Ce grand jour pour les chenilles fut le petit, que dis-je, le pire jour pour les hommes. Maintenant qu’ils volent dans le ciel, ils regardent le terre avec dédain et ils lui reprochent son inactivité, sa paresse, sa corruption. Dans ce ciel éthéré qu’ils tutoient avec audace et même arrogance, ils ne sentent plus de limite, aucune contrainte, et srutout aucune compassion pour les sédentaires de cette vieille terre.  Le papillon n’aime pas le bas, il ne s’y aventure que pour faire des choses basses, mais il sait très bien que ce bas l’attire et lui rappelle incessamment sa profonde origine. Parasite des plantes et spécialiste du camouflage, la chenille ne doit sa survie et son ascension qu’au hasard de son insignifiance. Ce qui est insignifiant échappe aux prédateurs à cause de sa petitesse même. Ne soyez dès lors pas surpris de le voir consacrer chaque maudit souffle de sa vie à chercher la grandeur. En battant ses ailes si frénétiquement, il nourrit l’espoir de gommer son triste et crasseux passé : il nargue les gens d’en bas.

Les animaux politiques (puisque la race d’hommes politiques s’est éteinte pour cause de non adaptation) et les arrivistes, une fois au pouvoir, détestent les moyens dont ils se sont servi pour y accéder. Pire, il combattent avec acharnement et férocité ces moyens pour rendre impossible toute divergence et surtout pour se faire bonne conscience. Les gens de Ndoumbélane sont donc devenus leur défouloir, leur exutoire : ils les qualifient de paresseux, de sales, de corrompus, de partisans de la facilité. Leur altitude est la seule façon pour eux de couvrir leurs péchés, leur ignominie ; le seul moyen d’occulter leurs crimes. Quand les derniers deviennent premiers, la cruauté, l’injustice, la félonie, la tricherie, le mensonge, la trahison, deviennent les valeurs cardinales de la société. Observez bien la société de Ndoumbélane : quelles sont les nouvelles idoles ? Qui joue les grands rôles ?

Pour la chenille devenue papillon, tous les jours sont dansants, le folklore est sa vie ; sa vie consiste à colorer, à maquiller sa misérable fragilité, son invincible faiblesse à défendre la plus petite parcelle sur terre. Alors, il est tout le temps dans le ciel, il a fait du ciel, où tout est relatif, son champ d’exhibition. Sa psychologie est celle d’un héros en papier : il sait très bien que son règne ne tient qu’à un fil ou à coup de vent. La chenille devenue papillon consacre toute sa vie à la consécration de son ego : le destin de Ndoumbélane est en réalité asservi à sa gloire personnelle. Et la seule façon d’y parvenir est un nivellement par le bas, c’est-à-dire la consécration de la médiocrité même. Le laid n’éteint pas la lumière parce qu’il voit très bien dans la pénombre, c’est au contraire parce qu’il ne veut pas que sa laideur soit éclairée et révélée aux autres. Mais l’ennemi mortel des papillons est le vent : plus il est soudain, davantage ils est violent et fatal. Attention OURAGAN ! N’avez-vous remarqué qu’il y a toute une armée de radoteurs, de racoleurs et de baratineurs qui ont apparemment pour objectif de brouiller ou même de bloquer la clairvoyance à Ndoumbélane ?

Dans les télés et radios de Ndoumbélane, il y a un blocage du verbe : le verbe sentencieux tue le verbe vivant, dynamique, contradictoire. Les chroniqueurs sont devenus des metteurs en scène de la pensée ; et les animateurs des envouteurs de l’esprit. Dans une mise en scène le choix des personnages est fonction du rôle, des discours et des intrigues : n’avez-vous pas remarqué que la spontanéité est le saint-graal des communicants cagoulés en chroniqueurs de télé ? Quand on incarne toujours le même rôle on finit pas lasser son public, et ils le savent. C’est sans doute pourquoi ils vont chercher le différent, voire le dissonant, pour le mêler à la monotonie afin de donner une apparence d’équilibre et d’objectivité. En réalité leur objectivité n’est que de façade, leur véritable objectif est d’endiguer la véritable différence.

Tout le monde peut remarquer qu’à Ndoumbélane, l’invective est devenue reine et la fanfaronnade son valet. Cette situation arrange évidemment la royauté du papillon de Ndoumbélane : il en profite pour étouffer les voix indomptables noyées dans ce tintamarre d’insanités orchestré à des fins bien précises. La culture de l’insolence a été dans un premier temps instillée dans les cœurs et les esprits pour ensuite couler le béton de la naïveté dans les yeux du peuple. Les intellectuels ont été les premières victimes de cet endoctrinement dans l’insolence : ce qui est insulté, déprécié, diabolisé, ne mérite des intellectuels paresseux que la sentence. Le travail de l’intellectuel organique c’est d’entériner, par l’autorité de sa science, la pire forfaiture politique. Les intellectuels de Ndoumbélane sont soit tétanisés par l’ouragan de mensonges d’État, soit embarqués comme agents de l’intoxication. C’est ainsi qu’à Ndoumbélane, la sentence a pris le dessus sur l’analyse. N’avez-vous pas remarqué depuis quelques temps que l’une des voix de la royauté incarne le rôle de la dissonance ?

Ce néo dénigreur de la royauté joue en réalité un rôle : présenté comme véridique ou diseur de la vérité, il est utilisé par des médias de sa majesté le roi papillon pour faire d’une pierre deux ou, cette fois-ci, trois coups. D’abord son franc-parler est utilisé comme baromètre de l’attachement du clan du roi aux préoccupations du peuple de Ndoumbélane. Ensuite, en créant une pseudo dissonance à l’intérieur du cercle du roi papillon, on endigue les dissonances les plus réelles, les plus significatives du camp d’en face. Enfin le préposé à la critique du régime solde en même temps ses comptes avec son propre camp : on n’a besoin d’être devin pour comprendre qu’il est frustré dans la nouvelle cour du roi papillon. Dans l’histoire des cours, les courtisans se sont parfois livrés à des combats mortels pour garder leur influence sur le roi. Il arrive même que leurs propres contradictions rejaillissent sur la société tout entière. Où croyez-vous que certains « toujours-langue-lisse » puisent leurs informations ? Ne sous-estimez pas le pouvoir des médias !

4 Commentaires

  1. Heureusement pour nous, la durée de vie du papillon est très courte. 24 heures seulement. Pour les papillons politiques, ce sera un mandat écourté, certainement.

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