Xalima News – La gestion du patrimoine immobilier de l’État sénégalais continue de livrer ses zones d’ombre. Auditionné jeudi 8 octobre 2026 par la Commission d’enquête parlementaire, l’ancien directeur général de la SOGEPA, Elimane Pouye, est revenu sur les insuffisances du suivi des bâtiments publics, les conditions de certains baux emphytéotiques et les opérations engagées pour préserver les intérêts de l’État. Selon son bilan, la valeur des actifs récupérés, revalorisés ou renégociés dépasse 25 milliards de FCFA.
Devant les députés, Elimane Pouye, qui a dirigé la Société nationale de gestion et d’exploitation du patrimoine bâti de l’État de mai 2024 à septembre 2026, a dressé un état des lieux de la gestion immobilière publique. Son audition a notamment mis en évidence les difficultés rencontrées par l’administration pour disposer d’une connaissance précise de ses biens, mais aussi les conséquences de certaines conventions conclues avec des opérateurs privés.
L’un des premiers constats concerne le recensement du patrimoine national. À son arrivée à la tête de la SOGEPA, les estimations faisaient état d’environ 2 200 bâtiments publics, dont près de 1 600 situés à Dakar. Toutefois, selon ses explications, ces chiffres ne reposaient pas sur une documentation foncière et juridique suffisamment consolidée pour garantir une maîtrise complète des propriétés de l’État.
Pour remédier à cette situation, la société a engagé un travail d’identification et de sécurisation des biens immobiliers. Cette démarche a notamment permis de constituer 520 dossiers fonciers complets dans le périmètre de Dakar-Plateau. Un résultat présenté comme une avancée dans la connaissance du patrimoine public, même si la centralisation de l’ensemble des informations demeure inachevée.
Des baux emphytéotiques aux conditions contestées
La question des baux emphytéotiques a occupé une place importante dans les échanges. L’audit de 19 contrats a fait apparaître, selon l’ancien directeur général, plusieurs anomalies dans les conditions de mise à disposition de terrains et de bâtiments publics à des partenaires privés.
Certaines conventions ne garantissaient pas de contreparties suffisamment avantageuses pour l’État, alors que les opérations concernées portaient sur des biens immobiliers parfois situés dans des zones particulièrement recherchées de Dakar. Ces constats ont conduit la SOGEPA à engager une révision de plusieurs engagements contractuels.
Cette démarche s’est traduite par la suspension de certains contrats, la renégociation d’autres conventions et l’engagement de procédures visant à obtenir des annulations ou des résiliations. L’objectif, selon les explications fournies aux parlementaires, était de rétablir les intérêts patrimoniaux de l’État dans des opérations dont les conditions initiales étaient jugées défavorables.
Les investigations ont également porté sur les actes de cession, le recours à certaines dispositions législatives anciennes ainsi que les opérations de démolition et de reclassement de bâtiments publics. Autant de pratiques dont les fondements administratifs et juridiques constituent désormais des éléments importants du travail de la Commission d’enquête.
Astra 1 : 50 appartements évalués à plus de 15 milliards de FCFA
Parmi les dossiers évoqués, le projet immobilier Astra 1, situé sur la Corniche de Dakar, figure au premier plan. Selon Elimane Pouye, la renégociation des engagements liés à cette opération aurait permis à l’État d’obtenir la rétrocession de 50 appartements, pour une valeur estimée à plus de 15 milliards de FCFA.
Cette opération illustre les enjeux financiers associés à la valorisation du patrimoine public. Elle montre également l’importance des contreparties négociées lorsque l’État met des actifs fonciers ou immobiliers à la disposition d’investisseurs privés.
D’autres dossiers ont été abordés au cours de l’audition, notamment ceux de Steller Mermoz, de Fan Résidence et de l’ancien ministère de l’Éducation à Fleurs de Lys. Ces sites font partie des opérations examinées dans le cadre de la sécurisation et de la préservation des propriétés publiques.
Au total, l’ancien responsable de la SOGEPA estime à plus de 25 milliards de FCFA la valeur des actifs immobiliers récupérés, revalorisés ou renégociés au profit de l’État. Ce montant représente une estimation patrimoniale des opérations concernées et ne doit pas être assimilé à des recettes directement encaissées par le Trésor public.
Une gestion immobilière confrontée à des faiblesses structurelles
Au-delà des montants annoncés, l’audition a mis en évidence des difficultés persistantes dans l’administration du patrimoine bâti. L’absence d’une base de données exhaustive et centralisée complique notamment l’identification des biens appartenant à l’État, le suivi de leur situation juridique et la vérification des conditions dans lesquelles ils sont occupés ou exploités.
Elimane Pouye a également attiré l’attention sur les délais observés dans la mise à jour des droits réels auprès de la Conservation foncière. Ces lenteurs peuvent fragiliser la sécurisation juridique des actifs publics et compliquer les démarches engagées pour leur récupération.
Face à ces insuffisances, l’ancien directeur général a plaidé pour une plus grande transparence dans la gestion immobilière publique. