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Publie le: Mercredi 20 mars, 2013

Révélations sur les anciens Présidents de la République du Sénégal

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Quatre hommes, quatre destins similaires. Alioune Fall, Fallilou Diop, Mamadou Diané Diop, tous les trois anciens chauffeurs de Président et Aly Faye, photographe personnel d’Abdoulaye Wade, ont partagé le quotidien parfois mouvementé des 3 premiers Présidents du Sénégal (Léopold Sedar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade). Au point de se fondre à leurs personnalités respectives. Ils semblaient taillés sur mesure pour être à leur service. Aujourd’hui à la retraite, ils ont accepté d’ouvrir, certains pour la première fois (Fallilou Diop et Mamadou Diané Diop), leurs carnets de bord. Pour L’Observateur, ils racontent l’humain et dévoilent l’autre visage des anciens chefs d’Etat. Comme ils ne vous ont jamais été contés.

Alioune FALL, 81 ans, Chauffeur du défunt Président Léopold Sedar Senghor

«Léopold Sédar Senghor n’était pas une personne ordinaire»

«Je suis originaire du Walo et je n’ai jamais été à l’école française. J’enseignais le Coran aux enfants dans le «daara» de mon oncle. C’est après mon premier mariage que j’ai commencé à travailler. Mon premier emploi, en 1954, consistait à un travail de «Boy» chez un Blanc. C’est d’ailleurs ce Blanc qui m’a appris à conduire et j’ai eu mon permis de conduire catégorie «Transport» en 1957. J’avais un ami marabout du nom de Moussa Niang qui m’a dit ceci : «Dès réception de ton permis, ne le mets pas dans ta poche, apporte-le directement chez Serigne Babacar Sy (Rta) pour qu’il formule des prières pour toi.» A 14 heures, j’ai retiré mon permis et je suis allé directement à Tivaouane. Serigne Babacar Sy (Rta) était en retraite spirituelle. Quand il est sorti, mon ami m’a introduit auprès de lui et lui a demandé de formuler des prières pour moi. J’avais mon permis de conduire enveloppé dans du papier journal. Je le lui ai remis et Serigne Babacar Sy (Rta) a béni mon permis. A mon retour sur Dakar, un parent, Palla Niang, m’a confié la gestion de son taxi. Au début, mon patron ne voulait pas me laisser partir. Finalement, il m’a donné son accord. J’ai commencé un travail de taximan. Un jour, j’avais pris à bord de mon taxi, un client du nom de Me Robert Bayasse. Il travaillait dans le Cabinet de Mamadou Dia (Président du Conseil du gouvernement) comme conseiller financier. Comme nous passions devant le Palais de la République, il m’a dit : «Toi, tu vas travailler dans ce Palais.» Je lui ai répondu : «Comment je pourrai travailler ici alors que je ne travaille pas dans le gouvernement ?» Je l’ai déposé à son Cabinet et je suis parti. Bien avant cela, un client sérère avec de grands pouvoirs mystiques m’avait fait la même prédiction. Un jour, alors que je conduisais mon taxi, des policiers m’ont arrêté. Après vérification de mon identité, ils m’ont demandé de me rendre au bureau de Président Mamadou Dia, au 9e étage du Building administratif. Je m’y suis rendu et ils m’ont dit qu’ils étaient en train de me chercher depuis 3 mois et qu’ils allaient m’engager comme chauffeur. C’est Me Bayasse qui m’avait recommandé. Je leur ai dit que j’étais chauffeur de taxi, car en ce temps, travailler comme taximan était plus rentable. Eux m’ont dit que travailler dans le gouvernement avait plus de pérennité. Ils m’ont convaincu et j’ai accepté. Comme je ne pouvais pas dire à mon parent, le propriétaire du taxi, ce qu’il en était réellement, je lui ai dit que j’avais un décès au village et je devais m’y rendre d’urgence. Il a accepté et m’a remis 70 000 F Cfa. Je lui ai trouvé un autre chauffeur et j’ai commencé à travailler pour le Cabinet de Mamadou Dia. J’y ai travaillé jusqu’à la crise de 1962 (entre Senghor et Dia) et par la suite, tous les chauffeurs ont été affectés au Garage nationale, sur la route de Rufisque.

