« L’opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances.
En désignant les objets par leur utilité, elle s’interdit de les connaître. » Gaston Bachelard

Pour Bachelard l’opinion croit déjà posséder la vérité, elle est affaire de conviction subjective, et non de véritable savoir : ce qui distingue le savoir de l’opinion, c’est que le savoir démontre systématiquement ce qu’il avance, et qu’il n’admet rien qui n’ait été auparavant démontré au préalable. De ce point de vue, « l’opinion pense mal » : elle pense mal, parce qu’elle voudrait, dans son impatience constitutive, pouvoir affirmer la vérité d’un jugement sans passer par les étapes de sa justification. Pour l’opinion tout est déjà certain et claire, c’est pourquoi, les questions apparaissent donc comme inutile. Elle croit penser, au moment précis où elle nous dispense de toute pensée véritable.

POURQUOI NOS APPROCHES SONT PROBLEMATIQUES ?

Face à l’hyperspécialisation qui empêche la conception et la perception des problèmes de façon fondamentale et globale,
Face à nos modes de connaissances parcellisés qui produisent des ignorances globales,
Face à des formes de pensée mutilées qui conduisent à des actions mutilantes,
Face à une approche qui brise la complexité du réel et qui donne le primat au quantifiable,
Face à cette tendance qui occulte les réalités intrinsèques et affectives des phénomènes,
Face à cette culture qui donne la primauté au matériel sur l’immatériel et à l’avoir sur l’être,
Face à l’air du temps qui prend parti pris pour le court-termisme et qui semble acter la dictature de l’immédiateté,
Face au mimétisme et au suivisme qui semblent être symptomatiques de notre époque,
Face au culte de l’émotion et son corollaire le discours populiste et démagogique qui empêchent la pensée complexe,

QUE VOULONS NOUS ?

Nous avons la faiblesse de croire qu’une réflexion lucide, audacieuse et souveraine qui excède largement les cadres classiques doit avoir droit de cité. Notre volonté est d’en finir avec cette attitude passive et victimaire car à force de macérer les humiliations, de dissimuler les blessures on en vient à épouser le renoncement qui enfante l’inaction. Nous voulons être les véritables acteurs agissants de notre histoire. Les libertés ne se donnent pas elles se prennent. Cela va sans dire. Nous devons permettre un cadre propice aux échanges et à l’apprentissage qui se veut un processus long, continu et cumulatif. Cheikh Anta Diop disait : A formation égale, la vérité triomphe. Formez-vous, armez-vous de sciences jusqu’aux dents (…) et arrachez votre patrimoine culturel.

COMMENT Y PARVENIR ?

Préférer la conscience à l’appartenance, désaliéner nos mentalités, désendoctriner nos esprits, penser de manière libre et autonome, sortir du conditionnement idéologique mais éviter également de verser dans cet universalisme béat qui est le local sans les murs. Clarifier les enjeux économiques, politiques et sociaux, mettre des mots sur les maux car quand un problème est bien nommé c’est un début de solution alors que mal nommer un problème c’est y rajouter de la difficulté et de la confusion.
Les problèmes auxquels nous devons répondre sont complexes quant à leur nature et difficiles quant aux solutions mais la difficulté de réussir ne fait qu’ajouter à la nécessité d’entreprendre : « Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. » Aimé Césaire Discours sur le colonialisme.

LA REFLEXION : UNE CONDITION SINE QUA NONE

Pour ce faire, nous ne pouvons pas faire l’économie de la réflexion qui est un exercice solitaire avec ses exigences et ses risques. Refuser la mise en sommeil de la pensée comporte un risque majeur qui est celui d’être mal compris mais c’est le prix à payer dans cette entreprise qui est parfois dans la subversion, souvent dans la contestation, et toujours dans la remise en question. Cet exercice de type intellectuel doit faire le pari de l’intelligence, briser l’omerta, éviter les conformismes, interroger les compromis mous. Entre la prétention du dogmatique et le renoncement du sceptique, il y’a place à une démarche qui ne conçoit la vérité ni comme définitivement possédée ni comme irrémédiablement ajournée : elle consiste à rechercher celle-ci avec lucidité en rejetant les justifications consolantes et les explications rassurantes.

Par Ibrahima Traoré
[email protected]

4 Commentaires

  1. « thinking outside the box » that’s the real question.. and that’s not an easy matter to handle..
    vous savez, nous avons été formatés, formés d’une certaine manière et endoctrinés.. enfermés dans une boîte et « interdits » d’en sortir.. c’est pourquoi il est difficile d’en sortir..
    mais comme vous avez dit, la liberté ne se négocie pas, il faut s’armer de science et de courage pour ensuite l’arracher..

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