XALIMANEWS : L’Imam Alioune Ndao et ses coaccusés feront face à une première condamnation ce lundi. En effet, le ministère public va entamer ses réquisitoires contre les 30 présumés terroristes.

Après 18 journées d’audience devant la Chambre criminelle spéciale, ponctuées de questionnements et de débats d’audience, le procureur Aly Ciré Ndiaye va solliciter auprès du tribunal les sentences à suivre à l’encontre des prévenus.

1 Commentaire

  1. L’affaire Imam Ndao, une lecture philosophique avant-verdict : Justice morale contre Justice politique.

    Attendre un verdict judiciaire est toujours une seconde condamnation, une torture psychologique. La première a été le fait d’avoir été mis devant une foule, composée de quelques personnes qui sont là que par curiosité ; d’autres qui veulent votre tête, qui veulent vous voir tomber ; d’autres encore pour partager votre détresse, vous soutenir et vous voir sortir vainqueur; oui, c’est une torture d’être devant cette cohue monstrueuse et hétérogène afin d’être questionné, écouté, entendu et jugé. C’est une épreuve difficile aussi bien pour l’innocent que pour le coupable ; aussi bien pour le coupable qui sera innocenté, et qui sait qu’il le sera, par quelques gymnastiques judiciaires que seuls les spécialistes sachent pratiquer que pour l’innocent qui sera culpabilisé parce que ne disposant pas d’un bon avocat ou tout simplement parce qu’il est de l’écume de la société, de ceux qui seront toujours coupables, des éternels coupables. Que c’est affreux que de devoir démontrer, prouver que l’on est innocent. Tout comme la philosophie, être devoir la barre, c’est devoir être doté d’une science démonstrative. A défaut, l’on peut sombrer. Attendre un verdict, c’est comme Le dernier jour d’un condamné (Hugo). Lequel condamné, un forçat, attendant d’être guillotiné, raconte en 24 heures, seulement en 24 heures, six semaines de vécu : ses souvenirs les plus saillants, sa vie de forçat, de condamné à mort, sa « misérable » situation, ses émotions et ses peurs. Et qui finit par se consoler par cette citation qu’il lut dans un livre : « les hommes sont tous condamnés à mort avec des sursis indéfinis ». Une consolation qui trahit son cœur mais qui l’apaise. L’Homme est toujours ainsi : il cherche la consolation à chaque fois qu’il tombe dans la mer de la détresse, sous peine de se noyer. La consolation, certains la trouvent dans les bouquins, d’autres dans des discussions, d’autre la trouvent en Dieu ou dans la spiritualité. Elle est quelques fois dans le regard d’un enfant, parfois dans les yeux d’une jolie femme, parfois dans le silence profond, dans la méditation. Elle est parfois dans le grouillement de la foule, parfois dans le sourire d’un « fou » qui bave en vous regardant, dans la tristesse de l’autre. Elle est partout. A chacun sa manière de la trouver, de se trahir. Se consoler, c’est essayer de trahir un sentiment qui existe, qui est là et que l’on essaie de repousser. Un accusé attendant un verdict serait également en mesure, en 24 heures, de noircir autant de pages que le forçat de Hugo a noircit. Combien de mots ne se bousculeraient-ils pas dans sa tête ? Combien de souvenirs ne l’envahiraient-ils pas ? Combien de pensées ne le rendraient-elles pas visite ? Combien de questions ne le perturberaient-elles pas? Et il se bat. A l’assaut de tous ces éléments perturbateurs, il se bat pour maîtriser ses passions et (re?)Gagner une certaine tranquillité, toujours hagard malgré tout, une certaine quiétude. Il attend dans la douleur, à la fois hâte et patient, dans la contradiction la plus totale donc.

    Mais il est des hommes dont les cœurs sont si apaisés, si tranquilles, d’un caractère imperturbable à jamais, semblant toujours fixer la pensée ailleurs, dans un autre monde que celui des hommes, qu’à travers leur mine, jamais l’on peut lire une quelconque détresse. Leur quiétude est totale et éblouissante. Ils maîtrisent toutes les situations. Ils ont le cœur tranquille et n’ont peur de rien ; ni du présent ni du futur ; ni de la masse ni de son jugement, ni de ses autorités ni du jugement de ses autorités. Car la justice de la conscience, le tribunal de la conscience les a déjà acquittés avant même que celui des hommes se soient occupé de leurs affaires. C’est ainsi qu’Imam Ndao affirme : «Ma conscience m’a libéré, car je n’ai fait aucun mal. (…) je ne me sens pas en prison et je ne la crains pas non plus. Ce qui me préoccupe, c’est mon « daara » et je demande aux gens de s’en occuper pour que les enseignements se poursuivent » (Assane Bocar Niane, Imam Alioune Badara Ndao, un innocent en prison).