«J’ai été le premier au Sénégal à conduire une Mercedes 600»
Un jour, j’ai été appelé et affecté au garage du Palais pour remplacer le chauffeur de l’Intendant qui était malade. C’est là où Colette Senghor (épouse du Président Senghor) m’a remarqué et m’a demandé d’intégrer le garage du Palais. Je lui ai répondu que j’étais encore jeune (il avait 28 ans), elle n’a pas tenu compte de cela. C’est ainsi que je suis devenu le chauffeur des gorilles. On a fonctionné ainsi jusqu’au moment où on a dit que le chauffeur du Président, Sidy Ndiaye, était devenu âgé. C’est Ablaye Dièye qui l’avait remplacé. Mais l’affaire Moustapha Lô (l’homme qui voulait attenter à la vie du Président Senghor. Il a été arrêté puis exécuté par un peloton d’exécution au Cap Manuel)  est venue changer la donne. C’était un jour de Tabaski (22 mars 1967) et Moustapha Lô est venu à la Grande Mosquée. Il était tout de blanc vêtu et très correct. Je lui ai demandé de venir prier sur ma natte que j’avais étendue en bas de la tribune officielle où Senghor avait pris place avec ses gorilles. Il a accepté. Après la prière, il s’est dirigé vers Senghor. Je ne savais rien de son intention. Quand il s’est levé, j’ai repris ma natte et je suis allé la ranger dans le coffre de la voiture. C’est après que j’ai entendu «Tirez !». J’ai vu le garde du corps qui se jetait sur lui. Sur l’instant, je n’ai vu que les pieds de Moustapha Lô en l’air. Je me suis empressé d’entrer dans ma voiture pour me garer aux pieds de Senghor qui s’est engouffré dans mon véhicule avec son Aide de Camp. J’ai démarré en trombe. Durant tout le trajet, Senghor ne cessait de me demander : «Mais Fall, où vas-tu ?» Son Aide de Camp m’a demandé de ne rien dire. Ce n’est qu’une fois au Palais que son Aide de Camp, le Lieutenant Abel Ngom, lui a raconté ce qui s’était passé. Il était resté bouche-bée. C’est après cet incident que le Président Senghor m’a décoré. Un an après le chauffeur de Senghor, Bassirou Gaye qui avait remplacé Ablaye Dièye, a eu un malentendu avec Colette Senghor. La première dame m’a fait appeler et m’a dit : «Je veux que tu sois le chauffeur de Senghor.» C’était en 1969. En ce temps, il y avait, dans le garage du Palais, une Ford, une Opel et une Lincoln. Un jour, Ndiouga Kébé m’a appelé et m’a dit d’aller au Port afin d’y chercher une des deux Mercedes 600 à six portes qu’il venait d’acquérir. La voiture mesurait 7,22m. J’ai été le premier à conduire cette marque de véhicule au Sénégal.

