« Ce que tu ne veux pas voir, c’est qu’en Occident, tout ce qui émane de nous est regardé avec hostilité…” Amin Maalouf, Les désorientés

Bien qu’elle soit l’un des rares pays occidentaux à avoir été en contact permanent avec l’islam pendant plus d’un siècle – à travers ses ex-colonies en Afrique septentrionale et occidentale -, la France semble pourtant avoir beaucoup de mal à vivre quotidiennement avec cette religion. Et cela, malgré ces longues années de cohabitation et la présence de l’une des plus fortes communautés musulmanes en Europe sur son sol. Ce n’est par conséquent guère étonnant dès lors d’entendre certains de ses hommes politiques et intellectuels parmi les plus connus dire que l’islam est une religion incompatible avec les valeurs de la République française, notamment la démocratie. D’autres qualifient même de rétrogrades quelques-unes de ses pratiques. L’islamophobie, entretenue par quelques médias, n’a cessé de se développer au point d’atteindre des proportions inquiétantes dans le pays. L’islam y est en quelque sorte devenu une sorte de punching-ball. Y taper peut faire monter sa côte de popularité dans les sondages auprès d’une opinion publique qui se radicalise de plus en plus en basculant vers la droite, voire l’extrême droite.
Dans ce climat social, le voile islamique, la burqa, et le burkini n’ont été que des bouts de tissu ayant donné la raison ou le prétexte au législateur – quel qu’il soit – pour ajouter une couche sur une communauté affaiblie et submergée par les nombreuses horreurs dont se réclament certains individus ou groupes nébuleux en son nom et les actes islamophobes et racistes dont elle est victime. En chantant toujours la même antienne, le législateur s’affuble d’oripeaux de la loi sur la laïcité pour échapper au procès en islamophobie. Définie par Ernest Renan comme étant la neutralité de l’État entre les religions, la laïcité à la française semble néanmoins avoir été galvaudée dans son esprit au fil des années. Pourtant lors du vote de la loi sur séparation de l’État et de l’église en 1905, Aristide Briand, l’un de ses fervents défenseurs, avait fait une mise en garde prémonitoire : éviter l’empiètement sur les libertés individuelles, car certains républicains conservateurs avaient voulu saisir la belle au rebond pour faire interdire le port de la soutane en public (lire Edwy Plenel : Un vêtement comme les autres). Ce qu’avait voulu éviter Aristide Briand, se produit malheureusement aujourd’hui. La laïcité a non seulement empiété sur les libertés individuelles (exemple des récentes interdictions du Burkini), mais elle n’est pas équidistante des différentes religions du pays. Les exemples le prouvant sont nombreux. Quand Charlie Hebdo a caricaturé le Prophète (PSL) et vitupéré l’islam, à plusieurs reprises, la liberté d’expression a été brandie par les autorités politiques du pays pour justifier son action. Mais dès que la communauté juive est touchée, cela devient de l’antisémitisme, lequel est dénoncé au sommet de l’État. Dieudonné l’a appris à ses dépens. Il est même désormais devenu très difficile de critiquer la politique sioniste de l’État d’Israël, car pour Manuel Valls, numéro du gouvernement français, antisionisme est maintenant synonyme d’antisémitisme (discours du 18 janvier devant le Crif).
Il y a quelques années, l’Élysée serait même directement intervenu pour que quelques étudiants juifs pratiquants puissent passer les concours d’entrée à plusieurs grandes écoles d’ingénieurs en dehors des sessions normales d’examen à cause de la coïncidence des dates avec la célébration de la pâque juive (Pessa’h). L’organisation de séances nocturnes avait été proposée (voir édition du 12 avril 2011 Médiapart). Ce journal est reconnu pour son sérieux, la rigueur de ses journalistes et la solidité de ses sources dans le traitement de l’information. C’est certainement pourquoi, à part quelques démentis qui ont été faits ça et là, aucune action en diffamation n’a été intentée en justice contre lui. Ce qui peut laisser croire à la véracité de cette information. L’éditorialiste du journal Le Point, Claude Imbert avait un jour affirmé sur LCI : « Il faut être honnête. Moi, je suis un peu islamophobe. Cela ne me gêne pas de le dire.» Ces propos auraient pu lui coûter sa place et son bannissement de la scène publique, s’il les avait proférés à l’encontre de la communauté juive ou chrétienne, ou homosexuelle ; et plusieurs réactions se seraient fait entendre au sommet l’État. Mais ils n’avaient suscité que quelques petites indignations sans conséquences. Le paradoxe est que quand des musulmans dénoncent ces genres d’attaques et les injustices dont ils font l’objet, ils sont souvent accusés de faire dans la victimisation. À force d’être discriminés, stigmatisés et ghettoïsés, de souffrir du plus grand taux de chômage dans le pays, beaucoup d’entre eux se sont recroquevillés dans leur communauté et leur culture d’origine comme pour mieux se défendre ou pour montrer leur différence. Comme dit Amin Maalouf : « Lorsqu’on sent (…) sa religion bafouée, sa culture dévalorisée, on réagit en affichant avec ostentation les signes de sa différence ; lorsqu’on se sent, au contraire, respecté, lorsqu’on sent qu’on a sa place dans le pays où l’on a choisi de vivre, alors on réagit autrement. »
Si l’État français veut rester crédible auprès de ses citoyens, gagner leur confiance et apaiser les tensions entre les communautés vivant sur son sol, il doit respecter les termes de son contrat social. Cela veut dire être juste et équitable envers tous ses fils, quelle que soit leur origine, race ou religion. Mais le fait qu’il tarde toujours à solder son passé colonial – dont les pages les plus sombres sont parfois célébrées par certains politiciens- semble se refléter souvent sur les relations qu’il entretient avec les descendants musulmans de ses anciennes colonies, devenus pour la plupart des français à part entière depuis plusieurs générations. Il serait toutefois plus honnête de signaler que parmi ces jeunes musulmans, il en est qui refusent non seulement de se conformer aux lois de leur pays, mais tentent même d’imposer volens nolens leur vision du monde dans leur quartier, ville par des moyens parfois violents. L’incompréhension, le soupçon, la méfiance s’installent alors entre « les différentes catégories de Français. »
Ndoye Bosse
Montréal
[email protected]
Auteur de : L’énigmatique clé sur l’immigration; Une amitié, deux trajectoires; La rançon de la facilité.

