1)      Analyse du contexte de ces nouvelles réticences.

A l’approche de l’échéance fatidique du 1er juillet 2020  que les  Chefs d’Etat de la CEDEAO  s’étaient fixée pour la création de l’ECO, avec la mise en place d’une Banque Centrale Fédérale qui devrait désigner un panier de devises auquel la nouvelle monnaie allait être arrimée par une parité flexible, des réticences se font encore jour de la part du Nigéria.

En effet, le Nigéria avait mis comme préalable à la création de la monnaie commune CEDEAO, la sortie des pays de l’UEMOA de la Zone Franc, et les économistes y ajoutaient des critères de convergence issus du Consensus de Washington, à satisfaire par les Etats concernés.

Ce sont ces deux  exigences qui ont fait naître un «  climat Eco scepticisme » qui rendait peu crédible l’avènement de cette monnaie commune, et mettait en dérision l’échéance du 1er juillet  pour sa création.

Mais voilà, sans tambour ni trompette, les Chefs d’Etat de l’UEMOA, le 21 décembre 2019, par la voix de leur Président en exercice, le Président OUATTARA de Côte d’Ivoire, annonçaient le démarrage de sortie de la Zone franc et l’adoption de l’ECO à la place du CFA à la date prévue par les Chefs d’Etat de la CEDEAO, le 1er juillet 2020 !

Cette décision mit en branle toute une multitude d’économistes, dont des africains , des  universitaires et de la société civile bien en  vue, pour tenter de présenter cette décision comme un « non évènement », et l’Eco adopté, comme « un avatar du CFA », pour entretenir le préjugé du Nigéria sur l’incapacité des Chefs d’Etat de l’UEMOA de rompre avec leur dépendance monétaire vis à vis de la France et de la Zone Euro.

C’est ainsi que la décision de mettre fin à l’obligation de déposer 50%  de ses réserves extérieures dans un Compte d’opération du Trésor Français,  d’y retirer toutes leurs réserves pour les placer dans les comptes de la BCEAO, et du retrait de tous les représentants de la France des organes de gouvernance de la BCEAO et de la nouvelle monnaie, est présentée à l’opinion comme des «  manœuvres de la France » pour pouvoir continuer à contrôler la monnaie commune CEDEAO, ou d’empêcher son avènement.

Ils ont fondé leurs critiques sur le fait que la France ait accepté de continuer à garantir la parité fixe de la nouvelle monnaie avec l’Euro, et à fournir la BCEAO en Euros en cas de besoins.

Ces critiques préconisaient une cessation immédiate de cette garantie comme preuve de rupture totale avec la France, en se taisant sur les risques de plonger les économies des pays de l’UEMOA dans la tournante,  face à une dévaluation brutale de la nouvelle monnaie et l’accélération de la fuite des capitaux qui en découleraient.

Une telle sortie brutale de la Zone Franc allait compromettre pour longtemps l’avènement de la monnaie commune.

Surtout,  ils ont fait semblant d’ignorer le fait que la France  n’aurait pas  accepté cette garantie  si les Etats de l’UEMOA avaient retiré leurs réserves d’or logées dans la Banque de France, en même temps que leurs réserves en devises  du Trésor Français !

Heureusement pour les Etats de l’UEMOA, la crise de la pandémie du coronavirus est venu prouver à quel point,  il est nécessaire de garder cette garantie de la France, pour leur  permettre de ne pas rajouter à leur crise budgétaire,  une crise monétaire qui les précipiterait dans la récession.

C’est ainsi que  le PIB  de l’Union  été évalué à 3,3%, au premier trimestre 2020 au début de la pandémie,  et est projeté à 2,6% pour toute l’année, contre une prévision initiale de 6,6% ! 

 Le taux d’inflation dans la zone UEMOA s’est établi, en glissement annuel, à 1,5% à fin avril, après 1,3% pendant le mois précédent, comme l’a  indiqué le Bulletin des statistiques de la BCEAO.

Par contre, le Nigéria qui a à gérer à la fois une crise budgétaire et une crise monétaire est  plongé  dans la récession avec un PIB  qui devrait se situer  cette année à moins  3,4 %.

Jusqu’à présent, la Banque Centrale Nigériane cherche à éviter de laisser flotter le naira en le  soutenant à un taux fixe en puisant sur ses réserves de change les ramenant  aujourd’hui, à 36 milliards de dollars.  

Mais la chute des prix du pétrole qui continue, le Nigéria s’approchent du seuil clé de 30 milliards de dollars fixé par le patron de la banque centrale.

Dans un pays qui vit déjà une inflation de  12,4%  au mois de mai, contre 12,34% en avril,  la chute continue du baril  pourrait obliger les autorités à mettre en place un régime de change régi par le marché,  qui va entrainer une hyper inflation porteuse d’implosion sociale, qui ajournerait  encore longtemps la création de l’Eco.

’Nous devons procéder avec prudence et respecter le processus convenu pour atteindre notre objectif collectif tout en nous traitant les uns les autres avec le plus grand respect. Sans cela, nos ambitions pour une Union monétaire stratégique en tant que bloc de la Cedeao pourraient très bien être sérieusement menacées’’.

