, naturellement portaient lourdement sur ses épaules, les immenses espoirs de plusieurs générations, n’ont réussi à tirer le Sénégal du sous – développement pour le placer sur les rails de l’émergence. Les deux alternances à la tête de l’Etat, n’ont fait que maintenir le pays sous la perfusion du sous-développement avec les dramatiques conséquences sur le plan économique, culturel, intellectuel et même spirituel.

Cette désespérante situation nous enseigne tristement que le problème n’est donc ni présidentiel, ni générationnel encore moins programmatique. Nos intellectuels sont parmi les meilleurs et nous avons les meilleurs programmes. Nous avons aussi les plus beaux discours au monde. Mais tout cela, paradoxalement, nous enfonce chaque jour un peu plus, dans les obscures profondeurs de la dépendance et du sous-développement. Aujourd’hui, tous les présidentialistes sont individuellement soupçonnés ou accusés d’avoir détourné, de s’être enrichis sans cause ou de chercher à accéder à des ressources financières par une voie tordue, incompatible avec l’éthique attendue de quelqu’un qui aspire à diriger le pays. 

Malgré tout cela, ils sont tous aveuglément défendus, protégés et soutenus par des sénégalais qui n’ont jamais dit à l’unanimité : Ce pays est notre pays. Appelez Macky, Abdoul Mbaye, Mimi et Abdallah Dione à s’expliquer aujourd’hui ou demain sur certains scandales qui se sont passés sous leur gestion. Ils n’ont également jamais dit à l’unanimité : faites des enquêtes complètes, objectives et sans complaisance sur Idy, Sonko, Karim et Khalifa Sall et tout autre candidat qui aspire à gérer le pays.

Cela est impossible au Sénégal car pour beaucoup de nos compatriotes Macky, Idy, Sonko, Abdoul Mbaye, Karim, Khalifa Sall,Thièrno Alassane Sall et autres sont de saints envoyés par Dieu et incapables de fauter, de commettre des péchés républicains. Au pays de Kocc  Barma, pour une bonne partie de la population, être candidat ou Président confère une certaine immunité et même une nouvelle virginité de vertu. Pour d’autres, ce qui sont au pouvoir sont des pestiférés alors que ceux de l’opposition sont des saints. Pour ceux qui gèrent les affaires publiques, les scandales sont devenus tellement ordinaires que détourner ou voler ne peut avoir aucune conséquence grave. Ils sont même encouragés par les familles et les amis. Ainsi, plus nous avançons, plus les choses se gâtent et s’empirent. Les scandales deviennent une mode de gouvernance. En effet, depuis les fameuses licences de pêche au partage du littoral actuel en passant par l’avion présidentiel, le COUD, le découpage de la foire et Akilee pour ne citer que ceux-là, il n’existe pas un seul mois où un incroyable scandale ne vienne éclabousser le pays, lâchant au passage une détonation de la parole.

Tous les soirs, les plateaux de télé nous présentent des programmes scandaleux pour nous parler des scandales avec des débats où généralement la contradiction est subjectivement biaisée. Tout le monde tire sur une seule et même cible. De l’autre côté, le procureur ferme les yeux sur les dossiers les plus choquants et les plus incroyables ; les juges eux, à tort ou à raison sont majoritairement accusés de partialité alors qu’ils ont juré de respecter leur serment, les chauffeurs restent indifférents face au carnage routier qu’ils provoquent ; les journalistes constatent avec impuissance une dangereuse dépersonnalisation de leur noble métier que n’importe qui peut entacher en faisant et en disant n’importe quoi ;des hommes politiques payent ou encouragent des jeunes qui infectent d’injures les réseaux sociaux ; les gardiens du foncier organisent un juteux partage et sont chantés et loués dans les médiats.

Des responsables qui ont été des acteurs au cœur des centres les plus élevés de prise de décisions et qui n’ont jamais démissionné malgré le lot de scandales monumentaux qui se sont succédé sous leurs yeux, ont attendu d’être défénestrés pour aller crier sur tous les toits leur « sainteté »et leur « virginité »patriotique.

Les plus hautes autorités actuelles du pays ont bâti leur ascension sur le prétendu népotisme de Wade. Aujourd’hui, ils font pire et vont plus loin en intégrant la famille, la belle famille, les amis et les soutiens potentiels. Dans les écoles, le système éducatif continue de plus belle à produire des sénégalais qui caressent le rêve du bureau, du luxe, de l’opulence, de la belle vie pour, demain, offrir au sénégalais le président qui reprendra le flambeau laissé par ses prédécesseurs et remettra l’émergence à la fin des temps.

Falilou Cissé : email [email protected]

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