Pétain maréchal de France, héros de la première guerre mondiale, finit ses jours en prison pour avoir non seulement collaboré avec les nazis durant l’occupation, mais aussi à cause d’une personnalisation outrancière du pouvoir qui l’a conduit à commettre des atrocités au nom du redressement de la France. Chez nous, on a affaire à un chef de guerre qui, en l’espace de deux mois, a rendu les armes face à un ennemi certes redoutable, mais pas fatal sous nos tropiques. Pétain prétendait vouloir redonner la France aux Français, et il a signé l’armistice pour écourter les peines de ses compatriotes fortement éplorés par la déroute militaire. Macky Sall a voulu atténuer la souffrance de son peuple ébranlé et anesthésié par Corona, mais au final, l’opinion retient qu’on s’est servi du malheur du peuple pour enrichir des proches. Le comble est que le peuple préfère désormais affronter Corona, les mains nues, plutôt que d’obéir à un général visiblement borgne dans sa stratégie de guerre. Mais le plus important dans l’histoire de Pétain pour nous
Sénégalais de 2020, c’est moins l’armistice que le discours qui l’a préparée et qui mettait en cause une tare de la société française d’avant-guerre. Une société de délaissement, de
courtisanerie et de grandiloquence : « Depuis la victoire, l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort
; on rencontre aujourd’hui le malheur ». Ce discours est prononcé le 20 juin 1940 soit deux jours après la signature de l’armistice. En vérité Pétain symbolise pour la France libérée la honte projetée sur autrui pour se dédouaner. L’homme qui a été « sauveur » de la France en 1917 a fini par faire « don à la France de sa personne » perdant ainsi son honneur et sa place dans l’histoire. Lui qui, pour remobiliser les troupes française en 1917, a dû faire condamner à mort 49 soldats (le nombre initial prévu était d’ailleurs 554 condamnés à mort pour mutinerie) finit lui-même à l’échafaud : il fut condamné à mort.
Tenant compte de son âge cette peine fut commuée par de Gaule en perpétuité.
Notre problème depuis la première alternance est le même que celui évoqué par Pétain : l’esprit de jouissance a tué chez nous l’esprit de sacrifice ! Si on a un Président comme Macky Sall, un président qui conduit si maladroitement ce pays de grands intellectuels comme Cheikh Anta Diop, Alioune Diop, Mamadou Dia, etc., c’est parce que nous, intellectuels, avons démissionné. Cloitrés dans nos espérances mesquines,chacun de nous trace un sentier minuscule et sinueux pour sa propre rédemption, ce qui déshérite la nation. Nous sommes incapables de nous regrouper, de faire des synergies autour de
grands principes : le résultat est qu’une oligarchie médiocre et vorace nous dirige vers l’impasse. Aujourd’hui, Macky Sall balbutie, tâtonne et cafouille avec notre destin, parce que nous n’avons pas le courage et l’abnégation de lui tenir tête dans une dynamique collective. Nous sommes tous coupables, du moins responsables, des dérives de Macky
Sall. Quand on préfère la compromission à la foi en ses propres capacités, on ne peut pas occulter ses responsabilités dans la décadence de son époque ou de son pays. Les élites de ce pays sont tous en situation d’urgence existentielle : appauvris par le système, ils sont en général dans l’espoir dramatique de trouver leur salut dans la politique.
Sartre n’avait dès lors pas tort de dire aux Français : « Jamais nous n’avons été aussi libres que sous l’occupation allemande». Cette formule provocatrice et intentionnellement paradoxale par laquelle s’ouvre un article intitulé « La République du
silence » publié dans Les lettres françaises du samedi 9 Septembre 1944 ne peut être pleinement comprise que lorsqu’on va à la page 566 de l’Être et le Néant où il explique
ce qui suit : « Car être libre n’est pas choisir le monde historique où l’on surgit – ce qui n’aurait point de sens – mais se choisir dans le monde, quel qu’il soit ». Quelle que soit la
situation dans laquelle on est plongé, c’est librement que nous la signifions ou pensons. Il y a toujours des possibles quelle soit notre situation qui, ne s’éclaire d’ailleurs que par nos
projets, c’est-à-dire nos visées, nos choix. Pétain comme Sartre savait que la façon de vivre avant la guerre était un choix dont les conséquences sont la déroute des armées
françaises.Mais Sartre voulait également mettre chaque français devant ses responsabilités : résister ou collaborer sont deux attitudes opposées, mais exprimant toutes les deux la liberté ! Il expliquait sa formule provocatrice en ces termes : « Puisque le
venin nazi se glissait jusque dans notre pensée, chaque pensée juste était une conquête?… puisque nous étions traqués, chacun de nos gestes avait le poids d’un engagement?». L’engagement : voilà l’expression qui exprime notre entière responsabilité dans la situation délabrée de notre pays ! Chez nous, c’est le venin de la corruption et du communautarisme qui s’est répandu dans nos esprits : chacun n’est préoccupé que par sa piètre promotion personnelle. Le résultat de cette supercherie universelle, c’est que le plus grand corrupteur devient le plus grand chef et ce, quelle que soit sa médiocrité.
Je disais récemment à ami que la posture inconséquente du ministre de l’éducation et l’incohérence des discours et actes de Macky Sall m’inspirent une œuvre que je n’ai
malheureusement pas le talent de composer : une pièce de théâtre intuitée « La république du galimatias ». Car c’est tellement embrouillé pour les citoyens que nous sommes que le
supplice le plus pénible qu’on puisse nous infliger aujourd’hui est d’obéir à ce régime. Macky symbolise désormais notre propre déchéance : il nous gouverne selon nos tares et non par une quelconque vertu.

Comment peut-on convoyer des centaines d’enseignants en pleine pandémie (et dans les conditions que l’on sait) sans au préalable avoir la diligence de les tester au coronavirus ? La réponse n’est pas à chercher dans l’incompétence des ministres concernés, elle est plutôt à chercher dans le manque de courage du président lui-même. L’école n’était, dans cette affaire, que l’agneau sacrifice pour sauver la face devant la surenchère des religieux. La réouverture des écoles n’était qu’un prétexte pour occulter la reculade du gouvernement. Quand un homme se noie il ne s’aperçoit pas en général que
tous les efforts qu’il fait l’enfonce davantage au fond de l’eau. Nous pouvons tous constater avec amertume et désolation le processus sinistre par lequel l’État perd sa substance
régalienne, son essence morale qui fait son caractère majestueux, pour n’être plus qu’une énorme machine de collecte d’impôts et de répression des forces susceptibles de barrer la route à son insatiable appétit d’argent.

L’État perd sa transcendance quand il perd l’autorité pour ne gouverner que par le pouvoir. « On est revêtu de l’autorité par les autres, elle inspire le respect, la confiance » disait fort
justement Raimon Panikkar alors que « le pouvoir réside en moi, je suis plus puissant qu’un autre si je peux faire plus de choses que lui …». Qu’y a-t-il de plus noble que d’être revêtu de l’autorité par ses semblables ? Les derniers évènements montrent le différence entre l’autorité et le pouvoir : quand Serigne Mountakha a demandé le respect des mesures
barrières dans la cité religieuse les fidèles se sont exécutés ; quand les jeunes ont commencé à manifester contre le couvre-feu, sa parole a suffi à les renvoyer chez eux alors que le pouvoir, malgré les forces de l’ordre, n’y a réussi que médiocrement.
La faute n’est peut-être pas entièrement imputable à Macky Sall, nous sommes tous comptables de cette situation. Nous avons détrôné l’État au profit de nos convictions ou intérêts égoïstes ; nous l’avons désacralisé par nos conduites communautaristes, chauvines et irresponsables. Il nous faut travailler à réconcilier le pouvoir et l’autorité, à incarner l’autorité dans le pouvoir de l’État. La condition pour y arriver c’est l’exemplarité irréprochable de celui qui incarne l’institution. On ne peut pas, on ne peut plus élire n’importe qui au sommet de l’État. Donnons l’autorité à celui qui a le pouvoir et qu’il nous
donne la dignité par laquelle nous lui conférons ce statut sacré. Le pouvoir peut être volé ou usurpé, jamais l’autorité.
