L’information a fait la Une de plusieurs publications : l’alerte qui sonne comme un rappel à l’ordre du Fonds monétaire international (Fmi) concernant le rythme effréné de l’endettement de notre pays. Sans avoir l’autorité ni la crédibilité, encore moins, l’expertise du chef de mission de la 5e Revue de l’Instrument de soutien à la politique économique (ISPE) du FMI, Ali Mansoor, j’avais tiré sur la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois sur ce point sombre des gouvernements successifs de Macky Sall (voir ma contribution publiée par Xalima le 1er mars 2017 : http://xalimasn.com/bilan-economique-de-macky-sall-une-situation-peu-reluisante-malgre-des-chiffres-mirobolants-et-des-discours-rassurants/ ).

J’avais écrit relativement au rythme effréné et injustifié d’endettement auquel le Sénégal est soumis depuis l’arrivée de Macky Sall au pouvoir qu’ « en 2013, la dette publique sénégalaise était de 440 milliards FCFA avant de passer à 523 milliards en 2014, puis à 598 milliards en 2015. Par conséquent, de 2013 à 2016, la dette publique du Sénégal est passée de 440 à 595 milliards FCFA. Soit une progression, en quatre (4) ans seulement, de 155 milliards FCFA en valeur absolue et de plus de 35%, en valeur relative. Des projections simples, basées sur des lois mathématiques, autorisent à penser que le Sénégal pourrait dépasser, à court et moyen termes, le critère de convergence imposé par l’UEMOA. Le plus grave dans tout cela est l’augmentation, sans cesse, des sommes consacrées au paiement des intérêts et commissions sur la dette publique. En effet, dans la loi des finances 2016, les intérêts et commissions sur la dette publique (hors PPTE/IADM) représentaient plus de 164 milliards FCFA. Soit une hausse de 11,52 milliards FCFA (+15,54%) comparativement à l’année 2015.» Comme seule réponse, le ministre répétait, comme leitmotiv, que notre niveau d’endettement, bien qu’étant très élevé, «est bien soutenable».

Aujourd’hui, après que le FMI nous ait donné raison (ce que nous ne voulions nullement pour le bien-être de notre pays), le soldat Mamadou Moustapha Ba, ci-devant Directeur du budget, monte au créneau pour justifier une évidence que son patron Amadou Ba avait toujours nié et ou banalisé en attribuant la faute de cet endettement excessif aux gouvernements de Wade. Il se fait plus précis en expliquant que l’évolution effrénée de notre endettement résulte « des dettes chères » contractées par Wade et ses gouvernements notamment « en 2011, où on a eu l’Euro bond de 500 millions de dollars au taux de 8,75% sur 10 ans ». Décidément, le Président Wade a bon dos !

Loin de moi l’idée d’absoudre le Président Wade, Macky Sall et les personnes qu’il a nommées au Ministère de l’économie et des finances ne disent pas la vérité et tentent, malencontreusement et de façon malhonnête, d’occulter la vérité aux sénégalais. En effet, le niveau d’endettement élevé du Sénégal est, à titre principal, le résultat d’une politique économique improductive et gabegique dont les seuls bénéficiaires sont, non pas le peuple, mais le Président Macky Sall, sa cour et quelques milliers de hauts fonctionnaires dont l’État essaie d’assurer un niveau et un train de vie qui frisent l’indécence pour un pays qui fait partie des 25 pays les plus pauvres au monde.

Le niveau d’endettement élevé du Sénégal est multifactoriel et trois (3) causes principales, parmi tant d’autres, peuvent être données à titre illustratif. La première est en lien avec l’évolution non maîtrisée des effectifs de la fonction publique (dont les effectifs sont passés de 92 230 agents en 2012 à 115 813 agents en juillet 2016) et, subséquemment, des dépenses de personnel qui passent de 450 milliards de francs CFA en 2012 à 572 milliards en 2016. Soit un accroissement faramineux de 122 milliards en valeur absolue et de 27% en valeur relative en 4 ans d’exercice.

La seconde cause a trait aux nombreuses dépenses somptuaires et non structurantes réalisées ou en cours de réalisation comme, par exemple, la construction du Centre International de Conférences Abdou Diouf (CICAD) à Diamniadio d’un coût de 60 milliards FCFA et la réalisation de l’autoroute Ila Touba d’un coût annoncé de 400 milliards de francs CFA.

La troisième cause, last but not least, est la fraude fiscale opérée par ou avec la complicité des fonctionnaires de l’État eux-mêmes à travers le mécanisme des exonérations fiscales. En effet, une enquête publiée la semaine passée par la presse sénégalaise a fait état d’un réseau de « pilleurs de l’économie nationale » constitués de multinationales, de pétroliers, d’importateurs, de banquiers, de concessionnaires, d’industriels et de commerçants qui fait perdre, chaque année, plus de 500 milliards de francs à notre pays, soit 30% du budget. Toutes ces trois (3) causes et tant d’autres nous font perdre des centaines de milliards de francs CFA par année et la seule solution trouvée par Macky Sall et son ministre Amadou Ba est de s’endetter, encore s’endetter et toujours s’endetter. L’avenir du pays leur importe peu.

Ibrahima Sadikh NDour

ibasadikh@gmail.com

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