L’industrie du tabac a utilisé depuis fort longtemps la Responsabilité sociale des Entreprises » (RSE), qui
fait référence à la pratique des entreprises utilisant des normes de performance sociale volontaires et
des investissements, comme stratégie pour gagner en légitimité, accroître la confiance du public et faire
progresser ses intérêts commerciaux.
La RSE est aussi utilisée comme une stratégie par l’industrie du tabac pour faciliter son accès physique
aux décideurs politiques, briser l’opposition à ses intérêts commerciaux et promouvoir une
réglementation basée sur le volontariat. Au titre de la loi 2014-14 du 28 mars 2914 relative à la
fabrication, au conditionnement, à l’étiquetage, à la vente et à l’usage du tabac, l’industrie du tabac est
définie ainsi qui suit : « les entreprises de fabrication et de distribution en gros de produits de tabac et
les importateurs de ces produits ».
Dans un article publié le 11 avril 2020, financial Afrik rapporte : « L’homme d’affaires mauritanien
Mohamed Ould Bouamatou vient de débloquer 1 milliard de Franc CFA (1,6 million de dollars) au
Sénégal, “sa seconde patrie” comme il aime à le dire, dans le cadre du fonds Force Covid-19 mis en
place par le président Macky Sall pour combattre le fléau. ».
Naturellement, l’industrie du tabac met toujours un point d’honneur à annoncer les dons faits à la suite
de catastrophes dans le monde entier. Entre 2018 et 2020, Philip Morris International (PMI) et Japan
Tobacco International (JTI) ont inclus dans leurs rapports d’entreprise des dons destinés à l’aide aux
victimes de catastrophes dans plus de 18 pays.
Caché dans une forêt de mots « homme d’affaires » Mohamed Ould Bouamatou l’ homme d’affaires
mauritanien n’est rien d’autre que celui qui a la vente exclusive de la marque Marlboro selon Financial
Afrik qui dans un article intitulé « Importation et vente du tabac en Mauritanie ; le milliardaire Bouamatou
sort du rouge » publié le 17 Juillet 2020 déclare : « le tabac marque Marlboro fabriqué par Philip Morris
dont le groupe BSA du milliardaire Mohamed Ould Bouamatou détient la vente exclusive en Mauritanie
réapparait dans les rayons de commerce de Nouakchott.»
Donc, au titre de la loi antitabac 2014 du Sénégal, Mohamed Ould Bouamatou et l’industrie du tabac
font un. Il est l’industrie du tabac. Le Gouvernement du Sénégal n’aurait pas dû accepter ce don
provenant de l’industrie du tabac pour faire face à la COVID 19. Car l’OMS dénonce l’implication de
l’industrie du tabac dans la RSE comme étant « une contradiction inhérente ». L’article 5.3 de la
Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) interdit explicitement ce type d’activité et sa
promotion. Elle met en garde les gouvernements contre toute collaboration avec l’industrie du tabac.
Evidemment qu’un don d’1 milliard FCFA est difficile à rejeter mais à l’échelle de l’Etat du Sénégal,
Partie signataire à la CCLAT, c’est insignifiant. Dans le préambule de cette Convention susvisée entrée
en vigueur le 27 février 2005, les Parties ont reconnu « la nécessité d’être vigilant face aux efforts
éventuels de l’industrie du tabac visant à saper ou dénaturer les efforts de lutte antitabac et la nécessité
d’être informé des activités de l’industrie du tabac qui ont des répercussions négatives sur les efforts de
lutte antitabac ».

Le tabagisme ne fait pas que nuire à la santé humaine de celui ou celle qui en use mais son entourage.
Par ailleurs, il entraine des pertes économiques importantes dans l’économie nationale. En 2017,
l’étude menée par le Consortium pour la Recherche Economique et Sociale (CRES) sur l’évaluation des
coûts sanitaires a montré que les recettes fiscales de l’Etat issus des produits du tabac sont de 20
milliards de FCFA et la masse salariale distribuée par l’industrie du tabac de 4 milliards de FCFA. En
somme, le tabagisme a coûté, 122 milliards de FCFA en 2017 à la société sénégalaise, pour ne lui
rapporter que 24 milliards de FCFA.
Le cas de « l’homme d’affaires mauritanien Mohamed Ould Bouamatou qui a donné 1 milliard de Franc
CFA (1,6 million de dollars) au Sénégal n’est pas un phénomène nouveau. C’est le comportement
typique de l’industrie qui investit dans plusieurs causes sociales pour montrer qu’elle a un cœur
sensible et qu’elle a un sens élevé des questions sociales.
La MTOA, dans le cadre de ses activités de RSE, le 05 Décembre 2007, fait un don de 800 Foyers
Améliorés aux cultivateurs de la région de Ziguinchor. Cette initiative visait selon la déclaration à la
presse de la Direction générale de la MTOA, à contribuer à la lutte contre la déforestation dans les
zones de plantation de Tabac du Sénégal. Une décennie plus tard, en octobre 2017, la MTOA a apporté
à la Douane, un appui financier de six millions FCFA. Cette aide selon leur communiqué de presse «
visait à augmenter les performances des soldats de l’économie et à renforcer la lutte contre la fraude au
niveau de l’Inspection régionale des Douanes du Nord regroupant les régions de Saint-Louis, Louga et
Matam.
Lors des inondations survenues en 2008 au Sénégal, Philip Morris Sénégal en vrai opportuniste a saisi
pleinement cette occasion pour donner des motopompes au Groupement national des Sapeurs-
Pompiers. Pendant la cérémonie d’inauguration des installations de Philip Morris Manufacturing
Sénégal en 2009, Jean-Claude Kunz, Président Régional pour l’Europe de l’Est, Moyen-Orient et
Afrique a rappelé avec fierté dans son discours, l’objectif de ce don qui visait « à renforcer les moyens
de secours aux sinistrés des inondations ».
En mai 2009, un an plus tard, il offre deux pirogues d’une valeur totale de plus de 3 millions à
l’administration de la Douane en plus de 9360 litres de carburant d’une valeur hors taxe de près de six
millions. Ce don visait à aider la Douane à « renforcer son dispositif de surveillance du territoire
douanier et à lutter efficacement contre la fraude et notamment contre le commerce illicite des
cigarettes au Sénégal » explique l’Industrie du Tabac.
En février 2014, Philip Morris Sénégal a saisi une autre occasion pour se montrer et montré qu’il a un
cœur sensible et est préoccupé par le sort des femmes travailleuses des Niayes à Pikine en finançant le
projet  »Sénégal Niayes project à hauteur de 200 000 dollars (soit 80 millions F Cfa). Ce projet avait pour
objectif selon Philip Morris Sénégal de contribuer au processus d’autonomisation de 1000 femmes en
micro jardinage, dans la zone des Niayes.
Les gouvernements successifs du Sénégal (ratification de la CCLAT en 2005) du Président Abdoulaye
Wade au Président Macky Sall, ont toujours accepté et pris la RSE de l’industrie du tabac en fermant
les yeux sur les dispositions de la CCLAT et les oreilles aux clameurs de la Société civile. L’acceptation
de ce don (1milliard FCFA) de Mohamed Ould Bouamatou, gros importateur de tabac mauritanien à la
Force COVID19 est regrettable. Le Sénégal aurait se passer de ce cadeau empoisonné de l’industrie du
tabac.

Par Baba Gallé DIALLO
Email : [email protected]

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