23 avril 2019

Commande, utilisation, entretien, carburant des véhicules administratifs ; Factures eau, électricité et téléphone ; Logements conventionnés ; Octroi de l’indemnité kilométrique.

Un diagnostic effarant établi, Macky Sall s’apprête à mener une guerre sur neuf fronts contre la gabegie

Des réformes qui prennent de court, fondamentalement motivées par l’impérieuse nécessité d’établir un «mieux d’Etat», vont jalonner le quinquennat du Président de la République. Après la suppression de la Primature, pour endiguer la dilution de l’autorité, et avant de s’attaquer en profondeur à la réforme technique de l’Administration sénégalaise pour la sortir de ses habitudes de «commandement» et l’installer dans une optique de «développement», Macky Sall va déclarer une guerre de plusieurs batailles, sur divers fronts, à un mal endémique : la gabegie née du train de vie dispendieux de l’Etat. Et c’est fort d’un diagnostic alarmant tiré de plusieurs enquête qu’il compte œuvrer sur neuf fronts de gaspillage : la commande, l’utilisation, le coût de l’entretien et la consommation de carburant des véhicules administratifs ; la consommation d’eau, d’électricité et de téléphone ; le coût des logements conventionnés déjà sérieusement revu à la baisse ; l’octroi de l’indemnité kilométrique. Des travaux herculéens qui n’effraie pas outre mesure Macky Sall, qui a déjà pris le dessus là où le mal faisait des ravages : la Présidence de la République.

Le 18 décembre 2018, au deuxième et dernier jour de la rencontre du Club de Paris, au cours de laquelle le Sénégal enregistrait un éclatant succès dans la collecte des contributions des bailleurs de fonds pour le financement de la Phase II du Plan Sénégal émergent (Pse), le Président de la République, faisant face à l’essentiel des acteurs du secteur privé sénégalais, proclamait, à nouveau, ce qui devrait figurer au rang de ses ambitions majeures, s’il était réélu : réformer en profondeur l’Administration sénégalaise.
«Parmi les urgences principales de la Phase II du Pse, devront donc figurer la poursuite de la réforme (…) de l’Administration générale (…). L’Administration publique [est parmi les] révélateurs de l’état d’une société. (…) Pour bâtir le progrès, les usagers du service public ont droit à des prestations diligentes et efficaces. Il nous faut donc plus une Administration de développement qu’une Administration de commandement», disait-il.

Vingt mille véhicules achetés depuis 2000

Aujourd’hui, quatre mois plus tard, sa réélection acquise, il est sur le point d’enclencher un processus qui, à terme, va révolutionner – le mot n’est pas trop fort – le vécu et les habitudes d’«une Administration de commandement», qu’il ambitionne de transformer en «une Administration de développement» pour mieux placer le Sénégal sur les rampes de l’émergence.
Et Le Soleil est en mesure de dire qu’avant les réformes purement techniques, Macky Sall va prendre par les cornes le taureau de la gabegie engendrée par le train de vie dispendieux de l’Etat.
Son premier chantier ? Réformer la commande et l’utilisation des véhicules.
Pourquoi une telle réforme ? Plusieurs enquêtes et études commanditées par l’autorité font parler de chiffres effarants !
De 2000 à cette année 2019, l’Etat et le secteur parapublic sénégalais ont passé des commandes de… vingt mille (20 000) véhicules. Soit environ mille (1000) voitures par an dont le coût moyen unitaire est de vingt cinq (25) millions de FCfa. En somme, ce n’est pas moins de cinq cent (500) milliards de FCfa qui ont été engloutis dans ce domaine, ces vingt (20) dernières années.
Avec cette enveloppe, combien d’universités, de lycées, d’écoles, de postes de santé etc., auraient pu êtres construits ? Inutile de faire le calcul !

Le coût : cinq cent (500) milliards de FCfa

A ce gâchis sidérant viennent s’ajouter d’autres, lorsqu’on jette un coup d’œil sur l’utilisation et la gestion faites de ces véhicules. A ce propos, il ressort des mêmes études que la durée de vie moyenne d’un véhicule administratif est de trois années ; cinq fois moins qu’un véhicule privé, qui est de quinze années. C’est dire que l’État est obligé de renouveler son parc automobile tous les trois ans. Les causes de ce gaspillage scandaleux renvoient à trois maux :
primo, l’absence totale d’effort pour l’entretien de ces biens publics de la part des affectataires ;
secundo, l’utilisation des véhicules administratifs à des fins privées ;
tertio, la cannibalisation fréquente et persistante, pour dire le moins, des véhicules administratifs pour équiper des véhicules privés.
A cela se greffent la difficulté de retracer le parc automobile de l’Etat, le déséquilibre ou la disproportion entre la gamme ou le standing des véhicules, le niveau de responsabilité des affectataires ou leur niveau de vie, en violation des dispositions (décrets, arrêtés) existantes qui réglementent tout cela.

Carburant : quarante (40) milliards de FCfa l’an

L’autre saignée monstrueuse que subit l’Etat et à laquelle Macky Sall est décidé à mettre un terme, c’est la consommation de carburant.
L’enveloppe culmine à – retenez votre souffle ! – quarante (40) milliards de FCfa l’année (État et secteur parapublic confondus). Ici aussi, les abus sont la règle et la bonne conduite l’exception. A tous les échelons de l’Etat et du secteur parapublic, les dotations en carburant aux affectataires de véhicule administratif sont sans rapport avec les besoins réels. La redistribution des dotations à des fins privées est habituelle, avec la persistance d’un système de monnayage des tickets et cartes de carburant au détriment de l’État.
L’explication de cette situation qui grève le budget national d’un pays en voie de développement comme le Sénégal renvoie à une violation généralisée, connue de tous et restée impunie, de la réglementation sur le carburant. Une disposition qui exige cinq (05) litres par jour et par véhicule, soit une moyenne cent cinquante (150) litres par mois et par affectataire. Seulement, dans la réalité sénégalaise, les dotations sont très largement dépassées, allant en moyenne de deux cent cinquante (250) à cinq cent (500) litres par affectataire de véhicule.

Réparations : dix-huit (18) milliards de FCfa l’an

Last but not least, le non respect systématique des critères des ayants droit. En effet, seuls ceux qui ont un véhicule de service ou de fonction ont droit à la dotation. Mais, dans les faits, et c’est ce qui est le plus scandaleux, ceux qui en bénéficie et qui n’ont pas de véhicule administratif sont plus nombreux.
Parallèlement à la commande, à l’utilisation des véhicules administratifs et la consommation de carburant par l’Etat et le secteur parapublic, Macky Sall va s’attaquer à une autre plaie : l’octroi des indemnités kilométriques.
A ce sujet, le principe est simple : ne doivent en bénéficier que ceux qui, après autorisation, utilisent leur véhicule personnel pour les besoins du service. Ici encore, la pratique jure d’avec la règle : l’indemnité kilométrique est presque généralisée, car elle est octroyée sur simple présentation d’une carte grise au nom du requérant. Pis, les études indiquent qu’il est avéré que les bénéficiaires utilisent leur véhicule exclusivement à leurs besoins privés.

Les non ayants droit mieux servis, plus 100 milliards FCfa de dettes sur l’eau, l’électricité et le téléphone

La cinquième bataille dans la guerre déclarée à la gabegie, Macky Sall la mènera sur le champs des frais d’entretien et de réparation des véhicules de l’Etat et du secteur parapublic. Une offensive d’envergure toute légitime lorsqu’on prend connaissance du dernier montant annuel de la facture : dix-huit (18) milliards de FCfa ! Une somme qui aurait permis l’acquisition de sept cent vingt (720) véhicules flambant neuf.
Ce gâchis est d’autant plus scandaleux et inacceptable que, d’une part, ces engagements de près de vingt (20) milliards de FCfa sont faits, révèlent les études, sur des véhicules amortis, donc ne devant plus être réparés par l’Administration, et, d’autre part, ils sont caractérisés par une exagération, pour ne pas dire autre chose, des coûts de réparation et d’entretien par des prestataires convaincus qu’ils ont affaire à une vache à lait : l’Etat.