PARTAGER

9 Commentaires

  1. (C’est un français qui écrit…)
    Dans leur vie quotidienne, les français n’ont aucun soucis à gérer le “solde colonial”. Ils n’y pensent pas et sont passés à autre chose depuis bien longtemps en regardant vers l’avenir et non le passé. Le problème est que dans le présent, c’est une religion et une seule qui perturbe les journées paisibles auxquelles ils aspirent. Les faits divers quotidiens marquent les esprits et les phénomènes de radicalisation créent des tensions et parfois des morts. De plus en plus de français considèrent que c’est l’islam qui est la source des maux et des dérives sectaires générées par des musulmans qui aspirent de plus en plus à se rapprocher des directives des versets intolérants. La français apprennent de plus en plus le contenu et les valeurs qui sont présentées : esclavagisme, Noé qui a vécu 950 ans, fourmis qui parlent, soleil qui se couche dans une source boueuse, appel à la violence, étoiles plus proches de la terre que la lune, etc, etc… (voir la suite des arguments sur le site deradicalisation.fr) Toutes ces croyances n’ont rien à voir avec les connaissances qui sont maintenant acquises par les plus simples des écoliers et qui sont incompatibles avec l’égalité, la fraternité et la liberté….

    • C’est dommage que la reconnaissance ait la mémoire si courte! La France peut maintenant ne plus penser à son passé colonial parce qu’elle se sent un tantinet “en sécurité” Mais quand elle a failli parlé allemand, elle s’est aussitôt tournée vers ses braves combattants de l’empire colonial :70 000 musulmans sont morts à Verdun et 400000 au cours de toute la Première Guerre mondiale et près de 17000 autres lors de la Seconde guerre mondial. À cette époque-là les musulmans n’étaient pas encombrants.

      • Concernant la seconde guerre mondiale qui était une guerre internationale de lutte contre “l’axe du mal” et une philosophie extrémiste qui voulait imposer ses thèses, il y a eut 10 770 000 morts du côté des alliés. Vous parlez de 17 000 morts du côté des musulmans. Si vos chiffres sont exacts, ils représentent 0,15%. Est-ce là une juste contribution au regard de la proportion des musulmans dans le monde ?

  2. Concernant la seconde guerre mondiale qui était une guerre internationale de lutte contre “l’axe du mal” et une philosophie extrémiste qui voulait imposer ses thèses, il y a eut 10 770 000 morts du côté des alliés. Vous parlez de 17 000 morts du côté des musulmans. Si vos chiffres sont exacts, ils représentent 0,15%. Est-ce là une juste contribution au regard de la proportion des musulmans dans le monde ?

  3. Nous ne parlons pas des musulmans du monde. Il s’agit bien ici des musulmans en France. Les guerres mondiales ont été certes des guerres pour la libérté. Mais qu’à fait ton pays, soi-disant la patrie des droits de l’hommes? Il a massacré des millions de personnes en Algérie, au Cameroun, à Madagascar, qui, pourtant, ne luttaient que pour une chose dans leur pays: défendre naturellement leurs droits et libertés. Cette France est même allée jusqu’à assassiner lâchement des tirailleurs sénégalais, qui ne lui réclamamaient que leur pension au retour de la seconde guerre mondiale. Revisite les manuels d’histoires. Pas celles enseignées dans les écoles de vos écoles, car cette face hideuse de votre histoire y est toujours occultée. Nous comprenons dès pourquoi vous préférez dès lors regarder de l’avant. La France est aussi le pays de Gobineau, les pays des Codes basés sur des carastéristiques humaines: Code Noir, Code de l’indigénat, les pays des “Zoos humains”. Le racisme et la discrimination qui y régnent n’étonnent guère. Ce pays est loin ne mérite pas qu’on le mentionne quand on parle de références en droits et libertés au fil de l’histoire. J’ai d’autres choses à faire que de rester ici à enfoncer des portes ouvertes. Ton pays a pillé et continue de piller l’Afrique, sans quoi elle ne serait moins que rien..

  4. Comme beaucoup de français, nous avons tourné la page et nous ne sommes d’ailleurs pas responsables de ce qu’on pu faire nos arrières arrières grand parents il y a maintenant plus d’un siècle et encore moins les mérovingiens ou les gaulois. Je n’entends pas les allemands ressasser les conflits ou les erreurs passées ; les français ont eux aussi tourné la page avec les allemands avec lesquels nous construisons aujourd’hui ensemble des projets industriels ou autres.
    Si comme vous le dites la France pille encore aujourd’hui l’Afrique, il faut en dénoncer les excès et si c’est la cas les arrêter. En attendant, j’ai le sentiment qu’aujourd’hui, à cause des migrations massives qui viennent du sud, c’est plus l’Afrique qui fait du mal à la France que le contraire.

Repondre