Les ressources humaines ont toujours été un problème majeur du secteur de la Santé. Mais aujourd’hui, face à la montée de certaines maladies, le manque de spécialistes et leur mal répartition à travers le territoire sont plus que jamais mis à nu. Et dans la plupart des cas, ni la formation ni le matériel ne permettent d’être optimiste quant à l’avenir.

OPHTALMOLOGISTES, PNEUMOLOGUES

La maladie de l’effectif

Au Sénégal, mieux vaut ne pas avoir mal aux yeux ou souffrir de maladies respiratoires si on n’a pas les moyens. Le nombre est insuffisant, le personnel vieillissant et les perspectives pas assez prometteuses du fait d’avancées timides.

Le secteur de la Santé est généralement observé sous l’angle des infrastructures, du plateau technique et de la qualité d’accueil. Il y a pourtant un point important qui impacte considérablement sur la qualité des soins : il s’agit du nombre et de la répartition des médecins spécialisés. Dans presque tous les domaines, le Sénégal connaît un déficit de spécialistes doublé d’une répartition inéquitable sur le territoire national.

Pour un organe aussi sensible que l’œil avec une prévalence de cécité de 1,42%, le pays dispose de 63 ophtalmologistes pour 14 millions d’habitants. Le ratio n’est pas mal, mais il est insuffisant pour faire face aux besoins de la population. Ce qui constitue des obstacles à la lutte contre les maladies oculaires. ‘’C’est vrai qu’avec un ophtalmologiste pour 230 000 habitants, le Sénégal est dans les normes de l’Organisation mondiale de la Santé qui préconise un ophtalmologiste pour 250 000 habitants’’, explique le coordonnateur du programme national de la santé oculaire, Dr Boubacar Sarr. Mais le ratio de couverture cache d’autres réalités. En effet, parmi les 63 ophtalmologues, seuls les 36 sont dans le public, les 27 autres étant dans le secteur privé. De ce fait, dans le secteur public, il y a un spécialiste pour 400 000 habitants, autrement dit, en-deçà des normes de l’OMS.

Au-delà de cette insuffisance de spécialistes de la vue dans le secteur public notamment, il y a la disparité en régions médicales. En effet, sur le total général (63), les 57 se trouvent à Dakar, laissant l’intérieur du pays presque totalement dépourvu. A ce jour, 8 régions sur 14 n’ont pas d’ophtalmologistes. Il s’agit des régions de Tambacounda, Kédougou, Kaffrine, Louga, Diourbel, Kolda, Sédhiou et Fatick. En d’autres termes, les localités centres et frontalières sont délaissées au profit de la zone côtière. Ainsi, Dr Sarr recommande le recrutement de 3 ophtalmologistes par année pendant 3 ans.

Personnel vieillissant

A la question du nombre s’ajoute celle de l’âge des spécialistes qui aujourd’hui sont vieillissants. D’où la nécessité de faire plus d’efforts dans le sens d’une formation intensive. ‘’Mais former ne suffit pas, il faut aussi s’assurer qu’il y a une bonne distribution. Il faut trouver des mesures incitatives pour ceux qui sont à l’intérieur du pays. Que le ministère s’attelle au relèvement du plateau technique dans certaines structures’’, préconise Boubacar Sarr.

De façon plus globale, ce spécialiste de l’œil souhaite que les gouvernants intègrent la santé oculaire dans leurs politiques sectorielles. ‘’Il faut que les gouvernements et les partenaires intensifient leurs actions. Nous voulons réduire à 1% la prévalence des maladies oculaires’’, relève-t-il.

Il reconnaît tout de même que beaucoup d’efforts ont été faits dans la lutte contre les maladies oculaires. Par exemple, avec la cataracte, les interventions sont passées de 5 000 chirurgies à 13 000. Mais même avec cette augmentation, ils sont loin de couvrir les besoins. Il reste beaucoup à faire dans la lutte contre le trachome. Depuis 5 ans, des efforts intenses sont menés en termes de traitement de masse, ce qui a permis d’avoir 5 000 cas de trachome opérés chaque année.

Bien qu’insuffisant, le nombre d’ophtalmologues est pourtant largement supérieur à celui des spécialistes du poumon. En tout et pour tout, le Sénégal compte 15 pneumologues, en dépit de ce qu’il y a comme maladies respiratoires dans le pays.

‘’Le ratio est largement insuffisant’’, admet le Professeur Yassine Dia Kane de l’Hôpital de Fann. Et il n’est pas sûr que les ‘’quelques étudiants’’ en formation puissent aider à combler le gap. Car le nombre est déjà insuffisant à Dakar, alors que la majorité des spécialistes s’y concentrent. Sur les 15, tous les 11 sont dans la capitale. Les trois restants sont respectivement à Saint-Louis, Thiès, et Ziguinchor. Ce qui n’est pas forcément l’exclusivité d’une spécialité. En réalité, ça va même au-delà des ressources humaines. ‘’Ce n’est pas une chose qui est propre à la discipline de la pneumologie, c’est généralisé. Il n’y a vraiment pas d’équilibre sur le plan matériel et humain’’, regrette-t-elle.

