Cet attentat a probablement été perpétré mercredi par un sympathisant de la mouvance « d’extrême droite », a estimé le ministre de l’intérieur allemand, Horst Seehofer.
Deux personnes ont été tuées et deux autres grièvement blessées, mercredi 9 octobre, à Halle, en Allemagne, dans un attentat à l’arme à feu contre une synagogue en plein Yom Kippour, filmé par le tueur qui a publié la vidéo sur internet.

Cet assaut par un homme lourdement armé, habillé en treillis et portant un casque, rappelle dans son mode opératoire l’attentat contre deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande en mars par un Australien d’extrême droite.

La chancelière Angela Merkel a dénoncé un « attentat » et s’est rendue dans la soirée en signe de solidarité à la grande synagogue de Berlin. Son ministre de l’intérieur Horst Seehofer a lui parlé d’une « attaque antisémite » pour laquelle un sympathisant « d’extrême droite » est suspecté.

La police locale a indiqué avoir interpellé une personne peu avant 14 heures mais mercredi soir il n’était toujours pas établi s’il s’agit ou non de l’auteur présumé. La police a levé l’alerte et autorisé la population de cette ville de 240 000 habitants à se rendre de nouveau dans les rues. « Le danger pour la population n’est plus considéré comme aigu », a tweeté la police. « Nous sommes toujours sur place avec des forces importantes. Vous pouvez retourner dans les rues, les alertes sont levées », a-t-elle ajouté.

Le parquet antiterroriste a été saisi. Cette juridiction a justifié cette démarche par « l’importance particulière de l’affaire » qui concerne des « crimes violents affectant la sécurité intérieure de la République fédérale d’Allemagne ».
Une synagogue et un restaurant turc visés

Le tireur a tenté en milieu de journée de pénétrer dans la synagogue du quartier Paulus, où étaient réunies, en ce jour de fête religieuse juive, « soixante-dix à quatre-vingts personnes », a indiqué le président de la communauté juive de Halle, Max Privorotzki. « Nous avons vu à travers la caméra de notre synagogue qu’un agresseur lourdement armé, avec un casque en acier et un fusil, a tenté d’ouvrir nos portes », a-t-il témoigné. Les mesures de sécurité à l’entrée de l’édifice religieux « ont permis de résister à l’attaque », a-t-il précisé.

N’y parvenant pas, il s’est ensuite éloigné et s’en est pris cette fois à un petit restaurant turc de kébabs. Il a d’abord lancé une grenade qui a explosé contre la porte avant de tirer à l’intérieur. « L’homme a tiré au moins une fois, l’homme qui était assis derrière moi a dû mourir. Je me suis caché dans les toilettes et j’ai verrouillé la porte », a raconté un des clients, Conrad Rössler, sur la chaîne d’information NTV.

Sur une vidéo amateur reprise par de nombreux médias et montrant manifestement un extrait de l’assaut, un homme casqué, habillé en kaki et muni d’une ceinture de munitions, d’apparence calme, tire au fusil d’assaut en pleine rue, à proximité d’une voiture. Il s’effondre ensuite, atteint manifestement par des tirs de la police, et reste quelques secondes à terre, avant de remonter dans le véhicule et de partir.

Selon Horst Seehofer, les faits ont été commis par une seule personne, alors que la police a parlé au début de plusieurs auteurs. L’auteur de l’attentat a diffusé une vidéo de l’attaque sur la plateforme de streaming en direct Twitch, a indiqué une porte-parole du site spécialisé dans le jeu vidéo et l’e-sport. « Nous avons fait au plus vite pour retirer ce contenu, et nous suspendrons tous les comptes qui posteront ou reposteront des images de cet acte abominable », a indiqué une porte-parole de Twitch.

L’attentat qui a fait deux morts mercredi suscite « un choc profond pour tous les Juifs en Allemagne », a estimé le président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, Josef Schuster, qui a également jugé « scandaleux » que le bâtiment religieux n’ait pas été protégé par la police allemande alors que les Juifs célèbrent mercredi la grande fête de Yom Kippour. Des mesures de sécurité ont été prises aux abords des synagogues de Berlin, Dresde et Leipzig, où des policiers en armes ont été déployés

Série d’attaques liées à l’extrême droite

La police fédérale annonce avoir intensifié ses contrôles dans les gares et les aéroports du centre de l’Allemagne et renforcé les contrôles sur les routes en direction de la Pologne et de la République tchèque.
Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a condamné mercredi l’attaque contre une synagogue à Halle. « L’attentat terroriste contre la communauté de Halle en Allemagne pendant Kippour, le jour le plus sacré pour notre peuple, est une nouvelle expression de l’antisémitisme qui grandit en Europe », a déclaré M. Netanyahou dans un tweet.

« Nous sommes abasourdis et peinés par les terribles meurtres antisémites qui ont eu lieu aujourd’hui en Allemagne », a déclaré de son côté le président israélien Reuven Rivlin dans un communiqué.

Cette attaque intervient quelques mois après le meurtre, en Hesse, de Walter Lübcke, un élu promigrants du parti conservateur de la chancelière Angela Merkel (CDU). Le principal suspect est un membre de la mouvance néonazie. Cette affaire a créé une onde de choc dans le pays, où l’extrême droite antimigrants enchaîne les succès électoraux. Elle a réveillé la crainte d’un terrorisme d’extrême droite à l’image de celui du groupuscule NSU, responsable de l’assassinat entre 2000 et 2007 d’une dizaine de migrants.

L’Allemagne est confrontée à « une nouvelle RAF [Rote Armee Fraktion]», une « RAF brune », estime le Süddeutsche Zeitung, en référence au groupe terroriste d’extrême gauche Fraction armée rouge, actif entre 1968 et 1998. Plus de 12 700 extrémistes de droite jugés dangereux sont recensés par les autorités.

Lemonde.fr

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