Après avoir provoqué le départ de Macky Sall à la tête de l’Assemblée nationale avec sa fameuse loi, Sada Ndiaye souhaite au président de la République une cohabitation avec son opposition lors des prochaines Législatives. Pourquoi ? Le chargé des Elections au Pds et président de la Commission électorale de Manko wattu Senegaal résume les «dérives» du pouvoir par une «justice instrumentalisée», la «fraude» sur le fichier électoral et le «manque de neutralité» du ministre de l’Intérieur… S’il approuve Khalifa Sall pour diriger la liste de l’opposition à Dakar pour les Législatives du 30 juillet, le maire de Nguidjilogne charge les frondeurs du Pds…

Quelle lecture faites-vous de l’affaire Khalifa Sall ?
Khalifa Ababacar Sall est le maire de Dakar. Ce n’est pas n’importe qui. C’est un symbole pour le pays. Malheureusement, aujourd’hui, tous les symboles sont piétinés, les sanctuaires profanés. Celui qui symbolise l’Acte 3 de la décentralisation, le pouvoir local, c’est le maire de Dakar. C’est le maire des maires. On constate que de 2012 à 2017, Macky Sall est dans sa logique d’écraser les opposants. Hier, c’était le Pds. Macky et son gouvernement sont mal placés pour juger de la mauvaise gouvernance supposée de Khalifa Sall. Le chef de l’Etat a dit à Kaffrine qu’il a mis des dossiers sous son coude. Donc, lorsqu’on n’a pas les grâces du coude de Macky, on est placé sous mandat de dépôt et les rapports de l’Ofnac et de l’Ige sont du chiffon. Que sont devenus les autres rapports ? C’est manifestement injuste et illégal. Sous Macky Sall, la loi n’est ni générale ni impersonnelle. Elle porte les habits et les ambitions de Macky Sall. Le pouvoir judiciaire est instrumentalisé. Qu’est devenu le rapport sur Pétro Tim épinglant Aliou Sall ? Pourtant, ce sont des centaines de milliards. Arcelor Mittal, ce sont des milliers de milliards.

Au-delà de l’aspect politique, le procureur de la République a parlé de faux papiers que le maire de Dakar aurait servis pour justifier l’utilisation de la caisse d’avance. Est-ce que cela n’est pas une preuve de détournement ?
Ce n’est pas avec des présomptions qu’on doit mettre des gens en prison. On épilogue sur des prétendus faux qui portent sur 1,8 milliard alors qu’on ferme les yeux sur des rapports qui épinglent des responsables du régime. Le procureur n’est pas maître de ses poursuites. Il est orienté, téléguidé et manipulé. Dans ces affaires aussi graves que celles de l’Ofnac, de Aliou Sall et Arcelor Mittal, qu’attend le procureur pour s’autosaisir ? Dans l’affaire François Fillon, le Parquet financier de Paris s’est autosaisi à partir de révélations de journalistes du Canard Enchaîné. On ne demande pas une trêve, mais une égale dignité des citoyens devant la loi. C’est ce que ne fait pas aujourd’hui le procureur de la République.

Êtes-vous d’accord avec certains comme Babacar Gaye, le porte-parole de votre parti, pour que Khalifa Sall dirige la liste de l’opposition aux Législatives à Dakar ?
Tout ce qui peut amener Macky Sall à la cohabitation, je suis preneur. Le Président Wade, depuis 3 mois, nous dit qu’il faut travailler dans le sens de mettre en place une coalition gagnante, constructive et positive. Si à Dakar, en mettant Khalifa Sall tête de liste, on peut gagner, il n’y a aucun problème. Khalifa et nous avons le même combat qui est de renverser ce régime par tous les moyens légaux et de droit.

Vous ne faites pas partie de ces responsables qui reprochent à Khalifa Sall de ne pas avoir porté le combat de Manko ?
Pas du tout. Manko est ouverte à tout le monde. Tous ceux qui luttent pour la liberté et refusent l’arbitraire peuvent nous rejoindre. Il n’y a pas de contradictions entre Manko et Khalifa Sall. Donc, nous ferons face à ce régime fasciste et totalitaire de Macky Sall.

