CAN 2025 – Sénégal-Maroc devant le TAS : pourquoi la reprise du match pourrait peser dans la bataille juridique

Xalima
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Au lendemain de l’audience du 8 octobre 2026 devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), une question demeure au cœur du différend opposant le Sénégal au Maroc : une équipe peut-elle être déclarée perdante par forfait après avoir temporairement quitté la pelouse, alors que l’arbitre a autorisé la reprise de la rencontre et que celle-ci est allée à son terme ? Derrière cette interrogation se joue une confrontation entre l’application des règlements de la Confédération africaine de football (CAF) et la portée juridique des décisions prises par l’arbitre sur le terrain.

La finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 continue de se jouer devant les instances judiciaires du sport. Près de neuf mois après la victoire du Sénégal face au Maroc (1-0 après prolongation), le Tribunal arbitral du sport est appelé à se prononcer sur une décision qui a profondément bouleversé le résultat de la compétition. Le 17 mars dernier, le Jury d’appel de la CAF avait déclaré les Lions de la Teranga perdants par forfait, homologuant une victoire marocaine sur le score de 3-0.

Cette décision repose sur l’application des articles 82 et 84 du règlement de la CAN. Le premier encadre notamment les situations dans lesquelles une équipe quitte le terrain sans l’autorisation de l’arbitre ou refuse de poursuivre une rencontre. Le second prévoit les conséquences sportives attachées à une violation de ces dispositions, notamment la perte du match par forfait.

Pour la Fédération royale marocaine de football, le départ temporaire des joueurs sénégalais, intervenu après l’attribution d’un penalty au Maroc dans les dernières minutes du temps réglementaire, constitue un comportement susceptible d’entraîner l’application de ces dispositions. Cette lecture a été retenue par le Jury d’appel de la CAF, qui a annulé la décision de première instance avant de prononcer le forfait du Sénégal.

Mais le dossier présente une particularité essentielle : la finale ne s’est pas arrêtée au moment où les joueurs sénégalais ont quitté la pelouse. Après une interruption d’environ quatorze minutes, les Lions sont revenus sur le terrain. L’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala a alors autorisé la reprise du jeu. Le Maroc a exécuté le penalty, manqué par Brahim Diaz, avant que la rencontre ne se poursuive jusqu’aux prolongations, au cours desquelles Pape Gueye a inscrit le but victorieux du Sénégal.

C’est précisément cette succession d’événements qui nourrit la contestation sénégalaise. La Fédération sénégalaise de football soutient que l’arbitre, en permettant la reprise de la rencontre et en conduisant celle-ci jusqu’à son terme, a exercé son autorité sur le déroulement du match. Dans cette perspective, l’interruption temporaire ne saurait être assimilée automatiquement à un abandon définitif de la rencontre.

La question dépasse toutefois le simple constat de la reprise du jeu. Le TAS devra déterminer si le comportement des joueurs sénégalais répond aux conditions prévues par l’article 82 et, dans l’affirmative, si l’application de l’article 84 demeure juridiquement justifiée malgré la poursuite de la rencontre. Autrement dit, le fait que l’arbitre ait laissé jouer jusqu’au coup de sifflet final suffit-il à empêcher qu’une instance juridictionnelle prononce ultérieurement un forfait ?

Dans le droit du sport, les décisions prises par l’arbitre sur le terrain bénéficient généralement d’une protection particulière, souvent désignée par l’expression anglaise « field of play ». Ce principe vise à préserver l’autorité de l’arbitre et la stabilité des résultats sportifs. Il ne signifie cependant pas que toutes les conséquences réglementaires d’un incident échappent nécessairement au contrôle des instances disciplinaires ou juridictionnelles.

C’est sur cette distinction que pourrait se concentrer une partie importante de l’analyse des trois arbitres du TAS. D’un côté, le Sénégal peut faire valoir que la rencontre a été régulièrement reprise, disputée jusqu’à son terme et remportée sur le terrain. De l’autre, la décision du Jury d’appel de la CAF repose sur l’idée qu’un comportement contraire au règlement peut entraîner un forfait, indépendamment de l’issue sportive finalement enregistrée.

L’examen de la chronologie des faits, du rapport officiel de l’arbitre, des dispositions applicables et de leur interprétation pourrait ainsi jouer un rôle déterminant. La qualification juridique de l’interruption, notamment son caractère temporaire et les circonstances dans lesquelles le jeu a repris, apparaît comme l’un des enjeux majeurs du dossier.

Une autre interrogation porte sur la portée de la décision initiale de l’arbitre. En autorisant les deux équipes à poursuivre la rencontre, celui-ci a-t-il simplement pris une décision relative à la conduite du match ou a-t-il également écarté, de fait, la possibilité de constater un abandon ? La réponse dépendra notamment des compétences respectives de l’arbitre et des organes de la CAF, telles qu’elles sont définies par les règlements.

La formation arbitrale du TAS devra également apprécier les arguments des parties à la lumière des textes applicables, sans que le seul résultat sportif puisse nécessairement régler le différend. Si la victoire sénégalaise sur la pelouse est incontestable sur le plan factuel, sa reconnaissance juridique constitue précisément l’objet du recours.

L’audience organisée jeudi à Lausanne s’est déroulée à huis clos. Le contenu détaillé des plaidoiries n’a pas été rendu public, ce qui interdit de présenter comme établis l’ensemble des arguments effectivement développés devant les arbitres. Les positions connues des parties et les décisions officiellement publiées permettent néanmoins d’identifier les principales questions soulevées par cette affaire.

En définitive, le litige Sénégal-Maroc pose une question fondamentale pour le football africain : jusqu’où une instance juridictionnelle peut-elle revenir sur le résultat d’une rencontre achevée lorsque des incidents survenus pendant le match sont susceptibles de constituer une violation du règlement ?

Le TAS pourrait confirmer la décision du Jury d’appel de la CAF, l’annuler ou adopter une autre solution juridiquement fondée dans les limites du recours et des demandes dont il est saisi. Chaque hypothèse aurait des conséquences importantes sur l’attribution du titre continental.

En attendant la sentence, dont la date précise n’a pas encore été officiellement annoncée, le dossier reste ouvert. Entre la réalité du terrain, les pouvoirs de l’arbitre et l’application des règlements, les trois arbitres du TAS devront désormais apporter une réponse juridique à une finale qui, depuis le 18 janvier, n’a jamais véritablement cessé de faire débat.

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