Si le patient est solvable, il est référé…

Et pourtant, les évacuations sanitaires ne sont pas légion si l’on en croit Dr Dia Kane. ‘’Très peu de gens font recours aux soins extérieurs. Parce que parfois, sur le plan financier, ils n’ont pas tous accès aux examens supplémentaires demandés’’, avoue-t-elle. Il faut donc faire avec les moyens du bord. Mais comment ? Car il existe des pathologies dont le diagnostic nécessite un matériel spécifique pas toujours disponible. Si le patient est solvable, explique-t-elle, il lui est demandé d’aller dans une autre structure où il pourra être pris en charge. Si c’est un pauvre par contre…

Rien que pour l’asthme, l’Hôpital de Fann est à 9,1% des consultations, sans compter la non-disponibilité du matériel adéquat pour le travail et ceux qui ne viennent pas se faire consulter pour une raison ou une autre. Et vu l’absence de statistiques nationales réparties selon les malades, il sera sans doute plus difficile de mener une politique plus ciblée pour faire face à la demande. ‘’Il y a beaucoup de travaux à faire, surtout dans l’estimation réelle des pathologies que nous rencontrons’’, soutient la spécialiste.

De la même manière, il reste d’énormes efforts à consentir pour faire face aux maladies les plus connues et s’orienter vers les nouvelles tendances. ‘’Nous voulons nous occuper des pathologies liées à l’environnement. Nous comptons aussi développer la prise en charge des pathologies respiratoires au cours du sommeil. Il reste encore beaucoup à faire’’, souligne Dr Kane.

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1 Commentaire

  1. LE MAL EST BEAUCOUP PLUS PROFOND – IL FAUT NÉCESSAIREMENT REPENSER NOTRE MÉDECINE MODERNE !!! Oui, pour beaucoup de patients, la Médecine Moderne reste encore inadaptée, car de plus en plus compliquée et onéreuse ; elle est donc loin de satisfaire une demande en soins de plus en plus accrue, en dépit de toute sa technicité ; et très vraisemblablement, ce paradoxe est le fait d’une approche très fragmentaire de la maladie et donc d’une insuffisance dans la prise en charge véritable des patients dans toute leur globalité (corps et esprit), comme le préconisent les médecines parallèles – que je ne cautionne pas du reste, du fait de leur manque de transparence. Le mal est donc là et nécessite d’importantes réformes ; oui, notre Médecine Moderne doit être forcément repensée.
    Je persiste à croire, comme beaucoup de confrères, que la Science fait fausse route ; oui, les chercheurs ont brûlé des étapes importantes ; ils ont négligé l’étape ‘’philosophique’’ de la recherche qui en est le temps primordial. En effet, toute recherche doit partir de considérations ethno-psycho-socio-anthropologiques pour s’orienter au mieux ; sinon, c’est inévitablement la tourmente (la névrose) qui, du fait du foisonnement des idées qu’elle génère, peut être à l’origine de découvertes, mais le plus souvent non essentielles, parfois inutiles voire saugrenues, constituant une perte de temps et d’argent considérable. Et cette étape philosophique ne saurait faire l’impasse sur la religion, quand on sait que les ‘’Textes Sacrés’’ prétendent tous être guide et éclaircissement pour toutes choses. Autant donc de défis que les chercheurs doivent relever – Une exigence scientifique !!!
    Ainsi, la « Médecine pour demain » que nous avons la prétention de proposer, tire ses principes fondamentaux de la religion, précisément de l’Islam qui est, en vérité, le parachèvement de toutes les religions monothéistes (Judéo-christianisme essentiellement). Il s’agit en fait de réactiver la Médecine Moderne par l’introduction nécessaire de la dimension spirituelle de façon consensuelle, transparente, avec donc la caution de la communauté scientifique internationale. Elle ne saurait donc déroger à une telle démarche qui a toujours fait sa force. En vérité, la religion ou plutôt la spiritualité conditionne toute notre condition humaine, et en particulier, notre aptitude à surmonter les épreuves (agressions physiques ou psychologiques). Oui, Dieu a sa place dans la Science. Il est d’ailleurs inconcevable de nier son existence, si on considère l’homme dans tous ses aspects, tant anatomique, physiologique, biochimique que psychologique. On ne peut alors s’empêcher d’y contempler sa sophistication et de n’y voir que des Signes divins, confirmant ainsi, la véracité des Textes Sacrés.
    https://docs.google.com/document/d/1hFT4T_ziXQI97LG5bhPVwV1HpV7GGjvyrvtrq-RftsI/edit?usp=sharing

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