«Le personnel du garage détalait à la vue de Senghor»
Ma première journée de travail avec Senghor fut sobre. C’était un homme d’Etat. Senghor était d’une autre dimension. Quand je l’ai eu pour la première fois dans la voiture, des frissons m’ont parcourus tout le corps. Senghor n’était pas une personne ordinaire. Quand Senghor était là, on sentait la présence d’une autre personne qu’on ne voyait pas. A part moi, personne ne pouvait conduire aussi longtemps sa voiture. Les chauffeurs qui me remplaçaient étaient souvent victimes d’accidents. Raison pour laquelle, à mon retour de La Mecque en 1975, Senghor m’a dit ceci : «Fall, je n’aurais pas dû t’envoyer à La Mecque parce que les autres chauffeurs ont failli me tuer.» Il n’avait confiance qu’en moi. Quand je n’étais pas présent, il préférait m’attendre au lieu d’y aller avec un autre. Quand il recevait des hôtes de marque comme des chefs d’Etat (Haïlé Selassié, le roi Fayçal, Houphouët-Boigny, Omar Bongo, Daouda Diawara etc.), c’est moi qui conduisais, mais je me devais de respecter une règle de conduite : il était hors de question que je divulgue les secrets d’Etat. Senghor était un homme généreux et il respectait son personnel. Ce qui m’a le plus marqué chez lui, c’est que chaque jour, il ne quittait pas le Palais sans pour autant passer dire bonjour au garage. Tous les autres prenaient la fuite en le voyant, mais moi je restais sur place. Il s’approchait de moi et me disait : «Mais Fall, pourquoi est-ce qu’ils fuient en me voyant ?» Senghor était un homme généreux qui prêtait beaucoup d’attention à son personnel. Il était aussi très ponctuel et gare à vous si vous ne respectiez pas les horaires. Il avait l’habitude de dire ceci : «L’heure, c’est l’heure, avant l’heure ce n’est pas encore l’heure, après l’heure, ce n’est plus l’heure.» Il pouvait rire de tout et de rien, mais il avait aussi ses états d’âme comme tout le monde. Quand il était en colère, il gardait le silence. Il lui arrivait de faire arrêter la voiture en cours de route pour descendre, aller cueillir une branche d’arbre, l’observer avant de remonter en voiture. Personne ne comprenait son acte. Je partais souvent en vacances avec la famille présidentielle en Europe

«Colette Senghor avait prédit la mort de son fils, Philippe»
C’est moi qui ai appris à conduire à Philippe Senghor. Même quand il passait son permis, c’est moi qui l’ai accompagné. Lors du décès de Philippe, Senghor n’était plus au pouvoir. Sa femme Colette avait l’habitude de me dire que son fils mourrait lors d’un accident parce qu’il aimait trop la vitesse. Suite à cette discussion, les parents de Philippe avaient récupéré la voiture qu’il lui avait donnée. Philippe n’avait pour autant pas baissé les bras. Comme il voulait sortir, il est allé emprunter la voiture de la femme d’Ousmane Diagne (chef du grand Conseil de la Khadriya) chez qui il logeait. En ce temps, il sortait avec une Allemande et elle était en état de grossesse. Philippe était sorti le soir et elle est allée le chercher. Ils se sont disputés alors qu’ils étaient en voiture. Philippe roulait à vive allure et c’est ainsi qu’ils se sont écrasés contre un arbre. La fille est morte sur le coup. Quant à Philippe, il est décédé quelques heures après son admission à l’hôpital. Senghor en a été informé alors qu’il était en France. Il s’est comporté en véritable homme.

Colette Senghor était une grande amie. Elle m’appréciait beaucoup. Elle me couvrait de cadeaux. Souvent, je l’accompagnais pour ses courses et au retour, elle déposait une enveloppe sur le siège arrière pour moi. L’enveloppe pouvait contenir en 25 000 et 50 000 F Cfa. En ce temps, mon salaire de base était de 21 600 F Cfa, mais il pouvait atteindre 75 000 F Cfa avec les indemnités de risque. Senghor n’était pas du genre à offrir de l’argent à ses employés et souvent même, c’est moi qui lui achetais ses journaux. Puisqu’il ne gardait jamais d’argent sur lui. Collette avait son propre chauffeur, mais c’est moi qu’elle préférait comme chauffeur.

