XALIMANEWS- C’est l’histoire d’une vie fauchée trop tôt dans des circonstances tragiques. Ani Guibahi Laurent Barthélemy est un jeune garçon ivoirien retrouvé mort congelé, la semaine dernière, dans un train d’atterrissage à l’aéroport de Roissy CDG. Ce qu’on peut lire sur Ani Laurent Barthélemy, c’est qu’il était plutôt du genre taiseux, comme le sont parfois les garçons et les filles de 14 ans.  Ani Laurent en avait presque 15, il était né un 5 février, et il adorait le football. 

Sur une photo de lui, il porte un pull vert et regarde l’appareil droit dans les yeux, et l’on pourrait presque  deviner un sourire derrière son air sérieux de jeune homme en devenir. Sur une autre photo où on le voit en habits traditionnels, il semble plus pensif, avec une main qui soutient son menton, et le regard perdu dans le vague, un peu songeur. Mais à quoi pouvait donc rêver Ani Laurent Barthélemy en s’infiltrant dans la zone aéroportuaire, en escaladant dans la nuit les roues du Boeing 777 d’Air France en partance pour Paris, et en grimpant dans le train d’atterrissage? 

Lorsqu’on l’a retrouvé sept heures plus tard, inanimé, il ne portait sur lui qu’un tee-shirt. Comme une confession douloureuse de l’ignorance totale qu’il avait du sort qui l’attendait en altitude. Certains témoignages disent qu’il est monté spontanément, sans préméditation, qu’ils étaient une quinzaine ce jour là à déclarer vouloir partir. Un peu comme un défi de collégien que l’on se lance, en espérant ne jamais devoir l’accomplir. Sur le tarmac d’Abidjan, les recherches ont permis de trouver son sac qui contenait quelques unes de ses affaires: son plus joli costume, des affaires de sport portant le logo de son lycée, et ses cahiers d’écolier.

Car Ani Guibahi Laurent Barthélemy était avant tout un écolier, plutôt bon sans être brillant, plutôt discret dans sa classe de 114 élèves, plutôt anonyme dans son lycée qui en compte sept mille. Peut-être tragiquement normal finalement. 

Ani Laurent avait un faible pour les mathématiques, comme son père. Ani Laurent aimait les jeux vidéos, et passait beaucoup de temps, peut-être trop, au cyber-café du coin. On soupçonne que c’est là, ou sur internet, qu’a grandi en lui le projet du départ. On peut aussi imaginer Ani Laurent ces dernières semaines parcourir à pied, grève des minibus de son quartier oblige, la petite demi-heure qui séparait son école de son domicile. Dans la commune de Yopougon où il vivait, la plus peuplée d’Abidjan, plus de la moitié de la population a moins de vingt ans.  

Et en Côte d’Ivoire, ce drame a créé des débats et des décisions inattendus. Certains s’en sont pris au système éducatif et aux encadrants de son lycée, qui n’ont pas vu venir la chose. D’autres se sont inquiétés du manque de sûreté aéroportuaire. Le ministère du transport ivoirien a annoncé vouloir sécuriser la zone et organiser, je cite, un “déguerpissement”, c’est à dire l’expulsion de la dizaine de milliers de personnes qui vivent aujourd’hui dans des bidonvilles autour de l’aéroport. L’évacuation débutera ce lundi, et c’est des centaines d’enfants qui perdront leurs écoles. Lors de la cérémonie d’hommage qui lui a été rendu cette semaine, le proviseur du lycée a rappelé à ses élèves que “le bonheur peut se trouver ici, à Abidjan”. 

Mais le sort d’Ani Laurent Barthélemy en rappelle beaucoup d’autres. Il y a un an jour pour jour, l’Italie s’était émue devant un enfant de 14 ans, lui aussi noyé anonyme de la Méditerranée. Les médecins légistes, en tentant de l’identifier, avaient trouvé sur lui son bulletin de notes. Il l’avait cousu à l’intérieur de sa veste, pour être sûr de ne pas le perdre. Les visages changent, mais l’histoire se répète, et tous ces enfants qui meurent en tentant d’atteindre l’Europe remettent invariablement en cause nos politiques d’accueil et notre humanité.

Avec France Culture

Crédit Photo : Google

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