2)      Les justifications données par le Nigéria

 Dans une correspondance du 11 février 2020, adressée aux Chefs d’Etat de l’UEMOA,  le Président du Nigéria  a « sollicité une prolongation du délai pour le lancement de la monnaie unique », qui devrait intervenir le 1er juillet 2020 comme convenu avec tous les Chefs d’Etat de la CEDEAO.

.Il justifie sa requête par le fait  que « les critères de convergence n’ont pas été remplis par la majorité des pays », et le  Président de Guinée  Alpha Condé de préciser lors d’une vidéo conférence  ce mardi 23 juin avec ses homologues  Zone monétaire Ouest Africaine qu’il partage avec le Nigéria entre autres,  tout en étant d’accord avec son homologue  a précisé  que « nous devons avoir la possibilité de l’appliquer soit avant le 5 décembre 2020, soit de nous donner une marge » !

Ce n’est  donc plus la dépendance monétaire des pays de l’UEMOA qui bloque la création de la monnaie commune de la CEDEAO, l’Eco le 1er juillet 2020, comme nombre d’économistes et d’universitaires l’ont soutenu après la décision historique du 21 Décembre 2019 ds Chefs d’Etat de l’UEMOA évoquée plus haut, mais c’est la «  non atteinte des critères de convergence par la plus part des Etats de la CEDEAO » !

Il devient donc clair qu’ en s’accrochant au «  respect des critères de convergence »  pour créer l’Eco CEDEAO le 1er juillet 2020, qui, pourtant,  a empêché jusqu’ici, la « Zone Monétaire Ouest Africaine » (ZMOA) de se doter d’une monnaie commune, le Nigéria prouve qu’il n’est pas encore prêt à consolider l’intégration économique de pays membres de la CEDEAO, par l’adoption d’une monnaie commune, suite à l’adoption d’un « Tarif Extérieur Commun » !

Le Nigéria rejoint ainsi les «  Eco – pessimistes » qui dès le départ ont théorisé l’impossibilité de la création de cette monnaie commune à cause des «  critères de convergence » issus du «  Consensus de Washington » qui limitent arbitrairement le déficit budgétaire à 3%, le taux d’Inflation à 3%, le taux d’endettement extérieur à 70% du PIB, la Masse salariale à 25% des Recettes fiscales.

Le respect de ces critères dont se nourrit le Capitalisme libéral que ne s’appliquent pas les Etats Unis, ont tellement détruit les services publics de Santé,  d’Education et de Transports au profit du privé, que même les grandes puissances européennes ont dû les suspendre pour tenter de faire face à la pandémie.

En Afrique, ces «  critères de convergence »  freinent toute perspective  de résorption de nos lourds déficits en Infrastructure, notamment de Transport routier et ferroviaire !

Les Etats de l’UEMOA ont donc saisi l’opportunité qu’offre la pandémie pour à leur tour suspendre sine die  ces «  critères de convergence » qui ont longtemps freiné leur développement et la consolidation de leur intégration économique/

Il est donc étonnant que le Nigéria  se refuse d’exploiter cette opportunité pour libérer son Economie de ces freins, mais cherche à imposer leur respect par tous les pays de la CEDEAO avant de créer l’Eco !  

Même le Président de Guinée, en demandant le report de la création de l’Eco du 1er juillet au 5 Décembre 2020, est conscient qu’il est impossible de faire respecter par la majorité des Etats,  ces « critères de convergence », prouvant ainsi que les réticences du Nigéria sont infondées !

Ces critères de convergence n’ont pas été un préalable pour créer la Zone Franc pour se doter d’une monnaie commune, le Fr CFA,  ni pour créer l’Euro Zone au sein de l’Union Européenne,  pour se doter d’une monnaie commune,  l’Euro.

3)      Conclusion

ourquoi  devrions- nous donc  faire de ces obstacles artificiels, un préalable impossible à satisfaire,  pour doter la CEDEAO d’une monnaie commune l’Eco ?

Ceux qui n’ont jamais voulu d’une CEDEAO forte,  puisque économiquement, monétairement et militairement intégrée, en l’occurrence, la France et l’Allemagne, sont en train de réussir, avec les nouvelles réticences du Nigéria, leur but,  qui est d’empêcher qu’elle réduise leurs influences dans les Etats membres, et se présente en concurrent sérieux dans le vaste marché africain intégré par la création de la «  Zone de Libre Echange Economique Continentale » (ZLECA).

Les pan- africanistes de la CEDEAO, notamment du Nigéria et des autres pays de la ZMOA, en rapport avec ceux de l’UEMOA, devraient se rassembler et se  mobiliser,   pour empêcher que les «  Eco-sceptiques » ne l’emportent.

La pandémie du Civd-19 nous donne l’opportunité historique de nous libérer des freins à notre développement et à notre intégration !

 Ne la ratons pas !

                                   Ibrahima Sene PIT/SENEGAL

                                          Dakar le 26 juin 2020

1 Commentaire

  1. Le seul mérite de macky sall c’est d’avoir montré le vrais visage de certaines personnes. Comment Ibrahima Sene peut-il être un défenseur du néocolonialisme ? Avec macky les traîtres sont découverts.

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