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Berlin a décidé, dimanche, qu’il n’y aurait pas de traitement centralisé des données collectées par l’application de traçage du Covid-19. Une volte-face qui donne raison aux nombreux détracteurs de cette approche et laisse la France bien seule sur la scène européenne avec son « Stop Covid ».

La France de plus en plus isolée en Europe avec son appli « Stop Covid ». L’Allemagne a fait, dimanche 26 avril, un virage à 180 degrés concernant sa propre solution de traçage des contacts, abandonnant le principe d’une instance unique qui centraliserait toute les données collectées.

Berlin était, avec Paris, l’une des rares capitales européennes à préconiser un traitement centralisé des données collectées par ces futures applications pour smartphone, censées alerter leur propriétaire lorsqu’ils entrent en contact avec un individu contaminé par le Covid-19. Mais le gouvernement allemand a confirmé, ce week-end, qu’il avait finalement décidé d’opter pour « une approche résolument décentralisée » après avoir pourtant prêché la parole inverse encore deux jours plus tôt.

« Big brother » ou pas « Big brother »

C’est un revirement crucial à même de satisfaire les défenseurs de la protection des données personnelles. Dans l’approche à la française, l’application génère un rapport « anonymisé » à chaque « contact » – détecté grâce à la technologie Bluetooth – avec un autre smartphone sur lequel « Stop Covid » est installée, et envoie ces informations à un serveur central géré par un organisme public « de confiance ». C’est en croisant les données sur ce grand fichier qu’il est possible d’établir quel smartphone s’est trouvé à portée du Bluetooth de celui d’un individu testé positif au Covid-19, et ainsi envoyer les alertes si nécessaires.

L’approche décentralisée fait l’impasse sur ce « Big Brother » qui stocke toutes les informations. « Les données sont conservées localement sur le téléphone des utilisateurs de l’application », précise à France 24 Henning Tillmann, coprésident du Centre allemand pour le progrès digital D64, une association qui a milité contre l’adoption par Berlin d’un système centralisé. Lorsqu’un individu apprend qu’il a été contaminé par le Covid-19 « il pourra, par exemple, scanner un QR code sur un document remis par le ministère de la Santé, qui sera reconnu par l’application », précise Henning Tillmann. Un message peut alors être envoyé à tous les détenteurs de smartphone, qui se sont trouvés suffisamment longtemps à proximité du porteur du virus.

Les débats qui ont abouti à la volte-face allemande ressemblent de près aux polémiques entourant le développement de « Stop Covid » en France. Au départ, Berlin ne jurait que par un système centralisé. Il procurait l’avantage de permettre d’avoir une vue d’ensemble de l’évolution du virus sur le territoire national. En outre, comme cette application reposait sur un protocole développé au niveau européen, censé être le socle technique pour toutes les applications similaires développées dans les autres pays du Vieux continent, cela « aurait permis une mutualisation des informations sur l’épidémie au niveau européen », explique Frans Imbert Vier, PDG d’Ubcom, agence de conseil spécialisé dans la protection des données, contacté par France 24. 

Google et Apple : l’obstacle de trop

Très vite ce système s’est attiré les critiques d’une partie de la communauté scientifique et d’associations qui, comme le Centre allemand pour le progrès digital D64, craignent que les libertés individuelles soient inutilement sacrifiées sur l’autel de l’urgence sanitaire. Plusieurs centaines de scientifiques européens et de militants ont publié, la semaine dernière, une lettre ouverte mettant en garde contre les dérives potentielles de l’approche préconisée par le gouvernement allemand.

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Un serveur centralisant des données aussi sensibles « doit être particulièrement bien protégé contre d’éventuelles attaques informatiques et il faut pouvoir se prémunir contre la tentation d’exploiter ces informations à d’autres fins que celles prévues par la loi », ont souligné les détracteurs du projet allemand d’application. « Je ne crois pas au mythe de données entièrement anonymisées, et une telle base de données pouvant en théorie permettre de retracer tous les déplacements d’une partie de la population pose de graves questions en terme de surveillance et de possibles abus », résume Frans Imbert Vier, qui estime que les reproches adressés au projet allemand sont aussi valables pour son cousin français « Stop Covid ».

Mais ce ne sont pas ces critiques, qui ont finalement eu raison de la détermination de Berlin. Le gouvernement allemand s’est aussi heurté au refus de Google et Apple de laisser une telle application tourner sans discontinuer en tâche de fond sur leurs smartphones. Les « app stores » de ces géants de l’Internet interdisent à une application tierce de collecter ainsi sans interruption des données personnelles. Apple s’y oppose aussi pour une raison pratique : l’obligation d’avoir toujours le Bluetooth allumé va considérablement réduire l’autonomie du téléphone. 

En s’entêtant, le gouvernement allemand aurait mis sur le marché une solution inutilisable sur les smartphones tournant sous Android (Google) et les iPhone… soit la grande majorité des téléphones en circulation. « C’était techniquement inimaginable car pour que cette application soit utile, il faut qu’elle soit largement utilisée sur le territoire », souligne Henning Tillmann.

Berlin s’est donc résolu à attendre que Google et Apple lancent leur propre plateforme pour le traçage des contacts, qui est prévue pour début mai. « Attention ce ne sont pas des applications développées par les groupes américains, mais simplement le protocole permettant aux États de créer leur propre solution décentralisée », précise Henning Tillmann. Il ne s’agit donc pas d’abandonner sa souveraineté aux géants américains du Net.

Cette reculade allemande risque de mettre le gouvernement français dans l’embarras, alors qu’il se prépare à soumettre l’application « Stop Covid » au Parlement, demain mardi 28 avril. Nul doute que l’opposition va demander à l’exécutif pourquoi il s’entête là où l’Allemagne a décidé de changer son fusil d’épaule. Il n’y a en outre aucune raison qu’Apple ou Google concède à Paris ce qu’ils ont refusé à Berlin. Et, pour Frans Imber Vier, « s’il n’y a qu’un Français sur cinq qui peut utiliser cette application car elle ne fonctionnera pas sur les smartphones les plus populaires, on est en train de soumettre au Parlement une application à l’utilité techno-sanitaire très contestable ».

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