Le chercheur et politiste camerounais Achille Mbembe, initiateur avec l’économiste sénégalais Felwine Sarr, des Ateliers de la pensée de Dakar, a expliqué le choix porté sur le concept « basculement des mondes » comme l’un des thèmes de la troisième édition (30 octobre-2 novembre) par l’urgence de « penser les devenirs africains en termes de potentialités, de petites bifurcations ».

« Nous pensons qu’il est temps de penser les devenirs africains en termes de potentialités, de petites bifurcations. Peut-être la révolution est-elle derrière nous, mais lorsque nous ouvrons les yeux et observons ce qui se passe autour de nous, il est facile de remarquer que les pratiques de réparations, de soins dominent. Dans nos villes, nos campagnes, nos petites communautés, nous voulons repenser les devenirs africains à partir de ces petites bifurcations », a-t-il relevé.

Selon lui, cette pespective vise à « contribuer à la réparation du monde, à la restitution de ce qui nous est le plus cher, notre humanité ». 

Il a dit que Felwine Sarr et lui-même sont « partis du constat selon lequel, il y a une prise de conscience peut-être beaucoup plus accentuée qu’auparavant de notre finitude en tant qu’êtres humains dans l’univers ».

« Le fait que le Terre que nous habitons ne cesse pas seulement de se contracter. Elle a atteint ses limites planétaires. Cette expérience des limites et des extrêmes, certains en ont fait les preuves avant d’autres », a dit le chercheur, relevant que « pour bien des régions au Sud », la nouveauté est que les êtres humains la partagent avec d’autres.

Ces contractions et ces limites, a-t-il poursuivi, s’éprouvent du point de vue des ressources naturelles, notamment des énergies fossiles, de l’eau, des métaux, mais aussi du point de vue de la transformation de la biosphère ainsi que l’attestent des phénomènes comme l’acidification des océans, la destruction d’écosystèmes complexes, le dérèglement climatique et ce qu’il faut bien appeler le saccage.

Achille Mbembe souligne que ces contractions, « on les voit bien en termes de temps qui n’est plus du tout extensible à l’infini, du temps qui, au fond, nous est compté ». 

« Pour beaucoup, il se pourrait d’ailleurs que ce soit trop tard. Il se pourrait d’ailleurs que la petite histoire de l’Humanité – parce qu’elle a entre 35 mille et 45 mille ans – au regard du temps géologique qui se compte par milliards d’années, est sur le point d’arriver à a fin. Et qu’au fond, nous aurons été une parenthèse dans une histoire qui est très profonde. »

Il a ajouté : « Donc, nous nous trouvons à un moment critique de la planète, à un moment de basculement où l’horizon se rétrécit, les perspectives sont bloquées, la fuite devient la nouvelle norme chez beaucoup – on le voit avec le renouveau des migrations ». 

De même la démocratie libérale « semble être en crise très profonde et on se demande comment on pourrait la réanimer. Seulement à partir de l’humain ou faut-il intégrer l’ensemble du vivant dans cet effort de reconceptualisation de la démocratie et, par conséquent, de la culture. »

« Que faire de la raison, cette faculté que nous partageons et qui semble être soumise à rude épreuve par toutes sortes de passions négatives. Le discours aujourd’hui, qui risque d’être le discours dominant, dans les années qui viennent, c’est celui de l’effondrement. La question que l’on se pose c’est de savoir si à partir de chez nous, nous pouvons nous permettre le débat sous cet angle », s’est-il demandé avant de répondre : « Si c’est la manière dont il faut aborder notre futur, nous pensons que non ».

aps.sn

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