Patrimoine bâti de l’État : deux villas attribuées à l’ancien procureur Bassirou Guèye pour 100 000 FCFA par mois, Macky Sall cité devant les députés

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Xalima – L’audition de Yaya Abdoul Kane, ancien Directeur général de l’Agence de gestion du patrimoine bâti de l’État (AGPBE), puis de la Société nationale de gestion et d’exploitation du patrimoine bâti de l’État (SOGEPA), a fait émerger de nouveaux éléments sur les conditions d’attribution de certains biens immobiliers publics sous le régime de Macky Sall. Devant la Commission d’enquête parlementaire, ce jeudi 8 octobre 2026, l’ancien responsable a notamment évoqué le cas de Serigne Bassirou Guèye, ancien procureur de la République et ancien président de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), qui aurait bénéficié de deux villas situées au Point E dans le cadre de baux emphytéotiques de 99 ans.

Selon les déclarations rapportées de Yaya Abdoul Kane, les deux villas auraient été attribuées à l’ancien procureur moyennant un loyer mensuel de 100 000 francs CFA. L’ancien Directeur général a également affirmé que cette décision faisait suite à des instructions de l’ancien président de la République, Macky Sall. Ces révélations interviennent alors que les députés cherchent à comprendre les mécanismes ayant permis la mise à disposition de biens appartenant à l’État au profit de particuliers.

Deux villas au Point E et des baux de 99 ans

Le cas de Serigne Bassirou Guèye a particulièrement retenu l’attention au cours de cette audition. D’après les informations rapportées par plusieurs médias, l’ancien procureur aurait bénéficié de deux villas situées dans le quartier résidentiel du Point E, à Dakar, dans le cadre de conventions emphytéotiques conclues pour une durée de 99 ans.

Le montant mensuel évoqué, fixé à 100 000 francs CFA pour les deux biens selon les comptes rendus publiés, soulève des interrogations sur les critères utilisés pour déterminer la contrepartie financière de cette attribution. Le Point E figure parmi les quartiers résidentiels de Dakar où les biens immobiliers peuvent représenter une valeur importante.

Interrogé sur l’origine de la décision, Yaya Abdoul Kane a expliqué que la SOGEPA avait reçu des instructions de l’autorité supérieure pour accorder le bail à Serigne Bassirou Guèye. Invité à préciser l’identité de cette autorité, il a désigné le président de la République de l’époque, Macky Sall.

Ces déclarations placent ainsi l’ancien chef de l’État au centre des interrogations concernant le processus de décision, sans pour autant établir à ce stade une quelconque responsabilité pénale ou une irrégularité définitivement constatée.

La Présidence intervenait dans l’attribution de certains baux

Au-delà du cas de l’ancien procureur, Yaya Abdoul Kane a décrit un fonctionnement dans lequel la Présidence de la République intervenait régulièrement dans l’initiative d’octroi de baux emphytéotiques. Selon ses explications, certaines décisions étaient prises à la suite de recommandations ou d’instructions émanant de l’autorité présidentielle.

L’ancien Directeur général a indiqué avoir signé 14 baux au cours de sa période de responsabilité à la SOGEPA. Parmi ces conventions, trois ou quatre auraient été résiliées avant son départ, notamment après des recommandations visant à privilégier des modes de valorisation plus avantageux pour les intérêts financiers de l’État.

La question de la rentabilité des conventions apparaît ainsi comme un élément central du dossier. Pour les parlementaires, il s’agit notamment de déterminer si les conditions financières et juridiques des contrats conclus permettaient de préserver les intérêts patrimoniaux de la puissance publique.

Des contrats contestés à la Cité Fayçal, à Mermoz et à Fann

Les investigations ne se limitent pas aux villas attribuées à Serigne Bassirou Guèye. Yaya Abdoul Kane est également revenu sur plusieurs conventions concernant des biens immobiliers situés à la Cité Fayçal, à Mermoz et à Fann.