    Tribunal de la conscience, là réside la justice individuelle, la justice au sens moral du terme où l’individu se serve de son bon sens, de son libre arbitre, torture sa raison pour qu’elle lui donne un verdict. Elle en est capable. Son jugement est fait, peu importe le verdict du tribunal officiel. La conscience juge et a son propre tribunal. Et souvent, elle juge mieux que toute la paperasse judiciaire, absconse et barbelée pour les non-initiés et qui semble nous dire que « Nul n’est censé ignorer la loi ». Alors pour savoir interpréter les lois de la manière la plus mauvaise et la plus incompréhensible possible, il faudrait passer cinq années où plus à les étudier, après un BAC.

    Henry David Thoreau (1817-1862), philosophe et poète américain, est le père de la désobéissance civile qui a inspiré Gandhi et Martin Luther King dans les combats qu’ils menèrent. Thoreau fut jeté en prison parce qu’il eut refusé de payer une taxe a un Etat esclavagiste, d’autant plus que cette taxe-là aurait servi à financer une guerre contre le Mexique à laquelle il n’était pas d’accord. Payer la taxe est pourtant une obligation juridique, une obligation légale. Mais Thoreau refusa de la payer parce que sa conscience ne fut pas d’accord. Légalement, il avait tort. Mais dans le tribunal de sa conscience, il avait raison. La question philosophique que pose l’acte de Thoreau est la suivante : tout ce qui est légal est-il toujours juste ? Question philosophique qui n’est toujours pas tranchée et qui ne le sera jamais. Dans le film The Great Debaters, réalisé par Denzel Wachington, lors du dernier débat entre Wiley College et l’université Havard, Samantha Booke (« avec un e ») tint ces propos dont il m’arrive souvent d’aller écouter, car étant séduit par la manière dont elle les prononça, entre 1h50mn30s et 1h50mn48s : « Les majorités n’ont pas à décider de ce qui est bien ou mal. Votre conscience le fait. Alors pourquoi un citoyen devrait-il abandonner sa conscience aux législateurs ? Jamais, non, jamais nous ne devons capituler devant la tyrannie de la majorité. » Paroles splendides ! Toutefois, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas obéir aux lois et aux décisions de justice. Que faire donc face à une justice abjecte ? Autre question philosophique dont des réponses peuvent être trouvées dans la « désobéissance civile » tout comme dans les soulèvements populaires. Ou dans une docilité lâche ou dans une obéissance sage. Socrate but la ciguë et Galilée s’entêta. Tant que l’individu puise sa liberté dans sa conscience, aucune prison ne peut l’en priver. Mais tant que la conscience te condamne, l’on ne se satisfait d’aucune liberté. Car la liberté est avant tout une affaire personnelle, elle est d’abord intérieure. Serigne Mbaye Diakhaté nous conseillait de ne jamais nous baser sur le jugement (qu’il soit en notre faveur ou non) de l’autre, car chaque personne dans son for intérieur, sait ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait, connait parfaitement ses intentions, bonnes ou mauvaises.

