Le Sénégal vit des jours sombres. Le pays s’enfonce dans une crise profonde dont les manifestations sont de plus en plus lourdes de dangers, et potentiellement déstabilisatrices.
Disons-le, le leadership du Président Macky Sall est méchamment balloté par les soubresauts d’une gestion chaotique de la crise sanitaire dans laquelle le Sénégal se débat chaque jour davantage, avec des répercussions sociales de plus en plus insupportables.
La population n’a plus foi en le discours servi par les plus hautes autorités de la République, le Président Macky Sall en premier.
Le courroux des citoyens en l’endroit du régime a franchi un pic dangereux la nuit dernière. En des endroits différents du territoire national, des citoyens sénégalais sont sortis en masse manifester leur rejet de toutes les mesures censées lutter efficacement contre l’épidémie du corona virus.
Il est temps que le président Macky Sall réagisse. A la hauteur des attentes de ses concitoyens qui choisissent de plus en plus d’adopter une posture de défiance à son encontre. « Ce n’est pas l’autorité qui définit le leader, c’est le fait que les gens acceptent de le suivre » disait Bob Davids.
L’heure est à la réaction. Il urge qu’il reprenne l’initiative, et qu’il redore le blason de la République si fortement écorné qu’il aura fallu que le Khalif général des Mourides pèse de toute son autorité spirituelle pour ramener la paix à Mbacké et Touba, et sauver momentanément l’Etat d’une situation lourde de dangers. Mais, il faut que le régime comprenne bien que ce calme n’est que celui qui précède la tempête. « Ventre qui crie famine n’a point d’oreille ». Dans une économie informelle où les populations cherchent de quoi vivre au jour le jour, l’absence de déplacements et l’insuffisance d’un accompagnement pour leur survie exacerbent les frustrations et conduiront tôt ou tard à l’émeute.
Le Président Macky Sall devrait savoir que « même une décision correcte est erronée quand elle a été prise trop tard » comme le disait Lee Iacocca. C’est l’heure pour lui d’apporter les changements attendus et réclamés par le peuple sénégalais. « Comprendre ce qui est juste et ne pas le faire démontre l’absence de courage » affirmait Confucius. Il n’en manque certainement pas. Il avait eu assez de courage politique pour supprimer la Primature, engager le Sénégal dans une dynamique d’émergence accélérée en optant pour le mode de pilotage fast track.
Simplement, cette stratégie n’aura jamais été payante. Ses obligations nationales et internationales ont créé un engorgement au sommet du processus décisionnel, et l’absence d’un échelon de coordination, de contrôle et de suivi de la mise en œuvre de ses décisions, instructions et orientations a engendré un délitement qui a fini d’étaler au grand jour l’incurie de certains de ses proches collaborateurs, et de confirmer au grand jour l’incompétence d’autres à la réputation surfaite, tant sur le plan technique que moral. Il est vrai qu’« en politique, pour estimer les hommes, on regarde moins à leurs vertus qu’à leurs opinions, et plus à leur influence qu’à leur moralité » , mais les temps ont changé.
Le nouvel ordre moral que le Président Macky Sall appelle de ses vœux ne sera jamais une formidable opportunité pour notre pays, si son leadership affaibli par son système de gouvernance créé des goulets d’étranglements incompatibles avec la marche d’un état moderne conscient des défis et enjeux auxquels nous ferons face dans le monde de l’après Covid 19.
Tout autant, il serait indiqué qu’il tire les conséquences de l’échec d’hommes et de femmes qu’il a investis de pouvoirs décidément trop grands pour eux. La suppression de la Primature a étalé au grand jour l’incompétence de plusieurs d’entre eux ; Le Premier Ministre, qui exerçait une autorité hiérarchique sur les ministres du gouvernement, avait la possibilité de les coacher, de superviser leur travail, de les orienter et de veiller à la bonne exécution des directives présidentielles dont il avait la lourde charge de rendre compte ponctuellement.
« Un Premier ministre, disait Coluche, c’est un peu comme un maillot de bain. Ça ne soutient pas grand-chose, mais ça cache quand même l’essentiel. »
En supprimant cet échelon de première importance, le Président Macky Sall a involontairement étalé au grand jour leur impuissance à conduire ou diriger, ou mettre en œuvre simplement une politique publique quelconque.
Le retour de la Primature ou de toute autre institution du même acabit est une exigence, si le Président de la République Macky Sall dont la mission n’est certainement pas de s’occuper de détails et de superviser au quotidien la mise en œuvre de ses instructions est conscient des enjeux liés à la réhabilitation de cette institution utile, et disons-le, indispensable.
De Gaulle affirmait bien fort à propos que « le Président de la République [est] la tête pensante et le premier ministre la tête agissante du pouvoir ». Il faut donc, à la lumière de ce que le Sénégal est en train de vivre un échelon intermédiaire de coordination de l’action de l’Etat pour la cohérence d’ensemble et plus d’efficacité, qui redonne au Président de la République et la stature qui est la sienne et le prestige de sa fonction, ainsi que toute la solennité de sa parole institutionnelle frappée d’un discrédit aux conséquences potentiellement déstabilisantes pour le pays.
Le Président de la République ne pourra pas compter tout le temps sur l’intervention du spirituel pour lui porter secours.
Il a les cartes en mains. A lui de les rebattre.
Cissé Kane NDAO
Président A.D. ER

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