« La représentation des Sénégalais de l’extérieur par des députés à eux dédiés ». Dès que le président Macky Sall a prononcé ces mots le 31 décembre 2015, certains Sénégalais de la diapora ont perdu le sommeil. Il s’agit des politiciens, surtout membres du parti au pouvoir, et autres activistes ou arrivistes. On s’agite, on cherche à se faire remarquer, on joue des coudes, on s’affronte déjà alors qu’on ne sait même pas de quoi il s’agit.
Ce sont les Français qui, suite à une réforme de leur Constitution en 2008, ont eu en 2012 onze députés représentant les Français de l’étranger en plus des douze sénateurs qu’ils avaient auparavant. Mais la France, ce n’est pas le Sénégal. Tout d’abord, les expatriés français ne sont pas des Modou-Modou et des Fatou-Fatou qui se battent pour subvenir à leurs besoins et soutenir leurs familles. Beaucoup d’entre eux sont à l’étranger pour échapper aux taxes fiscales trop élevées dans leur pays. On parle d’ailleurs de députés représentant les Français établis hors de France. Ce qu’ils revendiquent, c’est d’avoir les mêmes droits que leurs compatriotes restés dans l’Hexagone. Éducation, sécurité, etc. Les politiciens ne vont pas les voir pour leur distribuer des billets de banque à l’approche des élections.
Les Sénégalais de l’extérieur ne demandent que la moindre des choses. Renouveler ou obtenir rapidement des papiers, être traités humainement dans leurs pays d’accueil, même s’ils y sont en situation irrégulière, une baisse considérable sur les « appels entrants », des conditions favorables à un retour au pays avec moins de tracasseries administratives…
Le président Diouf avait créé le Conseil Supérieur des Sénégalais de l’Extérieur qui « avait pour mission, en tant qu’organe consultatif, d’apporter sa contribution à l’action du Gouvernement en matière de gestion, de protection et promotion de nos compatriotes expatriés tout en servant de relai entre l’État et les associations des Sénégalais de l’Extérieur. » Belle initiative qui fut malheureusement un fiasco. En 2002, l’idée nous vint de demander, par le biais d’une contribution, la création d’un ministère de l’Émigration. Peu après, le président Wade mit sur pied le ministère des Sénégalais de l’extérieur. La première sortie du ministre fut décevante. Il se rendit au Fouta avec, pour ainsi dire, le slogan « Matam derrière Wade ». En 2010, Wade décida de « redynamiser » le Conseil Supérieur des Sénégalais de l’Extérieur « pour une meilleure prise en charge des préoccupations des Sénégalais de l’Extérieur », tout en maintenant son ministère. Beaucoup de partisans casés, beaucoup d’argent dilapidé. Aucun changement notable.
Avec Macky, le Conseil Supérieur des Sénégalais de l’Extérieur (Csse) devint le Haut Conseil Supérieur des Sénégalais de l’Extérieur (Hcsse). Et en plus du ministère des Sénégalais de l’extérieur, on eut droit à la Direction des Sénégalais de l’Extérieur et à un Secrétaire d’État aux Sénégalais de l’extérieur, sans oublier le Fonds d’Appui à l’Investissement des Sénégalais de l’Extérieur. Il y aurait même un Secrétaire National chargé de la Diaspora. Tout ceci n’ayant pas servi à grand-chose, à quoi bon y rajouter des députés ?
Combien de députés ? Comment seront-ils choisis ? Quelle sera leur mission ? Iront-ils s’installer au Sénégal, feront-ils des allers-retours aux frais du contribuable ou resteront-ils dans leurs pays d’accueil ? Qu’en sera-t-il des binationaux ? Et les « sans-papiers » ? Ces questions et tant d’autres ne préoccupent pas les chasseurs de postes juteux. Siéger à l’Assemblée nationale du Sénégal est en effet très confortable. Wade avait choyé les députés, mais avec Macky, « l’homme de la rupture », celui qui avait promis de réduire le train de vie de l’État, les parlementaires sont carrément au pays des merveilles. Des salaires exorbitants. Entre 1.300.000 et 2.000.000 de francs par mois. Une voiture de luxe coûtant entre 30 et 45.000.000 de francs. 250 à 1.000 litres de carburant par mois. Des passeports diplomatiques pour eux-mêmes et pour leurs épouses. 150.000 francs d’indemnité de logement. 500.000 francs de crédits de téléphone. Immunité parlementaire. Retraite parlementaire. 200.000 francs pour un mouton de Tabaski… Multipliez ces chiffres par 150 car c’est le nombre actuel des députés. Et on veut y rajouter des représentants de la diaspora qui, candidats ou élus, auront à parcourir plusieurs pays. Billets d’avion, hôtels et j’en passe. Aux frais de qui ? Dans un pays où la misère est le lot de la plupart des honnêtes citoyens, c’est indécent, répugnant et révoltant. Si c’est ça que Macky appelle « servir et non se servir », il est évident que les Saareen et les Soween sont près à s’entretuer pour « servir » leur pays. Eh oui ! Ces députés annoncés ne feront que diviser les Sénégalais de la diaspora.
Mais le plus abject est ce chantage du ministre des Affaires étrangères s’adressant aux émigrés : Si vous voulez des députés, votez Oui au référendum.

Bathie Ngoye Thiam

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