« Sur vos tombes ils ont bâti des palaces ! »
Les hommes valeureux n’ont pas peur de mourir, ce dont ils ont peur c’est de
vivre dans l’indignité ou de mourir pour les petites causes, celles mesquines.
Les
jeunes qui ont sacrifié leur vie parce qu’ils étaient engagés dans un combat
qu’ils croyaient juste et noble sont donc plus honorables que ceux qui ont rusé
avec eux en les envoyant, de façon probablement superflue, périr sur le bûcher.
Ils croyaient mourir pour quelque chose au moment où ceux qui les
encourageaient à mourir voulaient simplement, par le nombre de morts,
s’assurer leur ascension ainsi que leur assomption.
On a sacrifié des vies pour des destins personnels : c’est une évidence
empirique ! On a dévoyé le combat pour plus de démocratie et de transparence :
des coupeurs de « route démocratique » et des pirates ont arraisonné l’admirable
navire rempli d’espoirs et d’entrain pour s’en approprier. On a bercé la jeunesse
dans le rêve d’un Sénégal différent et meilleur, on l’a excitée d’espérances
folles, on l’a précipitée vers l’abime de la mort pour simplement susciter l’émoi
ici et ailleurs. Des jeunes ainsi anesthésiés par des enchanteurs sans vergogne
ont sacrifié leur vie pour que le Sénégal change, mais en fin de compte il a
simplement changé de mains et pas de destination ni même de manière de faire.
Les héritiers de cette alternance douloureuse ne savent pas qu’ils se comportent
en charognards : c’est évident que le poids du sang a pesé très lourd dans la
balance électorale de 2012 ! Car ils sont nombreux à avoir fait ce raisonnement
lucide : une victoire de Wade en 2012 installerait ce pays dans un bain de sang
impossible à endiguer. Ce n’est pas sûr que ceux qui ont bénéficié de ce vote
aient envie de comprendre les raisons ultimes de certains suffrages. Ils ont
usurpé un combat dans le seul but d’en récolter les dividendes : ils n’ont jamais
été animés par une volonté de réformer ce pays. Ils sont en train de légitimer
tous les crimes et péchés qu’ils dénonçaient hier, ils sont devenus subitement
riches, ils ont construit des villas en un temps record au moment où les routes
du pays sont majoritairement impraticables. Ils se prélassent tous les jours dans
les hôtels au moment où les populations de la banlieue sont noyées dans des
inondations. Jeunes sacrifiés de l’alternance, si vous saviez ce que les coachs de
la mort ont fait de votre combat !
Je vois des journalistes naguère directeurs de conscience devenus courtisans du
Prince, je vois des défenseurs des droits de l’Homme transformés en défenseurs
de causes injustes. Je vois des rappeurs devenus activistes, mais dont
l’abnégation est trahi par des joues étonnamment épanouies depuis l’alternance :
comment peut-on combattre l’enrichissement illicite tout en s’enrichissant par le

biais de la politique ? Je vois un Président se défendre de s’être illicitement
enrichi en des termes si lamentablement maladroits « ça ne fait même pas deux
milliards » ! Ainsi estime-t-il son patrimoine. C’est ce qu’on appelle une
dénégation qui enfonce et ternit plus qu’elle n’absout. Ce qui devrait être des
mausolées pour les martyrs de la démocratie a été donc honteusement travesti
en palaces pour des hédonistes que les délices de la vie ont définitivement
emprisonnés dans les dédales de l’incohérence. Quant aux théoriciens du
troisième mandat, ils devraient vraiment interroger leur courte mémoire :
comment ces gens peuvent-ils penser aux morts du 23 Juin et dormir la nuit ?
Ces parasites de la république qui ont l’art de faire alliance avec tous les
présidents ne respectent ni l’esprit du 23 juin ni même les martyrs qui y ont
laissé leur vie. Quelle honte !
Le cartel politico-économique qui dirige présentement le Sénégal corrompt tout
le monde, emprisonne les adversaires et insultent ceux qui ont l’outrecuidance
de garder leur lucidité. J’entends la voix des martyrs s’interrogeant ainsi : «
qu’est-ce que tous ces intellectuels trouvent d’attrayant dans l’action ou la
vision d’un Président comme Macky ? ». A ces martyrs je répondrais : « rien,
sinon les honneurs et les faveurs de la république ». Ces intellectuels faussaires
dont se plaignent Pascal Boniface et les autres (ceux qui l’accusent de plagiat)
ont dénaturé la démocratie en France et l’ont inhibée au Sénégal ; et il urge de
les combattre sans fléchir.
Alassane K. KITANE,

2 Commentaires

  1. Certains sénégalais ne sont motivables que par l’argent. Ils attendent le moindre clin d’oeil d’un financier pour agir immédiatement en marionnettes et commencent à crier « Y en a marre ».

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