L’exception à la règle : la Présidence de la République déjà assainie

Gabegie, encore gabegie et toujours la gabegie qui étend ses tentacules à d’autres charges courantes de l’Etat et de ses entités du secteur parapublic : les consommations en eau, en électricité et en téléphone, qui révèlent, à souhait, les tares du rapport du Sénégalais au bien public.
Ici, les factures de l’État sont… globalisées auprès de la Sonatel, de la Sde et de la Senelec. Conséquence ? Il s’est installé une «irresponsabilité généralisée» du fait qu’il est impossible de savoir qui consomme et combien. Les branchements clandestins sur les réseaux d’électricité et d’eau de l’État sont légion. A ceux-là se greffent des milliers d’abonnements privés (eau et électricité), toujours au nom de l’Etat.

Baisse de soixante pour cent (60 %) de la facture de téléphone, passant de plus de quatre (04) milliards à deux (02) milliards de FCfa

C’est le cortège des «impossibles» : impossible de retracer auprès de la Sde et de la Sénélec les polices des abonnements réels de l’Etat, ce qui laisse libre cours à une évaluation hâtive et souvent exagérée des consommations de l’État ; impossible d’avoir une idée précise et exacte du parc de téléphonie de l’État, car là aussi, les factures sont globalisées au niveau de la Sonatel, et nul ne sait, même au sein de l’État, qui consomme. En résumé, pour l’eau, l’électricité et le téléphone, c’est une énorme bamboula orchestrée par des agents de l’État, mais aussi d’autres citoyens qui profitent indument du système.
De façon globale, le flou est tellement persistant dans le paiement des charges courantes de l’Etat qu’il est impossible de l’évaluer avec exactitude.

Trois cent cinquante (350) abonnements frauduleux résiliés

Il n’empêche, au 31 décembre 2018, les cumuls, qui ont pu être retracés, révèlent un montant faramineux : plus de cent (100) milliards de FCfa par an ; une ardoise que l’État n’est jamais parvenu à honorer, et qui vient s’ajouter au stock de sa dette auprès d’une foultitude de prestataires. Concernant le téléphone, un croisement de dettes Etat-Sonatel a toutefois permis la mise en œuvre d’une compensation.
Une fois ces diagnostics effarants et alarmants établis, une question légitime se pose, à savoir que faire et comment ? La réponse renvoie aux méthodes et moyens que Macky Sall va mettre en œuvre pour juguler l’hémorragie : un plan de guerre que Le Soleil exposera dans ses prochaines éditions, et qui devra épouser les contours de ce que le Président de la République avait entrepris en balayant, avec succès, devant sa propre porte : la Présidence de la République.
En effet, à ce jour, du flou de ce gaspillage, seule cette institution émerge. Car, au terme d’un processus entamé dès 2013, elle est parvenue à prendre le taureau par les cornes, en mettant fin au laisser-aller dans la gestion des logements conventionnés, la consommation en eau, électricité et téléphone, au moyen de réformes sanctionnées par des résultats élogieux, qui n’ont pas manqué de provoquer beaucoup de grincements de dents.