    Quel bonheur que de voir une montagne de mensonges fondre comme de la neige, ne pouvant plus supporter la chaleur du soleil ainsi que sa clarté. Les mensonges appartiennent aux ténèbres et ne dansent, comme une funambule, que quand le soleil, c’est-à-dire la vérité, est absent. C’est comme la vieille histoire de la souris qui ne dansait qu’à l’absence du chat. Mais ce qui est rassurant et qui poussent toujours à lutter, ce qui ragaillardit, c’est d’être sûr à cent pour cent que le soleil apparaîtra quel que soit la longueur de la nuit. L’espoir est sans cesse renouvelé. Et « il fait vivre ». « On ne peut dissimuler un cadavre d’éléphant sous des feuilles d’arbre », dit un proverbe africain. La vérité finit toujours par éclore. Des journalistes ont menti. Voilà qui est vrai, malheureusement. Ils ont plusieurs fois menti. Halte à tout élan de corporatisme. Je n’insulte nullement ce métier très noble et très utile et indispensable dans une société, surtout démocratique. Je ne dénigre pas la corporation, du tout. Entendons-nous bien. Mais des journalistes (nationaux et internationaux) ont violé tous les codes éthiques, et ça n’est pas nouveau, en nous servant une ribambelle de faussetés concernant Imam Alioune Badara Ndao, arrêté de façon musclé dans son « daara » sur la base de fausses informations, donc par erreur ; ou sans aucun fondement, donc comme ça, par plaisir quoi ou pour consolider un dossier judiciaire. Un digne citoyen, un grand patriote qui accomplit de nombreuses œuvres de bienfaisance dans la plus grande discrétion, un érudit qui a formé ou contribué à former plus d’un millier de jeunes, un bigot qui mène une vie digne de celle d’un soufi véridique. Qu’il se fasse appelé soufi ou salaf. Et d’ailleurs lui n’aime pas les qualificatifs. Pas besoins de relater ici le tas de mensonges raconté à l’encontre d’Imam Ndao. Tout le monde le sait maintenant. J’ignore l’intention d’une telle pratique. Mais leurs auteurs n’ont pas lu Abasse Ndione, peut-être. En effet, « Sur cette terre des hommes où se côtoient l’abondance et la misère, la vie et la mort, rien n’est totalement caché, rien n’est indéfiniment inconnu, tout secret finit par être défloré » (Ramata). Aujourd’hui tout est mis à nu : le téléphone satellitaire, les milliers d’euros, des ordinateurs, des échanges avec des « djihadistes » interceptés par le FBI etc. Ils sortent de cet exercice mensonger avec un pied de nez. La population comprend désormais qui est Imam Ndao et s’intéresse de plus en plus à lui. Je ne parle pas cette population qui, se limitant uniquement aux gros titres qui ne reflètent en rien le contenu des textes encore moins le contenus des discours tenus lors des interrogatoires, jette l’opprobre sur d’innocentes personnes. Cette foule dans laquelle « il y’a beaucoup de bouches qui parlent et fort peu de tête qui pensent » (Les Misérables). Qui vous jugent et vous condamne par l’enfer, leurs mauvaises paroles, ou vous gratifie par le paradis, leur sympathie, comme Dieu le ferait au jugement dernier. Cette foule-là est exécrable.

    Pas besoin de revenir ici sur le procès, mais une chose curieuse : aucune question, je dis bien aucune, en rapport avec les chefs d’inculpation n’a été posé à Imam Ndao. Son interrogatoire a été vraiment « bidon ». Raison pour laquelle ses proches n’ont pas hésité de le qualifier de « conférence sur l’Islam au Sénégal et dans le monde ». D’autres même parlent de cours magistral, tellement la clarté et la pertinence de ses réponses, sa connaissance du monde arabo-musulman, du monde occidental, de l’histoire du Jihad, de l’histoire du Sénégal ont ébloui la salle jusqu’à faire craquer un de ses avocat quand il évoquait l’épisode du jihad mené par Maba Diakhou et auquel il marque son désaccord. Car selon lui, Maba Diakhou n’avait pas intégré le fait “qu’il n’y ait pas de contrainte en islam”. Malgré la cohue qui prévaut souvent dans les prétoires, Imam Ndao sut ramener l’accalmie, dans une salle grouillante de monde, que par sa pertinence et sa clarté. Il n’esquiva aucune question. Plus l’on tenta de l’enfoncer, plus il s’agrandit. Imaginez un menuisier qui tape sur un clou qu’il voit émerger après chaque coup. Il finit par se lasser et laissera tomber. Ainsi Imam Ndao ferma toutes les portes et au procureur de la République et au président du tribunal. Il serait intéressant de relater ici certaines de ses réponses, mais comme dit, cela n’est pas mon objet. Retenons juste qu’Imam a été splendide, très courageux et très didactique. Comme il l’a toujours été, clandestinement, il est un vrai collaborateur qu’il faut désormais réhabilité par la « justice distributive » (Aristote). Cette justice qualifiée de « géométrique », contrairement à la « justice corrective », qui donne à chaque citoyen ce qu’il mérite. Parce que le tort que l’Etat sénégalais a causé à Imam Ndao est irréparable par la justice corrective, on ne peut le corriger, il est indélébile.

    L’Histoire est remplie de ces hommes que la prison à élevé car ils y ont été mis injustement et pendant longtemps. La prison peut parfois être un passage indispensable dans la formation des grands hommes.

    Mbaye DIOUF

    [email protected]

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