Selon l’ancien responsable, certains contrats présentaient des anomalies juridiques, notamment en raison de l’absence d’approbation formelle par décret présidentiel. D’autres auraient connu des difficultés liées au non-respect des délais d’exécution prévus dans les conventions.

Face à ces situations, la SOGEPA aurait recommandé la résiliation de plusieurs contrats considérés comme non conformes ou insuffisamment avantageux pour l’État. Reste à établir quelles recommandations ont effectivement été suivies et dans quelles conditions les biens concernés ont pu être récupérés ou réaffectés.

Un patrimoine immobilier passé de 192 à près de 2 000 bâtiments recensés

L’audition a également permis de revenir sur l’état de connaissance du patrimoine immobilier public lorsque Yaya Abdoul Kane a pris ses fonctions en 2019. Selon ses déclarations, seuls 192 bâtiments figuraient alors dans la base de données disponible.

Un travail de recensement engagé par la suite aurait permis d’identifier environ 2 000 bâtiments. Cet écart important met en évidence les difficultés auxquelles l’administration était confrontée pour disposer d’une cartographie complète des biens immobiliers appartenant à l’État.

La question de l’inventaire apparaît d’autant plus importante que la méconnaissance du patrimoine peut compliquer le contrôle des occupations, le suivi des contrats et la mise en œuvre d’une politique cohérente de gestion immobilière.

35 milliards de FCFA d’arriérés de loyers avant 2019

Autre point abordé devant la Commission : le poids des charges locatives supportées par l’État. Selon Yaya Abdoul Kane, les arriérés de loyers accumulés avant 2019 représentaient environ 35 milliards de francs CFA.

Ce montant illustre les difficultés financières associées au recours aux immeubles privés pour abriter les administrations et certains services publics, alors que l’État disposait parallèlement d’un patrimoine immobilier important.

La transformation de l’AGPBE en SOGEPA devait notamment contribuer à améliorer la gestion de ces actifs, à réduire la dépendance aux locations privées et à développer des mécanismes de valorisation permettant une exploitation plus efficace des biens publics.

L’ancien responsable n’a toutefois pas fourni, dans les éléments disponibles de son audition, un bilan chiffré complet des économies réalisées ou des arriérés effectivement apurés.

Le cas Bassirou Guèye relance le débat sur la transparence des attributions

La présence du nom de Serigne Bassirou Guèye dans cette enquête parlementaire donne une résonance particulière au dossier. Ancien procureur de la République près le tribunal de Dakar, il a ensuite dirigé l’OFNAC, institution chargée de contribuer à la prévention et à la lutte contre la fraude et la corruption.

Les informations rendues publiques ne permettent cependant pas de conclure que l’ancien magistrat aurait commis une infraction ou bénéficié d’un avantage illégal. L’appréciation de la régularité des conventions nécessite l’examen des contrats, des décisions administratives et des dispositions juridiques applicables.

La Commission devra notamment déterminer les conditions exactes de l’attribution des deux villas, la justification du montant du loyer, la nature des instructions évoquées par Yaya Abdoul Kane et les éventuelles démarches entreprises pour réexaminer ces conventions.

La version de Serigne Bassirou Guèye, tout comme celle de Macky Sall concernant les instructions qui lui sont attribuées, demeure également importante pour établir l’ensemble des circonstances de cette affaire.

Au-delà de ces deux villas, les travaux parlementaires posent une question fondamentale : comment l’État sénégalais a-t-il géré, concédé et valorisé son patrimoine immobilier au cours des dernières années, et quels mécanismes de contrôle ont permis de garantir que les biens publics étaient administrés dans l’intérêt général ?

Les conclusions de la Commission d’enquête devraient permettre d’apporter de nouveaux éclairages sur ces pratiques, sur les responsabilités des différents intervenants et sur les mesures nécessaires pour renforcer la transparence dans la gestion du patrimoine bâti de l’État.

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