Quand Senghor a quitté le pouvoir en 1981, il m’a laissé au service d’Abdou Diouf (2e Président du Sénégal). Je l’ai conduit jusqu’à sa résidence, «Les dents de la mer (Fann)». On s’est quitté simplement. Chaque matin, j’allais chercher Abdou Diouf, puisqu’il logeait à la Corniche. Il n’habitait pas encore au Palais. Je le ramenais à 13 heures pour revenir à 15H. On a fonctionné ainsi jusqu’à ce qu’il se sépare de moi. La dernière fois que je l’ai vu, c’était chez lui à Fann. On a discuté et ensuite je suis parti. Aujourd’hui, je ne me plains pas. Je suis à la retraite depuis 1987. Mes enfants et mes 3 épouses me comblent. C’était très difficile de cumuler mon métier de chauffeur de Président avec mes 3 foyers. Mais, je rends grâce à Dieu.»

Fallilou Diop, 72 ans, Chauffeur du Président Abdou Diouf


«Abdou Diouf était avare en compliments»

«Je suis né au quartier Sor de Saint-Louis. J’ai arrêté mes humanités en classe de Cm2 avec le Cep (certificat d’études primaires). J’ai grandi avec mon grand frère qui s’appelle Mamadou Moustapha Diop et Djibril, mon autre grand frère était le chauffeur du président Dia. Après mon Cep, mes grands frères m’ont encadré lors de ma formation au garage du gouvernement de Saint-Louis (en ce temps, la capitale du Sénégal était basée à Saint-Louis). J’y étais embauché comme chargé du courrier. Par la suite, la capitale a été transférée à Dakar où je suis venu en 1958 et je travaillais chez Mamadou Dia. Mon grand frère était son chauffeur titulaire. On avait un logement conventionnel à la rue 27 X 22 de la Médina. Après le départ de Mamadou Dia, on a été affecté au parc automobile sur la route de Rufisque. En ce temps, nous nous chargions exclusivement d’assurer la conduite des chefs d’Etat, hôtes du Sénégal. J’avais comme projet de partir en Europe, mais quand Abdou Diouf a été nommé Premier ministre en 1970, j’ai été affecté à son service. Trois mois après sa nomination, il devait effectuer une tournée dans la région du Fleuve. Je l’y ai précédé avec la voiture de fonction. Lui, il nous y a rejoints en avion. Durant toute la tournée, on ne se parlait presque pas. Au terme de sa tournée, je l’ai raccompagné à l’aéroport de Podor et j’ai repris le chemin du retour par la route. J’ai fait un crochet par Coki (région de Louga) où logeait ma femme. Je suis rentré à Dakar le mardi et j’ai trouvé le même jour une note de service qui m’annonçait que j’étais affecté à la Primature. Je n’ai rien demandé, mais c’est certainement Abdou Diouf qui, séduit par ma discrétion et mon comportement, a décidé de cette affectation. En ce temps, j’étais très élégant, toujours vêtu en costume et cravate impeccable. Pour preuve, un jour, ma fille qui était au Luxembourg a rencontré Abdou Diouf, qui est aujourd’hui président de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) et s’est présentée à lui. Diouf s’est souvenu de moi et lui a dit : «Qui Fallilou, mon chauffeur ? C’était un homme très discret.» Après le départ pour la retraite de son chauffeur, Doudou Diallo, j’ai été officialisé chauffeur titulaire du Premier ministre. Je ne me souviens plus de la date. Avec le départ de Senghor en 1981, nous avons rejoint le Palais et je suis resté à son service jusqu’à ma retraite en 1996.

