Le Sénégal est en proie à une crise de bêtise, de crédulité et de bestialité trop évidente. La vérité est trop sévère. On peut affirmer sans crainte d’être démenti, que la rigueur s’affaisse, le temps de l’effort et de la réflexion s’amenuisent au profit de l’agitation. Le refus du dépas- sement s’éloigne.

La prolifération de la violence verbale et comportementale a fini par installer le désordre dans l’espace public et au sein de nos institutions. 

Le malaise nous paraît trop réel et sérieux pour que ce texte débute par un ton : celui de la gravité et un mot d’ordre : l’action.    

En effet, tout silence devient lourd de sens et de conséquences.

Cette violence nous interpelle furieusement. Elle n’est pas fondatrice. Au surplus, elle ne peut être l’horizon politique du Sénégal.  

Pour détester quelqu’un, une politique ou une opinion, on n’est pas condamné à perdre toute décence.

Les invectives et les injures sont flétrissables, elles ne servent à rien, sauf à dégrader davantage la personne qui les prononce.

Laissons les fioritures qui masqueraient la vérité pour nommer les choses.

C’est pourquoi, nous avons choisi le pari de l’aristocratique plaisir de déplaire. Simplement pour ne pas juger en amateur.

La normalité démocratique, l’écoute républicaine, la discussion avant l’action, les considé-

rations plutôt que le mépris, une série d’exigences et de principes aux orties.

Il y a une dégradation constante de la politesse singulière et de l’urbanité collective dans l’univers politique. Plus de sanctuaire. Plus de tabou.

Le peuple hurle son indignation : « je ne reconnais plus le Sénégal.» 

Si pacifiquement réputé, il est aujourd’hui réduit à vomir son zénith de dédain.     

Le Sénégal ne doit pas être un théâtre de boulevard où la politique n’est que comédie, où l’on alterne tous les rôles. Le peuple amusé attend désormais d’être représenté avec sérieux et respect. 

Les Sénégalais ne sauraient se satisfaire trop longtemps d’une irresponsabilité destructrice. Des individus qui agissent, énervent, exaspèrent, ne sachant séduire, convaincre, voire au moins transformer des écarts de conduite en stratégie.

On doit rester un pays de tempérance avec un peuple doté de ses normes, de ses limites et de ses devoirs.

Le Sénégal est une idée qui s’incarne dans la volonté de vivre ensemble avec une histoire et un projet . Cela requiert un fonds commun : l’attachement à la communauté nationale, à la dignité de la personne, à la survie de la société et des libertés, même aux changements de majorité politique.

Nous pensons qu’il faut nécessairement mépriser les gens parfois sans avoir le sentiment même avec une bonne conscience, pour s’employer à les réduire à leur place.   

Si la prévention et l’explication sont vaines pour ces types d’individus, reste l’ordre.

Devant la violence de leurs dérives ordurières de la liberté d’expression qui nous envahit de  jour en jour, on ne doit pas céder aux pires tentatives populistes qui nous ramèneraient au temps de l’obscurantisme. 

Les alternances politiques ont accéléré des carrières, souvent offertes sans même attendre le tour des saisons.. En conséquence, les hautes fonctions ne reviennent par une règle établie aux premiers de la classe. Les tacleurs, les empêcheurs de tourner en rond et les énergumènes ont raflé la mise. En guise de reconnaissance, le verbe est devenu haut et sot. 

Il nous appartient de leur rappeler haut et fort qu’en République, il faut de la tenue et de la retenue.

La sagesse rapporte que: « si les femmes sont moins nombreuses en politique, c’est parce qu’elles ont davantage peur du ridicule que les hommes.»     

Il est urgent de redresser la barre, d’où la nécessité impérieuse de sortir de ce climat délétère et de placer l’intérêt général au cœur des préoccupations nationales.

Lorsqu’il y a un déclin moral de cette ampleur, les responsabilités sont à définir, si aucune conséquence n’en est tirée au niveau de l’organisation du pouvoir, c’est un drame pour les citoyens, pour la conscience civique. 

Fini le bal. Sifflons la fin de la récréation. Car l’opéra devient tragique. 

Nos concitoyens n’entendent plus voir l’intérêt et le prestige du Sénégal abîmés. Ils exigent que notre pays garde son rayonnement pour ne jamais cesser d’être en Afrique, un modèle et une exception.   

 Nous devons donc faire preuve d’une volonté de refus qui introduirait partout la raison  avec ce ton qui sonne comme un élément à charge contre ceux qui , sous nos yeux, infantilisent nos institutions, distillent la culture du mépris, de peur et de force.

Il est encore temps de revenir à une perception d’une République sereine et forte de ses talents. 

Le plus grand malheur qui pourrait arriver ainsi à ce pays du fait de la responsabilité des républicains, des citoyens, serait par intérêt ou par dégoût, par une sorte de remords ou de pusillanimité aussi, d’avoir mal usé de sa liberté, il se laisse doucement enfermer dans un in-sensé silence.  

                                               Mamadou DIALLO   

                                           Avocat au Barreau de Paris

                                                    docteur en droit

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