Dans le débat passionné autour du déboulonnement de la statue de Faidherbe, l’ancienne Première ministre Aminata Touré y jette son grain de sel. Mais c’est pour endosser la position radicale de ceux qui pensent que les vestiges coloniaux doivent être rayés et remplacés par des symboles d’une Afrique libre, digne et fière. Avec des arguments à la fois sociologiques et historiques, la présidente du Conseil économique social et environnemental justifie, dans une note parvenue à l’As, pourquoi la statue de Faidherbe doit être remplacée par celle de la Reine du Walo.

«Personnellement, je suis tout à fait d’accord avec le mouvement en cours dans le monde entier de défoulement des signes visibles de l’oppression des Peuples noirs. Notre histoire a commencé bien avant la colonisation et bien avant la traite des noirs, et nous avons de quoi être fier de notre histoire»
il est important d’enseigner à notre jeunesse qu’elle a des origines dont elle peut se glorifier.
«Nos ancêtres et nos aînées n’ont jamais cessé de se battre pour leur dignité et quand ils ont été vaincus, ils sont tombés armes à la main. Ils ont aussi remporté de nombreuses victoires contre les oppresseurs. Je suis pour qu’on célèbre les combattants et les héros africains, pas les oppresseurs. C’est pourquoi je suis en phase avec le mouvement panafricain qui veut qu’on enlève des espaces publics les statues et symbole de la colonisation et de l’esclavage. Pas pour laisser les espaces vides mais pour y célébrer nos dignes héros que les jeunes d’aujourd’hui connaissent peu. Il faut se rappeler dans les années 80, la plupart des rues de nos villes baptisées par les colons ont changé de nom.
Ce mouvement doit être revitalisé. Nos morts ne sont pas morts, comme disait l’autre, nos héros ne doivent pas mourir, ils doivent continuer à vivre dans nos cœurs, dans nos cultures, dans nos valeurs, dans nos comportements de tous les jours.
Dans ce contexte, je suis d’avis que la statue de Faidherbe à Saint-Louis soit déboulonnée et remplacée par celle de la dernière Reine du Walo, Ndaté Yalla Mbodji, héroïne de la résistance à la colonisation. Elle a affronté Faidherbe en 1855 à la bataille de Diouloulou. Même si elle fut défaite, elle s’est battue jusqu’au bout avant de s’exiler, et son fils Sidiya Ndaté Yalla Diop continua la lutte.
C’est la succession de ces mouvements de résistance à travers le pays et à travers l’Afrique qui nous vaut notre souveraineté d’aujourd’hui. Il est bon que nos jeunes, tous les jours en passant devant les statuts de nos résistants et nos héros, se rappelle qu’ils doivent faire montre de patriotisme, de courage et de fierté d’être Sénégalais. Ce mouvement de déboulonnement ne se fait contre personne, il se fait pour nous-même, pour rappeler au monde et surtout à nos peuples que nous ne fûmes pas des soumis, bien au contraire nos ancêtres, nos aïeuls ont aimé leur terre et se sont battus contre les envahisseurs et les oppresseurs et nous, leurs héritiers, devons faire preuve de ce même courage pour développer notre pays et le hisser au rang des grandes nations. »