«Pour avoir les faveurs d’Abdou Diouf, il fallait passer par sa femme, Elisabeth»
Abdou Diouf était un homme d’Etat. Je ne connais pas beaucoup de choses sur lui parce qu’il est très réservé, sobre et discret. Il prêtait beaucoup d’intérêt à l’humain. Lors de nos week-ends à Popenguine, on jouait ensemble à la belote, lui, sa femme Elisabeth, l’aide de camp, le médecin de la région et moi. C’était un grand administrateur. Je suis quelqu’un de très discret et je n’entretenais pas de relations vraiment personnelles avec lui. Nos relations étaient empreintes de professionnalisme et de respect. Quand on était ensemble dans la voiture, il se confiait le plus souvent à son aide de camp. Je m’acquittais convenablement de mon travail et je sais qu’Abdou Diouf m’appréciait beaucoup. Il ne me le disait pas personnellement, mais je recevais des échos de cela. Abdou Diouf était très hermétique. Il ne laissait jamais transparaître ses émotions. Qu’il soit en colère ou content, cela ne se voyait pas. Un jour, un de ses anciens ministres dont je préfère taire le nom m’a appelé pour me demander quel cadeau ferait plaisir au Président Diouf. Je lui ai répondu que sincèrement, je ne savais pas et je ne retenais de l’homme que son goût pour le travail. J’étais plus proche de sa femme. Quand j’avais besoin de quelque chose, c’est vers elle que je me tournais. Il suffisait que je lui présente mes doléances pour qu’elle les satisfasse. Elisabeth était très disponible, pas seulement avec moi mais aussi avec le reste du personnel. Il faut savoir qu’à cette époque, le salaire dans l’administration ne faisait pas sauter au plafond, mais Elisabeth était très généreuse avec nous. Et pour avoir des faveurs d’Abdou Diouf, il fallait passer par elle. Aujourd’hui que je suis à la retraite, j’ai moins de soucis financiers. Abdou Diouf était avare en compliments. Quand j’ai atteint l’âge de la retraite, j’ai été remplacé par un gendarme du nom de Babacar Gaye que j’ai choisi parce qu’il était très correct et Abdou Diouf était un Toubab (sic). Le jour de mon départ, il m’a remercié lors d’une audience personnelle, mais depuis, j’ai coupé court à tout contact. Par contre, je suis allé une fois voir Elisabeth alors qu’elle était en voyage au Sénégal.»

Mamadou Diané DIOP, 60 ans, Chauffeur du Président d’Abdoulaye Wade

«Etre le chauffeur d’Abdoulaye Wade à l’époque où il était dans l’opposition était très risqué»
«Je suis né à Kébémer (département de Louga) où j’habite toujours. J’ai arrêté mes humanités en classe de Cm2 pour ensuite me consacrer à des cours de conduite sous la houlette de mon père, qui était un grand transporteur. J’ai eu mon permis en 1976. Quand Abdoulaye Wade venait en 1970 à Kébémer, il m’y trouvait toujours. A Kébémer, nos deux maisons étaient mitoyennes. Nos grands parents se fréquentaient. J’ai plus côtoyé Abdoulaye Wade que mon propre père. Wade me considérait comme son propre fils et je le considérais comme mon père. C’est lui qui m’a éduqué et a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Sauf quand il était en mission à l’étranger, nous étions inséparables. J’ai commencé à fréquenter la maison d’Abdoulaye Wade en 1979. Durant cette année, Abdoulaye Wade avait un autre chauffeur qui est décédé alors qu’il se baignait à la plage de Ngor. Il y était en compagnie des enfants de Wade (Karim et Sindiély). Etant resté jusque tard dans la nuit sans nouvelles de ses enfants, Wade, préoccupé, est allé à leur recherche. Heureusement, une vieille vendeuse de cacahuètes établie sur l’île les avait recueillis. C’est chez elle que Wade les a retrouvés. C’est à la suite de cet incident malheureux que Wade s’est mis à chercher un nouveau chauffeur, mais à ce moment, tous les professionnels avaient peur d’être le chauffeur de Wade. Ils craignaient pour leur vie car être le chauffeur de Wade à ce moment n’était pas sans risque. On pouvait être tué à tout moment. Finalement, son choix s’est porté sur moi. J’étais très honoré d’être son chauffeur parce que c’était un oncle pour moi. En plus de cela, ma mère m’avait demandé d’être fidèle et loyal envers Wade. Jusqu’à la mort.