Au sein de votre parti, une fronde est conduite par Pape Samba Mboup, Farba Senghor et autres contre le coordonnateur Oumar Sarr. Vous faites partie de quel pôle ?
Je suis un militant loyal. L’éthique m’interdit de parler de certaines choses. Je pense que citer leur nom leur ferait de la publicité. Nous sommes tous du Pds. J’ai été nommé secrétaire national en charge des Élections par Me Wade. Karim Wade est notre candidat pour la Présidentielle de 2019 et j’ai présidé la commission d’investiture. Nous n’avons pas de plan A ni de plan Z. Le coordonnateur qui a la confiance du secrétaire général du Pds, c’est Oumar Sarr. Ceux qui disent autre chose, cela n’engage qu’eux. Je suis un républicain. Je ne connais pas les frondes, les micmacs ou les cagoules. Je suis dans la transparence, la clarté et la lumière.

Vous semblez être en phase avec la gestion de Oumar Sarr que les frondeurs critiquent…
Encore une fois, je ne cite pas de nom. Si la gestion de Oumar Sarr n’était pas bonne, on n’en serait pas là aujourd’hui. Si Oumar Sarr n’était pas là depuis 2012, il n’y aurait pas eu de Pds. Lorsqu’on a décapité tout le comité directeur du Pds, où étaient ces gens qui s’agitent ? Quand on se battait pour le groupe parlementaire, où étaient-ils ? C’est ça le problème de fond. Oumar Sarr a très bien géré le parti. Si les gens sont en train de se positionner, c’est parce que l’instrument est bon. Donc, tous ceux qui feront une fronde contre le parti échoueront. Mal­heu­reusement le destin de Me Wade, c’est d’être trahi par ses plus proches. Il a la magie de créer des monstres politiques. Mais lorsqu’on crée un monstre, sa première cible c’est son créateur.

Vous faites allusion par exemple à Aïda Mbodj qui, depuis quelque temps, a pris ses distances vis-à-vis du parti ?
Je ne cite pas de nom. Les gens parlent du Pds parce que ce parti a survécu de 2012 à maintenant. Sinon tous ces appétits n’auraient pas existé.

Elle dit qu’elle pourrait ne pas aller aux Législatives avec le Pds…
On n’en est pas encore là. Je n’ai pas vu un document officiel dans lequel la personne que vous citez nous dit qu’elle n’ira pas avec nous pour les Législatives. Et le parti n’a pas pris une mesure par rapport à cela. Donc, je ne peux pas me prononcer.

Pourtant, Me Wade soupçonne dans l’attitude des frondeurs une main extérieure pour déstabiliser le Pds…
Le Président Wade a dit qu’on aurait à faire face à des ennemis extérieurs. C’est le pouvoir. Il a ajouté qu’à côté de ceux-là, il y en a aussi au sein du parti. Ce sont les plus dangereux.

Le groupe de Pape Samba Mboup peut-il être considéré comme des ennemis du Pds ?
Tous ceux qui ne sont pas dans la ligne du parti sont des ennemis à l’intérieur. Tous ceux qui «vendent» les décisions du Pds à Macky Sall sont des ennemis de l’intérieur. Tous ceux qui sont en train de réfléchir à des stratégies alternatives contre le Pds sont des ennemis du parti.