4 Commentaires

  1. Ne faudrait-il pas d’abord démanteler le patrimoine colonial immatériel qui est en nous-mêmes ? En rebaptisant les lycées et collèges du nom de nos illustres intellectuels religieux Cheikh El Hadj Oumar Foutiyou TALL, Cheikh Ahmadou Bamba MBACKÉ, Cheikh Seydi El Hadj Malick SY, Cheikh Limamoulaye, l’Etat a voulu certes les honorer, mais en y excluant systématiquement leur idéologie, au profit d’une autre fondamentalement différente – celle de ceux qui les ont combattus et “vaincus” ; cela ne pouvait être considéré que comme un saupoudrage, voire une farce.
    Actuellement, la mode est au « démantèlement » des vestiges de la colonisation ; et tout laisse croire que cela ne marquera pas de rupture décisive dans le processus de parachèvement de notre décolonisation tant que l’idéologie laïque que nous a inculquée le colonisateur ne sera pas « déboulonnée ».
    Oui, nos hommes politiques et intellectuels, d’une manière générale, formés à l’école laïque de Jules Ferry, ont été configurés pour être, consciemment ou non, les continuateurs du colonisateur ; il leur a inculqués de façon indélébile que la religion doit être une affaire strictement privée qu’il convient donc de séparer de la gestion de la cité ; et véritablement, c’est là une erreur gravissime, voire fatale, qui, plus de cinquante ans après notre accession à l’indépendance, continue de compromettre toutes nos velléités d’émergence ou de développement. Oui, du fait de notre option laïque, nous sommes condamnés à un échec infernal (désillusion sur désillusion, et génération après génération) – rançon de notre incrédulité ou de notre hypocrisie ; nous devons donc assumer notre choix qu’aucune espèce de sagesse ne pourrait justifier.
    En effet, en cautionnant une Constitution qui exclut totalement Dieu dans la gestion de notre pays, nous avons délibérément choisi la voie de la perdition. Oui, dans l’article 1er de notre Constitution, il est mentionné que notre République est laïque – c’est à dire qu’elle respecte toutes les religions – ce qui est une bonne chose -, mais s’interdit de s’en inspirer ; pour ces républicains (laïcs), le Coran et les autres Livres Sacrés (Thora et Évangile) n’ont aucune espèce d’importance ; bref, pour eux, Dieu n’a pas sa place dans la République ! De plus, cette même Constitution, en son article 4, interdit la formation de partis politiques se réclamant d’une confession (religion), tels les partis ‘’démocrates-chrétiens’’ observés pourtant dans les ‘’grandes démocraties’’ (Allemagne, entre autres) ; dans notre pays, il est autorisé pour un parti politique de s’inspirer de Karl Marx et Lénine, mais il est par contre formellement interdit de s’inspirer du Prophète Mouhammad (PSL) qui notre modèle parfait et éternel maître à penser. Et il s’agit-là indéniablement d’une violation manifeste de la liberté d’opinion qui est le premier pilier des droits de l’Homme. Et à l’évidence, notre pays ne sera jamais une véritable démocratie tant que les dispositions restrictives imposant la laïcité ne seront pas abrogées. Oui, la laïcité ne se décrète pas ; c’est une question de rapport de forces – Que les démocrates le reconnaissent !!! Et un débat sur la laïcité s’impose absolument ; c’est une voie obligée pour réorienter notre pays sur la véritable voie de l’émergence !!!

  2. En realite la decolonisation doit etre d abord ideologique quelque soit le maitre exogene. Un colon dit Hamadou Hampate Ba : c est celui
    qui dit que  » tu n es rien soit comme moi ». La colonisation n est pas seulement occidentale mais aussi arabo-berbere, chinoise, turque… Elle s est faite avec subtilite meme si le depart physique est acquis.
    Des forces « d interventions mentales » sont encore la pour nous faire avaler la couleuvre.
    A quoi sert de deboulonner une statue lorsque nous ne voulons pas nous liberer mentalement de tout asservissement ?
    Revenons a nos realites positives et a notre passe glorieux.
    L Egypte Antique et Sumer
    Wassalam

  3. Comment glorifier des gens qui ont assassiné, déporté et déraciné tout un peuple.
    Quand j’entends dire que la colonisation est un mal nécessaire…… J’ai envi de vomir.

  4. Tous ceux qui demandent de déboulonner la statue de Faidherbe, j’espère que pour être honnêtes et logiques avec vous-mêmes, vous demanderez aussi qu’on rase la ville de Saint-Louis et qu’on détruise aussi le Pont Faidherbe… Tu ne peux pas rejeter radicalement quelqu’un et manger goulûment le plat qu’il te donne… pays de nafèkhes…

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