«Abdoulaye Wade aimait rire des surnoms dont on l’affublait»
En 34 ans de compagnonnage, je n’ai jamais eu de différends avec Wade. On a toujours eu des relations basées sur la vérité. Abdoulaye Wade m’a appris comment manger, m’asseoir, me vêtir et même comment me battre. J’étais un chauffeur exemplaire et respecté de tous. Wade était d’une générosité exceptionnelle. Je le connaissais sur le bout des doigts. Quand il était en colère, il pouvait s’enfermer à travailler dans son bureau jusqu’à 2 heures du matin. Quand il avait de l’argent, il avait la rigolade facile. Je sais que je ne peux plus être le chauffeur d’un autre car Abdoulaye Wade m’a trop choyé. Il m’emmenait partout où il allait. C’est grâce à lui que j’ai pu entrer 4 fois dans la Kaaba. Une fois, c’était avec le Président gambien, Yaya Jammeh. Je peux dire que j’ai fait le tour du monde grâce à Abdoulaye Wade. J’étais son homme de confiance. Il me consultait sur tout ce qu’il faisait. Les 26 ans d’opposition  étaient très durs. Wade en a vu de toutes les couleurs. Il a été arrêté à deux reprises. Une fois pour 6 mois et une autre pour 4 mois. Je lui apportais sa nourriture. Abdoulaye Wade a vécu sereinement ces arrestations. Il était courageux, fier et déterminé. A sa sortie de prison, il a eu un énorme succès auprès du peuple sénégalais. Nombreux étaient ceux qui pensaient qu’Abdoulaye Wade était d’un tempérament colérique. Que nenni ! Il avait juste une forte personnalité qui faisait qu’il était craint de tous. On l’affublait de tous les surnoms (Fantomas, Laye Djombor etc). Cela me révoltait, mais lui en riait et me disait souvent de les laissait faire car c’était un démocrate. Il avait l’habitude de me répéter ceci : «Le chien aboie, la caravane passe. Laisse-les parler et continuons à travailler de sorte qu’après notre départ, ils n’aient rien à nous reprocher.» C’était un travailleur acharné qui ne terminait ses journées qu’aux environs d’une heure du matin. Il adorait le contact humain et durant ces courts moments de répit, il aimait s’entourer de gens et de militants pour discuter. A 86 ans, il est toujours en excellente forme, contrairement aux hommes de son âge. C’est un don de Dieu chez Wade. Abdoulaye Wade était très traditionaliste. C’était un chambreur impénitent. D’aucuns étaient jaloux de notre relation. Quant à Viviane Wade, elle était comme une mère pour moi. Je l’accompagnais au marché pour faire les courses. Viviane Wade vouait un profond respect au Président Wade. Ceux qui pensent qu’elle craignait son mari se trompent. D’ailleurs, elle usait du petit nom de Wade, Abou, pour lui parler. Elle a tout enduré par amour pour Wade. Avec Karim Wade, j’entretiens des relations très fraternelles. Un de mes chevaux porte son nom et je peux dire aujourd’hui que je ne suis pas Wadiste mais «Karimiste».

«Je ne servirai plus de chauffeur à un autre que Wade»

Quand il a accédé au pouvoir, ce soir de 19 mars 2000, son premier acte a été de se rendre à Touba pour renouveler son acte d’allégeance à Serigne Saliou Mbacké. Par la suite, il est allé rendre visite à la maman d’Abdou Diouf (Adji Coumba Dème) pour la rassurer et lui dire qu’il ne poursuivra jamais son fils, ni sa famille. Abdoulaye Wade a fait le tour de sa famille et de ses proches pour les remercier. De retour sur Dakar, il a reçu Abdou Diouf pour la passation de service et il lui a même demandé de le représenter au sommet Afrique-Europe au Caire en 2000. La passation fut sobre et empreinte d’émotion. Abdoulaye Wade a vécu la perte du pouvoir avec philosophie. Aujourd’hui, je garde une excellente relation avec lui. Mon dernier entretien téléphonique avec lui remonte à samedi dernier. Je reste fidèle à Abdoulaye et je ne servirai plus de chauffeur à un autre. Pour l’heure, je me consacre à la maintenance des voitures de Wade, à mes activités sportives et agricoles et à mes chevaux. Depuis la chute de Wade, je ne suis plus retourné en ville.»

