Monsieur le Président,

Que des seconds couteaux excellent dans le zèle militant et ouvrent les hostilités à tous vents, c’est compréhensible. Le combat politique étant un jeu alternatif de coups donnés et rendus entre opposants et gouvernants. C’est le sel même du système démocratique. Et dans ce jeu, il faut toujours souhaiter avoir des gladiateurs peu cultivés, peu raffinés, peu doués intellectuellement pour laisser exprimer une nature plus confortable avec la violence qu’avec le dialogue. Voilà pourquoi les sorties d’un président de groupe parlementaire et les répliques d’un ancien ministre de Wade ne choquent plus, tant ils sont attendus dans le seul sens qui fait sens pour eux : la politique comme synonyme de la polémique stérile.

Mais que le chef de l’État, président d’un parti, cautionne et endosse le contenu d’un communiqué qui demande formellement la mise en place d’une commission parlementaire pour enquêter sur la double nationalité de Wade, c’est proprement scandaleux ! Que l’ancien Président, pour se justifier, évoque la réciprocité ou le parallélisme des situations entre la sienne et celle de l’actuel Président, puisse interloquer le chef de l’État, c’est parfaitement compréhensible. Mais après avoir encaissé le coup, il faut de la retenue, de la mesure, du dépassement, monsieur le Président ! Après tout, qu’est-ce que vous gagnerez dans une enquête à sens unique menée par des députés qui vous doivent leur existence politique et qui révélerait ce que tout le monde sait déjà ? Aurait-on voulu jeter définitivement le discrédit sur une institution comme le Conseil Constitutionnel qui souffre déjà de son passé empêtré dans la nébuleuse politico-juridique, qu’on ne s’y prendrait pas autrement ! Car, en tout état de cause, c’est ce Conseil Constitutionnel qui valide les candidatures après en avoir vérifié la conformité avec les dispositions pertinentes des lois électorales.

S’ouvre ainsi, d’ici les prochaines élections, une ère de polémiques inutiles, dangereuses et puériles sur les nationalités de nos présidents dans un pays qui aura tout gagné en légitimité et crédibilité historiques en misant sur le génie inhibiteur des particularismes. Que dirait alors demain du Sénégalais, l’Ivoirien encore douloureusement marqué par les conséquences désastreuses d’une polémique sur « l’ivoirité », si les futurs débats de nos hommes et femmes politiques devraient tourner sur la double-nationalité supposée ou réelle de votre prédécesseur ? Et ces ministres, conseillers, directeurs généraux qui vous entourent et qui envoient systématiquement leurs  épouses accoucher à l’étranger ? Seront-ils à l’aise d’imaginer demain leurs enfants faire l’objet d’une enquête pour vérifier leur double nationalité même après avoir exercés des fonctions électives, alors que ce fut la conséquence justement voulue par leurs géniteurs ? Vous-même, Président, imaginez-vous votre successeur commanditer une enquête parlementaire pour vérifier votre double nationalité supposée ou réelle ? Et si demain, les missions commandées aboutissaient aux mêmes conclusions voulues par leurs commanditaires autoritaires ? Devrait-on vous conduire tous les deux au tribunal de l’histoire pour répondre du crime de haute trahison ?  Non ! Il y a des combats que l’on mène avec intelligence, avec lucidité. Sans rancœur ni émotions négatives !

Si votre but, en procédant ainsi, est de rabattre le caquet d’un homme politique au crépuscule de sa vie (politique s’entend !), vous vous laissez alors trop facilement entraîner dans les canaux de ce que la politique a de plus pestilentiel. Ce n’est pas de votre niveau ! Ce n’est pas votre devoir ! Laissez ce combat aux autres ! Au moins, vous préserverez ainsi la dignité, la place et le rôle historique d’un pays, d’une nation, d’une République qui n’ont pas droit à la médiocrité, tant ils ont voulu toujours servir  d’exemple, de « vitrine » aux autres, ces voisins qui admirent chez nous ce à quoi nous avons toujours tourné le dos : les démons de la division. Puisse Dieu vous détourner rapidement de cette dérive inutile, dangereuse et puérile qu’aucun juridisme instrumentalisé pour rendre coup sur coup ne saurait justifier !

Pr Ndiaga Loum, UQO

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