L’une des conséquences inattendues de cette crise de covid 19 dans notre pays, c’est l’expression de plus en plus ouverte des communautés. Jamais notre nation n’avait montré autant de signes de fébrilité due à un menace de dissolution de la société dans les réflexes et préoccupations communautaristes. Il nous faut réapprendre à vivre en société, à être des citoyens comme l’ont été les Grecs. Les Grecs vivaient avec leurs dieux, ils avaient l’impression d’être membres d’une communauté à la fois céleste et terrestre. La paideia grecque tant chantée n’est point un hasard. Quand l’individu sent en permanence la transcendance dans sa vie quotidienne, son éducation et sa culture sont pénétrées de valeurs formatrices absolument transcendantes et inaltérables.
Dans un univers où les hommes côtoient des dieux, la vertu faire rarement défaut. Les Grecs avaient un côté divin et leurs dieux un côté humain. Ils nous faut refonder nos conduites de sorte à nous sentir, en toute circonstance, faire une confession
devant Dieu. Les Égyptiens étaient beaucoup plus radicaux, ils avaient des dieux et non de simples rois ; disons qu’ils avaient des rois divins. Nous n’avons certes à copier les anciens, nous devons simplement nous inspirer de leur façon de vivre en société pour réhabiliter l’État et la république. Nous devons nous affranchir de nos partis et postures politiques pour nous retrouver autour de l’idéal d’une nation respectable, capable de
se prendre en charge. La pire décadence d’un homme doué de sens c’est d’attendre de l’État et de la politique les moyens de sa subsistance et son épanouissement. Nous ne serons dignes du Sénégal que le jour où jeunes et adultes cesseront de faire
de la politique un gagne-pain, de se laisser hypnotiser par les combines des politiciens qui, comme des charmeurs de serpent, nous ôtent notre lucidité et notre dignité. Nous voulons
chacun goûter aux délices du pouvoir comme de vieux chats borgnes et souffreteux, alors que nous avons la force de nous épanouir ailleurs. Cette maladie du pouvoir doit être soignée si nous ne voulons pas avoir un autre ou pire que Macky Sall en 2024 !
Ce dont notre pays a besoin en ce moment, c’est non d’un homme providence, mais d’un homme-dieu, c’est-à-dire à la fois transcendant et compatissant, détaché, mais fortement
préoccupé par le bonheur de son peuple comme l’a suggéré Rousseau ; un homme qui, par le prestige qu’il a de commander, fera don de sa personne et de sa famille à la nation. La famille est l’entité envers laquelle tout homme d’État doit faire preuve d’ingratitude pour gouverner dignement une société. Le parti devra être la deuxième victime de l’ingratitude
du rédempteur dont nous avons besoin ; et la communauté la troisième… Nos communautés ont les moyens de se prendre en charge et de vivre en parfaite intelligence avec l’État ; ce qui pose problème, c’est plutôt la posture de nos hommes d’État.
Ce pays mérite mieux, le Sénégal mérite que nous lui sacrifiions nos folies individuelles, nos peurs ainsi que nos familles.
Alassane K. KITANE
Professeur au Lycée Serigne Ahamdou Ndack Seck de Thiès
Président du Mouvement citoyen LABEL-Sénégal

