La découverte d’énergies fossiles à une échelle commerciale importante au Sénégal et dans plusieurs autres territoires voisins partageant le même bassin sédimentaire ouvre une nouvelle ère dans la région. Les dangers de la malédiction du pétrole guettent les pays qui seraient tentés de s’orienter vers une exploitation solitaire de cette ressource ; car ce capital, au prix de la matière première, avant toute transformation et au cours actuel modéré du brut, équivaudrait à plusieurs décennies de création de richesse avec les ressources de l’avant-pétrole.

La perspective de cette manne commande de chercher les moyens de prévenir les désordres provoqués ailleurs : dans certains cas, l’on a assisté à la furie des appétits encouragés par des souteneurs extérieurs ; en raison de l’inégalité manifeste des parties, les accords sont négociés en position de faiblesse, sans que l’on puisse entrevoir de perspective de correction de ce handicap ; et durant la phase d’exploitation, le mirage de la nouvelle ressource pompant à elles toutes les énergies, provoque, si l’on n’y prend garde, l’endormissement des initiatives de changement au profit de l’installation d’une mentalité de rentier jeune, le sacrifice de la production dans d’autres secteurs, notamment agricoles, relativement moins lucratifs.

De même que le pétrole lui-même est un carbone fossilisé, dont le recyclage dérange l’équilibre écologique actuel, au point qu’il soit nécessaire de coordonner à l’échelle mondiale l’atténuation de l’effet de serre et du réchauffement climatique consécutifs, de même nos pays ont tout intérêt à identifier et maîtriser par anticipation les risques de l’avènement d’une ère du pétrole dans leurs économies, par la mise en œuvre d’une véritable stratégie régionale portant sur l’exploration et l’exploitation du potentiel, ainsi que l’emploi des ressources consécutives.

Cette note a pour objet d’esquisser les grandes lignes d’une telle stratégie.

La géologie des couches sédimentaires, on le sait, se moque des frontières, terrestres ou maritimes, issues ou non de la colonisation : des velléités mercantiles adossées à des nationalismes étroits ont pu, récemment ou il y a plus longtemps, et peuvent encore, un jour, alimenter des revendications sur la « nationalité » du pétrole à exploiter ; et ces contentieux (qui peuvent toujours dégénérer) sont portés (en apparence) par ceux qui ont la portion congrue dans les intérêts en présence, les Etats.

La solution bilatérale de la convention de partage, intervenue entre le Sénégal et la Guinée Bissau, après une phase contentieuse peut être généralisée dans une forme de Communauté Economique du Pétrole et du Gaz, en Afrique de l’Ouest, allant de Rabat à Abidjan. L’objet de cette CEPG-AO serait d’appliquer la politique pétrolière commune des Etats : Constitution du fonds souverain du pétrole en AO, recherche et exploration, fiscalité et partage d’intérêts avec les investisseurs privés, exploitation et transformation locale, contributions dans les budgets des Etats.

La volonté politique d’externaliser cette dimension géologique de l’économie sur une infrastructure commune aux Etats de l’AO construira l’ossature d’une intégration de leur politique énergétique dans un demi-siècle.
Les alliances financières souveraines seront prises avec des partenaires, islamiques ou non, sous des formes voisines des obligations participantes, en vue de constituer dès la première année la capacité de prendre des parts significatives et uniformes dans tous les programmes.

L’emploi des ressources du pétrole sera orienté partiellement vers le financement de l’éducation de la santé et de l’énergie et à l’image du fonds norvégien vers la constitution d’ici une génération d’une capacité financière globale, qui changera progressivement l’image que nous donnons au monde.

Par Mamadou Racine BATHILY,
Economiste, ancien Secrétaire Général de la FSSA

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