Joe Ouakam, de son vrai nom Issa Samb, est un artiste atypique qui a marqué les arts plastiques au Sénégal. Son image s’impose à tous, sa frêle silhouette fait déjà partie du quotidien des sénégalais. Issa Samb est un vrai gardien des traditions ancestrales. Ce fils d’un dignitaire lébou, élevé par son grand-père, est bercé dès sa tendre enfance dans un environnement de symboles où se sont côtoyés les ombres des arbres et les lumières du soleil. Joe Ouakam était ainsi prédestiné à sa carrière exceptionnelle d’artiste de renommée internationale qui n’est pas comme mes autres.

Grand observateur, Joe Ouakam a très tôt pris le goût de lire le sens des symboles. « Toute ma vie, dit-il, je me suis battu avec l’idée et le temps ». Ce qui explique peut-être son « mariage » avec le temps. « En tout temps, j’explore l’âme, ce puits profond », soutient-il pour expliquer le véritable sens de son mutisme parfois déconcertant. Joe Ouakam a fait ses classes d’arts à l’école nationale des arts. Il a aussi fait des études en Droit et en Philosophie à l’université de Dakar. Il est à la fois peintre, sculpteur et dramaturge. Une petite visite dans sa cour sise à Ouakam, nous renseigne sur le caractère mystique de l’homme qui vit au milieu de ses œuvres.

Dans cette cour, où se côtoient toutes sortes d’objets depuis plus de 40 ans, c’est une exposition permanente qui varie au fil du temps qu’on peut considérer comme un compagnon de l’artiste. Sur le sable, des feuilles d’arbres, des pierres, des objets de nature différente sont bercés par le souffle des airs. Des silhouettes habillées de haillons, des piles de journaux, des tableaux, des œuvres d’arts meublent cette demeure. Des témoignages ont révélé que Joe Ouakam a aussi tenté le théâtre de rue comme auteur, metteur en scène et acteur. Il avait, dit-on, son propre style, une particularité qui faisait que ses pièces dans lesquelles il abordait les choses de la vie publique étaient très prisées.

« Ce genre très innovant, avait lieu dans les rues de Dakar où chaque spectateur présent pouvait à son gré, monter sur scène pour jouer sa propre partition », nous apprend le journaliste Alassane Cissé, ami de l’artiste. Selon lui, Joe Ouakam a mené cette expérience pendant plusieurs années. « C’était un moyen pour lui de sensibiliser le commun des mortels aux différents problèmes que pouvaient rencontrer la société sénégalaise », explique-t-il.

Malgré son talent incontestable, Joe Ouakam n’a jamais cherché à participer à des expositions, préférant toujours accrocher ses nombreuses œuvres dans sa cour, pour échapper au conformisme des galeries d’exposition. Toutefois, il lui est arrivé de faire des expositions personnelles à la suite de quelques sollicitations. Ce fut le cas en 1981 à Hazare au Zimbabwe et à Dakar, en 1992 à la Galerie des quatre vents à Dakar, en 1997 à « Gouy gui », son atelier.

Joe Ouakam a aussi participé à des expositions collectives au village des arts de 1981 à 1984. En 1985, il avait exposé au centre culturel français de Dakar. Il avait participé en 1995 à l’exposition « Africa 95 » à la galerie de la Chapelle blanche à Londres. Joe Ouakam a aussi rendu un hommage à Paolo Paolocci en 1998 à Dakar. Dans le cadre du 3e festival mondial des arts nègres tenu à Dakar du 10 au 31 décembre 2010, Joe Ouakam a vu ses œuvres exposées à la galerie nationale d’arts avec le thème « Rétrospectives ». Le chanteur Wasis Diop avait aussi organisé une grande exposition intitulée « La cour de Joe Ouakam » dans les ateliers de l’artiste.

Joe Ouakam a aussi suscité la curiosité de quelques réalisateurs qui lui ont consacré des reportages ou des séquences dans leurs films. Ce sont Jean Michel Bruyère dans « La fête silencieuse » en 1999, « Les 4 trous du langage » en 2000 et « La double lumière », une vidéo de 54 minutes produite en 2001. Joe Ouakam a aussi participé en 1992 au film « Hyènes » de Djibril Diop Mambety. Il a participé récemment en 2010 dans « Lumière sur Ndar », un film documentaire de Mansour Kébé.

sudonline.sn

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