7 Commentaires

  1. Kitane arrête de philosopher ! Que peuvent les Sartre, les Rousseau, les Grecs, les De Gaulle pour un pays comme le Sénégal où les marabouts téléphonent à longueur de journée des ministres, des directeurs généraux, des commissaires de police, des gouverneurs, des préfets etc. et toujours pour « régler des cas » et bénéficier de privilèges ? C’est le sport quotidien des tous nos grands et petits marabouts, avec des menaces ou des chantages en plus si le responsable appelé refuse d’obtempérer ! C’est ça notre « république ». Le mal n’est pas au sommet comme tu le prétends faussement ici, le mal est dans le peuple, dans nos habitudes mesquines, nos fausses vertus corruptrices, nos maslas hypocrites, notre foi de musulmenteurs comme disait Jules Faye, etc. etc. etc. Kitane les présidents sont toujours à l’image de leurs peuples. Un président menteur vient toujours d’un peuple menteur. Un président tricheur vient toujours d’un peuple tricheur. Un président voleur vient toujours d’un peuple voleur. Un président corrupteur vient toujours d’un peuple corrupteur. Au Japon, un ministre démissionne pour la simple raison d’avoir oublié de déclarer un tout petit cadeau. Au Sénégal, le peuple te dira dou dara garaawoul ! En Norvège, un ministre démissionne pour la simple raison qu’on lui a annoncé qu’il est malade. Au Sénégal, tes parents, voisins, amis, collègues, marabouts, talibés, tous te diront de prendre un congé et surtout de garder fermement ton poste. On est comme ça Kitane : nous dénonçons le jour ce que nous pratiquons tous la nuit. Le mal est à la base…

    • @Lemzo
      Conclusion ? Il faut continuer comme ça où il faut changer les mentalités ?
      Personne n’est née menteur ou tricheur ou je ne sais quoi ce sont des tares qu’on acquiert de façon volontaire qu’on développe jusqu’à ce qu’ils deviennent une partie de notre personne
      Mentir est devenu banale et même normale au Sénégal Macky Sall utilise le mensonge pour gouverner ce pays il en est conscient tout est mensonge Abdoulaye Wade a désacralisé l’autorité de l’Etat Macky Sall a enlevé le peu de crédibilité qui restait au pouvoir
      Personne ne croit plus aux paroles d’un président ou de ses ministres après chaque annonce les réactions sont plus mitigées
      C’est le danger qui nous guette on se dirige vers une société ou seule la force publique aura autorité personne ne fera plus confiance à aucune autre autorité politique ou religieuse

  2. Répondeur automatique de Macky sall est toujours présent pour ouvrir sa grande gueule et insulter ceux qui se battent pour ce pays et oublie leur personne.
    Lemzo le contre-exemple du nouveau type de sénégalais qu’on cherche. Prêt à vociférer et mentir comme son mentor Macky sall pour ne rien dire. Pauvre de toi

  3. Les galimatias de ce triste bonhomme ne méritent pas d’être lus. Il est tjrs dans l’antithèse et oublie la thèse et la synthèse. Nul sens de la dissertation. Qui encore pour souffrir de le lire?

  4. Mr Kitane est ce que vous avez des défauts ? Qu’est ce c’est un intellectuel ? Est ce que vous l’êtes ?
    Vos défauts vous les voyez chez les autres. Une chose est sûr à force de passer à citer les autres pour conforter vos hypothèses je me suis dit que vous vous forgez sous l’image des autres. Alors vous êtes seulement un intellectuel de citations. Réveillez vous Kitane. Nos références sont le Saint Coran et la Sunnah

    • Abdoulaye vous pensez certainement par le ventre  » nos références » vous dites ! Vous qui ? On n’a donc pas le droit de se référer à autre chose qu’au Coran. A quoi sert la raison alors? Que dites-vous de ce hadith qui enjoint les musulmans d’aller chercher le savoir jusqu’en Chine ? Vous ne savez même pas que pour comprendre le Coran il faut un minimum de bagage ? Une citation a entre autres vocations, celle de donner du poids à un argumentaire, à montrer qu’on dit pourrait être confirmé par untel ou untel, qu’on n’est pas dans un solipsisme. Réfléchissez avant de vous attaquer à des personnes à la place de leurs idées.

    • Nos références son coran et le Hadith tu es un vrai nafegue et on a vu vous et vos marabouts comment vous utilisez le coran et les hadith pour escroquer les pauvres abrutis qui vous écoutent
      Il y a pas une seule personne au Sénégal crédible qu’il soit khalif marabouts ou Oustaz prêcheur aux grandes gueules qui polluent les plateaux de Télés pour nous parler de coran ou de hadith a l’heure actuelle ils sont tous corrompus et Dieu n’aime pas la corruption

Repondre

Please enter your comment!
Please enter your name here