De 0 à 5000 barils par jour, l’Etat du Sénégal recevra 26% des parts contre 74% pour le contractant, de 50,001  à 100.000 barils par jour, l’Etat du Sénégal recevra 31% des parts contre 69% pour le contractant, de 100.001 à 150.000 barils par jour, l’Etat du Sénégal recevra 36% des parts contre 64% pour le contractant, de 150.001 à 200.000, l’Etat du Sénégal recevra 41% des parts contre 59% pour le contractant et au-delà de 200.000 barils par jour, les deux parties se partageront les parts à raison de 50% pour chaque partie. Il faut tenir en compte qu’un baril équivaut à 159 litres. Le Tchad qui est 10e producteur en Afrique produit 120.000 barils par jour plus ou moins ce que le Sénégal pense produire. Avec le prix du baril à la date du 3 novembre 2018 à $62.89, la production équivaut à 7.546.800 de dollars par jour. Si c’était avec le contrat du Sénégal, nous recevrions 36% qui est 2.716.848 de dollars par jour, 991.649.520 de dollars par an soit 575.156.721.600 Francs CFA par an avec un taux de change de la date du 2 Novembre 2018 à 580. Le budget de la santé et de l’éducation en 2018 au Sénégal est de 413.211.883.251. Cela a l’air de vouloir faire frotter les mains, nous faisant penser que nous allons devenir une nation riche du jour au lendemain. Nous analyserons le cas des cinq pays les plus grands producteurs de pétrole en Afrique pour voir leur situation socio-économique actuelle et voir si nous pouvons rêver comme ces pays ont eu à le faire ou si nous devons mieux nous préparer pour éviter le sort de ces pays.

 

Le Nigeria qui est le plus grand producteur de pétrole du continent couvre 27% de la production et de l’extraction de pétrole en Afrique avec 2.322.000 barils de pétrole par jour. Avec un PIB à hauteur de 461 milliards de dollars en 2018, ce qui le place à la 27eme position du classement des pays avec les plus gros PIB. Malgré cela nous assistons à beaucoup de problèmes résultant de cet or noir. Le delta du Niger, étant le poumon économique du Nigeria, est très riche en pétrole et gaz. Les compagnies pétrolières y sont présentes depuis les années 50. Les activités pétrolières ont rendu la région moins prospère qu’avant. D’après le rapport d’Amnesty : l’activité de Shell a largement détruit les terres cultivables, moyen de subsistance essentiel de la population locale. Les populations doivent utiliser de l’eau polluée pour boire, cuisiner et se laver. Ils mangent du poisson contaminé par les hydrocarbures et d’autres toxines. Quand chaque année des centaines de fuites de pétrole et le torchage polluent l’air, la population respire du poison. Les gens se plaignent de problèmes respiratoires et de lésions sur la peau.

L’Angola, second pays exportateur de pétrole en Afrique, produit 1,8 million de barils chaque jour, représentant 22% de la production en Afrique. Malgré la construction de nouveaux gratte ciels et de la folie immobilière grâce à la manne pétrolière, les recettes de cet or noir ont été très mal allouées car ces recettes n’ont pas servi à la construction des routes, hôpitaux ni l’investissement dans l’éducation. En Angola, 55% de la population vivent avec moins d’un dollar par jour, n’oublions pas aussi que l’Angola affiche l’un des taux de mortalité infantile les plus élevés au monde.

 

L’Algérie est le troisième producteur de pétrole en Afrique avec 1.671.000 barils par jour, 19% de la production de l’or noir en Afrique. N’oublions pas que l’Algérie compte plus de 2 millions de familles démunies malgré une politique de grands travaux avec des sommes colossales. Quand le gouvernement a été critiqué par ces dépenses somptuaires ils ont répété la même fameuse phrase qui est que l’Algérie avait vingt ans de retard dans les infrastructures.

 

A cause du conflit en Libye, l’Egypte occupe la 4e place avec une production journalière de 707.000 barils, ce qui représente des centaines de milliards par an dans les caisses de l’Etat. Malgré ces milliards dans les caisses, 25% de la population vit dans la pauvreté avec un indice de développement humain de 0.69. L’Egypte a toujours bénéficié d’aide des Etats Unis et d’un prêt du FMI après Hosni Moubarak à hauteur de 12 milliards de dollars contre des reformes économiques drastiques. Des mesures analgésiques ont été maintenues pour éviter la grogne nationale en subventionnant les denrées de première nécessité.

 

La Libye se retrouve en 5e place avec une production journalière de 461 milliers de barils de pétrole par jour. Son économie dépend principalement des revenus du pétrole, le secteur primaire et secondaire ont presque disparu à cause du pétrole qui représente la quasi-totalité des exportations. Comme la Libye a une faible population, cela a permis à la Libye d’avoir le PIB le plus élevé par habitant en Afrique. Depuis la chute de Kadhafi, la Libye n’arrive toujours pas à constituer un système stable avec les gouvernements rivaux de Tobrouk et de Tripoli qui se battent toujours pour le contrôle des gisements et des exportations.

On distingue aussi d’autres pays avec une production pas négligeable comme le Congo-Brazzaville, la guinée équatoriale, le bloc Soudan et Sud Soudan, le Gabon et enfin le Tchad en 10e position avec 120.000 barils par jour.