Vous avez récemment accusé le pouvoir de préparer une «fraude électorale» en parlant de Gambiens et de Mauritaniens qui figureraient dans le fichier au Nord du pays. Quelles sont vos preuves ?
En 2015, dans toutes les révisions du fichier électoral, on n’avait qu’une augmentation de 50 mille électeurs. Cette année, le chiffre est passé à 200 mille électeurs dans tout le Sénégal. On n’a jamais eu ce nombre. C’est parce qu’il y a des fraudes. Passer du simple au quadruple, c’est inquiétant. Qu’est-ce qui s’est passé entre-temps ? Rien, à part que Abdoulaye Daouda Diallo est devenu ministre de l’Intérieur et a la charge de l’organisation des élections. Dans le département d’origine de ce ministre (Podor), maire de Boké Dialoubé, le nombre d’inscrits a augmenté de 20 mille entre 2012 et 2016. 20 mille ! Ce qui est constant et la presse peut le vérifier, c’est que dans le département de Matam, dans la zone du Bosséa, des Mauritaniens sont venus s’inscrire au Sénégal. Il y a deux faux : Le premier, c’est d’autoriser à un Mauritanien à avoir un jugement d’autorisation d’inscription au Sénégal. Il n’est pas Séné­galais, mais on trouve le moyen de lui faire ce document. Le faux le plus grave, c’est que quelqu’un qui n’a pas été déclaré dans les délais reçoive un extrait de naissance dans la mairie d’Agnam directement, sans passer par le juge.

Vous parlez du fief de Farba Ngom…
Oui, celui qui se proclame comme le «lambdo (roi)» du Bosséa. Et c’est son épouse et un de ses adjoints qui sont commis à la tâche. Aujourd’hui au niveau d’Agnam, on a 300 étudiants gambiens qui sont passés devant le Tribunal départemental et ont des jugements les autorisant à s’inscrire au niveau de la mairie. Tous ces électeurs sont déportés dans le village d’Ouro Siré. Ce sont des faits qui peuvent être vérifiés de visu. Je ne vous parle pas de faux certificats de résidence. Dès que vous avez un extrait de naissance qui vous permet de voter, on vous inscrit sur la liste électorale. Celui qui vous inscrit n’a pas la capacité, la compétence et la technicité pour vérifier du bien-fondé ou du mal-fondé de l’extrait. C’est arrivé à Dagana et à Pikine chez le député Mamadou Diarra. Là où l’opposition est présumée être forte, le pouvoir opère des transferts d’électeurs.

Qu’est-ce que vous êtes en train de faire pour empêcher cette «fraude» en vue ?
Nous sommes là-dessus. La Cena est chargée de contrôler les inscriptions jusqu’à la proclamation des résultats provisoires.

Avez-vous saisi la Cena ?
Mon parti l’a fait. Ce qu’on disait du procureur est aussi valable pour la Cena : elle doit s’autosaisir. En tout cas, le visage qu’elle nous a montré au référendum ne nous inspire aucune confiance. Ce que fait le ministre de l’Intérieur avec les commissions itinérantes, la Cena est au courant et ne l’a pas dénoncé. Ce sont des commissions irrégulières à la limite «ethnicistes». On n’a jamais vu un Président et un régime jouer sur les leviers aussi dangereux et sensibles que la langue et l’ethnie. La Cena est au courant, mais ne dit rien.

Au vu de la configuration que vous avez déclinée du fichier, l’opposition n’a-t-elle pas perdu d’avance les élections législatives du 30 juillet ?
On peut gagner. Macky sera surpris. C’est cela qui justifie la frilosité actuelle du régime. On ne peut pas arrêter la mer avec ses bras. Le Peuple sénégalais va sanctionner ce régime de honte, de mal-gouvernance et toutes ses dérives. L’Apr est passée d’Al­liance pour la République à une autre Apr (Arrestation, prison et restriction). C’est incarné par Abdoulaye Daouda Diallo qui est le ministre de l’Intérieur le plus nul et le plus carrant que le Sénégal ait connu. Il est une honte pour le pays.

Source: lequotidien.sn

PARTAGER

1 Commentaire

  1. le problème du pds n’est pas Macky sall. les querelles internes sont entrain de décimé cette formation politique. On se demande actuellement quelle est l’opportunité de critiquer l’organisation des élections , si on sait que le Pds n’a pas leader légitime , encore moins de candidat assez représentatif pour porter le flambeau du parti. M. ndiaye et ses amis doivent d’abord veiller à réguler leur partis car ils se ridiculisent quotidiennement au grand dame des militants .

Repondre