Baisse vertigineuse de la facture des logements conventionnés, passant de seize (16) à sept (7) milliards de FCfa

Depuis 2013, la Présidence de la République est la seule institution à avoir procédé à un recensement exact de son parc de téléphonie ; la seule à avoir demandé ses factures ; la seule à avoir rationalisé ses consommations de téléphone (mobiles et fixe), au moyen de gescompte.
Les résultats ne se sont pas fait attendre : les consommations ont été réduites de soixante pourcent (60 %) : sept cents (700) millions de FCfa de baisse rien que sur le mobile ; la facture globale passant de plus de quatre (04) milliards à deux (02) milliards de FCfa.
Macky Sall est arrivé à ce résultat en ordonnant une réduction drastique du nombre d’abonnés, tous (des ministres aux Directeurs généraux) désormais «gescomptés» (crédits plafonnés). Au passage, aussi incroyable que cela puisse paraître, quelques trois cent cinquante (350) abonnements… frauduleux, ont été identifés et résiliés.

Tous les abonnements en eau et électricité identifiés

Pour les logements conventionnés, l’ardoise était simplement scandaleuse à l’arrivée au pouvoir de Macky Sall : seize (16) milliards de FCfa par an pour loger une foule de non ayants droit. Une fois que tous ont été quasiment expulsés de ces logements, la facture locative annuelle a dégringolé, comme celle du téléphone, pour se maintenir à sept (07) milliards de FCfa.
Nonobstant ces avancées, Macky Sall veut aller plus loin : zéro convention à usage de bureaux à l’horizon 2022 ; c’est toute l’essence de la construction de cités ministérielles administratives à Diamniadio.
La dernière avancée, mais non la moindre, est que la Présidence a également réussi son pari en ce qui concerne l’eau et l’électricité. Elle est la seule administration qui connaît, avec exactitude et maîtrise, ses polices d’abonnement, ses factures d’eau et d’électricité, après avoir résilié une faune d’abonnements douteux et frauduleux.
Yakham Codou Ndendé MBAYE

Suppression du poste de Premier ministre

L’Assemblée saisie depuis vendredi, le Pm quitte «Le Petit Palais»

Nous le révélions dans nos dernières éditions : après son examen et son adoption par le Conseil des ministres, mercredi dernier, c’est en procédure d’urgence, pour ne pas dire en mode «fast track», que le projet de loi portant réforme de la Constitution et suppression du poste de Premier ministre va être soumis à l’Assemblée nationale. C’est chose faite depuis vendredi dernier.
Ensuite, cette semaine et la suivante, le projet de loi passera en Commission des Lois et en Plénière pour être soumis au vote des députés.
Parallèlement, «Le Soleil» a appris de sources autorisées que le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne, toujours dans le même état d’esprit du «fast track», a pris les devants pour… déménager. L’homme va demeurer, une fois la réforme consacrée, avec la disparition du poste de Premier ministre, le plus proche collaborateur du Président de la République comme ministre d’Etat, Secrétaire général de la Présidence de la République.
Avec le réflexe républicain de quelqu’un de très détaché des lambris du pouvoir qui le caractérise, à l’image de son chef, il a, en accord avec ce dernier qu’il sert depuis une quinze années, «avec une loyauté inoxydable» dixit le Président Moustapha Niasse, décidé de quitter «Le Petit Palais», résidence des Premiers ministres depuis Abdou Diouf.
Les mêmes interlocuteurs précisent que Boun Abdallah va se déplacer de quelques centaines de mètres du «Petit Palais», pour aménager aux environs du Camp Dial Diop, dans une villa désaffectée appartenant à l’État et qu’on va réhabiliter en urgence.

Y.C.N. MBAYE

lesoleil

2 Commentaires

  1. Il faut faire comme Kagame. Pourquoi le sénégalais moyen paie lui même son transport pour aller au travail? Alors que les chefs sont dotes de véhicule avec du carburant pour aller au boulot. L’état doit se dessaisir de ces véhicules qui lui coûtent très chers. Et que chacun paie lui même son véhicule avec des facilités. On économisera plein de sous.

  2. c’est tous le sénégal que nous avions confié à un président,pas seulement la présidence, pourquoi n’a t’il pas fait pareil pour toute l’administration depuis 2013?

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