Aly Faye, 53 ans, Photographed’Abdoulaye WADE

«Abdoulaye Wade détestait qu’on lui mente»

«Je suis le photographe personnel de Me Abdoulaye Wade depuis 1988. J’ai étudié jusqu’en classe de 3e secondaire avant de raccrocher. Je suis originaire du quartier de Thiaroye sur mer. Je peux dire que c’est ma passion pour le foot qui a hypothéqué mes études. J’ai grandi à la rue 39 X Blaise Diagne de la Médina que j’ai rejointe en 1974. Wade était adulé par les jeunes qui le suivaient partout. A 21 ans, j’ai acheté ma carte de membre et c’est en ce moment que j’ai réellement intégré le Pds. Durant les meetings de Wade, c’est moi qui immortalisais les grands moments. C’est ainsi qu’Abdoulaye Wade m’a remarqué et m’a demandé de venir travailler pour lui. Avant cela, je collaborais avec des journaux comme «Takussan» et «Sopi» où j’ai gagné mon premier salaire en 1988. C’est durant cette même année qu’Abdoulaye Wade m’a choisi comme son photographe personnel. Wade me considérait comme son propre fils. Il était séduit par ma bonne éducation. Devant Boubacar Sall et Me Ousmane Ngom, Wade m’a dit ceci : «Je déteste le mensonge et si tu vois des choses qui ne te semblent pas normales, dis-le moi. Ce n’est qu’à toi que je permets cela car je te considère comme mon conseiller personnel.» J’intervenais souvent pour des tierces personnes comme Babacar Diagne (actuel ambassadeur du Sénégal en Gambie) ou Macky Sall (président de la République) auprès de Wade. Je peux même dire que j’avais une certaine influence sur lui. Les 26 ans d’opposition de Wade furent des périodes de braises et de vaches maigres. Elles étaient très éprouvantes, mais Wade tenait bon. C’est lui seul qui assurait les dépenses du parti. Il tenait sa fortune de ses honoraires d’avocat. Durant ses incarcérations aussi, Wade était très stoïque. Il savait que la politique était ainsi faite et il s’attendait toujours au pire. Ce qui m’a le plus marqué chez Abdoulaye Wade, c’est son courage. Quand on allait lui rendre visite en prison, le cœur gros, il nous remontait le moral en nous disant qu’il nous mènera au pouvoir un jour ou l’autre.

«Viviane Wade avait peur de Wade»
Abdoulaye Wade était un bon patron. D’aucuns pensaient que Wade était un homme colérique, mais c’est juste parce qu’il abhorrait par-dessus tout qu’on lui mente. Il était très généreux et c’est le seul avocat qui défendait les faibles et pauvres sans qu’ils n’aient à débourser des sous. J’ai fréquenté la famille de Wade comme un membre à part entière. J’allais souvent en compagnie du chauffeur Diané, chercher Karim à l’école ou au lycée. Quant à Viviane Wade, elle n’avait de problème avec personne. Elle s’occupait de ses affaires (les brodeuses de Keur Massar) et ne se mêlait aucunement de la gestion du pays. Je peux même dire que Viviane avait peur d’Abdoulaye Wade. La famille Wade était très soudée. Abdoulaye Wade aimait beaucoup faire sa sieste en se relaxant avec la musique de Youssou Ndour. Wade se fâchait rarement, mais il suffisait qu’on lui raconte des mensonges pour qu’il s’énerve. Wade fait aveuglément confiance et il croit en tout ce qu’on lui dit. Mais il suffit qu’il réalise qu’on lui a menti pour qu’il se mette dans une colère noire. Souvent quand il prend ses distances avec une personne ou un allié, c’est à cause de cela ou pour des raisons d’Etat. Mais, il adorait aussi qu’on lui fasse des compliments du genre qu’il était un travailleur. Quand il a pris de l’âge, Wade était très difficile à prendre en photo.

«Abdoulaye aimait s’amuser à se prendre en photo tout seul»

Avec Wade, on partageait notre passion pour la photo. Wade avait l’habitude d’acheter tous les appareils photographiques, dernier cri, qui sortaient. C’est lui qui m’a acheté mon premier appareil photo numérique. Abdoulaye Wade aimait beaucoup prendre des photos de paysage, d’animaux et autres. Les dimanches, quand il était seul, c’était son occupation favorite. Il s’amusait même à se prendre en photo quand il était seul. Je me plaisais à lui dire qui si les flashes pouvaient gâter les yeux, lui, il serait aveugle depuis bien longtemps. Souvent quand on allait en visite dans des pays étrangers, quand je finissais de prendre Wade en photo avec ses hôtes Présidents, lui aussi, prenait l’appareil pour me prendre en retour en photo avec ses hôtes. Il me disait qu’ainsi, j’aurais des souvenirs avec ces différents chefs d’Etat comme Bush, Chirac, etc. Mon compagnonnage avec Wade ne m’a rien apporté sur le plan matériel car je réinvestissais tout dans l’aide que j’apportais aux populations villageoises. Je n’étais pas un fonctionnaire de l’Etat, car j’ai choisi de travailler juste avec le Président Wade. Macky Sall avait fait appel à moi, mais j’ai décliné l’offre par loyauté pour Wade. Je me suis promis que si Abdoulaye Wade abandonne la politique, moi, j’abandonnerai la photographie. Pour le moment, j’ai rangé appareil et zoom et je me consacre à mes activités. Après la défaite du 25 mars, je me rendais tous les jours à Fann résidence (résidence de Madické Niang) pour lui rendre visite et être à son service. On s’appelle souvent au téléphone. L’ombre de Wade continuera toujours à planer sur le Sénégal.»

PAR NDEYE FATOU SECK

L’Observateur

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2 Commentaires
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  1. Je suis à la recherche d’un excellent camarade du nom de GAY, (orthographe incertaine),(neveu d’une personnalité sénégalaise,des années:1958,59…) faisant son service militaire,à Saîda comme s/Lieutenant,responsable d’une unité du train et sorti ingénieur d’une école, de la région Parisienne.Je n’ai pas pu le remercier pour sa générosité et sa camaraderie en raison de mon affectation à Oran début 1959.Merci à qui pourra me donner ses coordonnées.

  2. ATTENTION FRERES SENEGALIS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    MACKY SALL ET SA CLIQUE REFONT EXACTEMENT LES MÊMES CHOSES QUE LA BANDE A WADE !!!!!!!!!!!!

    TOUS POURRIS !!!!!!!!!!!

    ILS NE SONT LA QUE POUR EUX-MÊME…

    TOUS PLUS VOLEURS LES UNS QUE LES AUTRES.

    CHERS SENEGALAIS, OUVRONS LES YEUX, CAR ON NE VA PAS ATTENDRE QUE DE NOUVEAUX VOYOUX FINISSENT D’ACHEVER NOTRE PAYS..

    CE QUE NOUS VOYONS EN CE MOMENT EST INADMISSIBLE.

    RAPPELONS NOUS QUE AVEC ABDOULAYE WADE AUSSI, NOUS AVIONS JOUÉ LA POLITIQUE DE L’AUTRUCHE.

    NOUS AVIONS REFUSÉ DE VOIR L’EVIDENCE, QUE ABDOULAYE WADE ETAIT NI PLUS NI MOINS QU’UN VOYOU.

    JUSQU’AU JOUR OU NOUS AVONS DECOUVERT LE POT AU ROSE AVEC AMERTUME.

    C’EST MAINTENANT QU’IL FAUT SE LEVER, AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD…..

    ARRETONS LES MAINTENANT !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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