 

Le syndrome Hollandais

La plupart de ces pays étaient originellement agricoles et leur économie était base sur la culture du cacao, de l’arachide et du café. Le secteur agricole constituait le poumon économique de ces pays. Quand le pétrole a commencé à apparaitre, ces économies ont délaissé le secteur agricole au profit du pétrole. Cela a été aussi dû avec la hausse qu’a connue le prix du baril du pétrole. En général la rente pétrolière rend non compétitifs les autres segments de l’économie. Cela s’appelle le « syndrome Hollandais », car la hollande a été la première victime dans les années 60 avec les exportations de gaz naturel issu du gigantesque champ de Groningue, qui est la conséquence d’une économie dominée par des moyens financiers ne résultant pas d’activités économiques à valeur ajoutée. Cela tue les autres secteurs économiques de l’économie. Malheureusement la plupart des pays exportateurs à l’exception du Tchad n’échappent pas à la malédiction pétrolière. Nous voyons qu’en Afrique subsaharienne beaucoup de pays produisent du pétrole brut depuis longtemps. C’est le cas du Gabon depuis 1957, du Nigeria depuis 1958, du Congo-Brazzaville depuis 1969, du Cameroun depuis 1978, de la Côte d’Ivoire depuis 1980. Nous constatons aussi que le dénominateur commun de tous ces pays est que ce sont des pays pauvres, qui redistribuent très mal la rente pétrolière. Ils anesthésient leur population pour leur propre profit. Cette rente est souvent utilisée pour des dépenses improductives et nous assistons souvent à des subventions de l’essence, l’électricité, et du butane… pour assurer une paix sociale dans une économie qui est marquée par de très fortes inégalités économiques et sociales. Le problème est qu’une fois que le prix du baril dégringole, ces subventions disparaîtront et nous assisterons à des tensions sociales.

 

Le pétrole et la mauvaise gouvernance

Nous pouvons dire d’une façon générale que les indicateurs de développement des pays africains exportateurs de pétrole ne sont pas meilleurs que ceux des pays importateurs. La rente pétrolière ne conduit pas forcément au développement économique. Il n’y a qu’une exception pour l’instant, c’est le cas du Tchad qui a un programme de développement pétrolier avec la Banque mondiale pour mettre la rente pétrolière au service du développement économique. Nous pouvons aussi déduire qu’il y a une corrélation négative entre le pétrole et la gouvernance car nous constatons que les indices de gouvernance sont meilleurs chez les pays importateurs que chez les pays exportateurs. Souvent les bonus versés durant l’accord d’exploration, les prêts sur la production future sont toujours au profit de quelques personnes et non de toute la nation.

L’appétit chinois pour les matières premières est un autre problème des pays africains, car ayant une économie trop tournée vers l’exportation donc une baisse subite des cours des matières premières peut facilement envoyer l’économie de ces pays dans une crise. Parallèlement certains pays de l’Afrique de l’Est ont pu diversifier leur économie sans se baser sur les matières premières. EN 2016, le FMI a constaté que la dette publique des pays exportateurs de pétrole a fortement augmenté, avec une progression de vingt points de pourcentage du PIB depuis 2013.

 

Nous constatons que les pays exportateurs de pétrole ne sont pas en avance sur les pays non exportateurs de problème pour diverses raisons. La seule manière que le Sénégal puisse profiter de son pétrole est de faire comme si le pétrole n’existait pas. Durant la phase d’exploration, il serait plus sage de faire ce qu’aucun de ces pays exportateurs de pétrole ait fait qui est de développer leur secteur primaire et secondaire pour avoir une bonne fondation. Si ces deux secteurs sont développés de manière sérieuse, la rente pétrolière pourra bien nous bénéficier mais dans le cas contraire nous assisterons au désintéressement total des autres secteurs, ce qui accroitra la pauvreté et le chômage. Nous n’échapperons pas au « syndrome hollandais » comme toutes ces nations exportatrices de pétrole avant nous. Serons-nous en mesure d’apprendre des erreurs de ces nations qui nous ont précédés dans l’exportation du pétrole ou serons-nous juste une autre victime de cette malédiction pétrolière ?

 

Mohamed Dia, Consultant bancaire

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1 Commentaire

  1. Je n’ai eu cesse de faire la comparaison entre entre les gouvernement Egyptien et Sénégalais au sujet de l’exploitation de leurs ressources gazières et de la répartition des parts entre les deux pays. En Egyte, le général Sissi avait dit aux Italiens de la société ENI que son pays n’avait pas à donner un seul dollar pour la prospection de réserves gaz au large du pays. Au bout de moins de deux heures d’entretien, les Italiens acceptèrent les conditions imposées par le Général. Après deux ans de recherches très compliquées, par bonheur les Italiens ont découvert des réserves estimées à 80.000.000.000 de M3 dont l’exploitation va débuter durant l’année 2019, avec un partage de 50/50 comme voulu par le président Sissi. Pourquoi alors, les états dirigés par des négro-Africains ne puissent en faire autant avec les compagnies étrangères exploitant nos richesses gazières et pétrolières ?

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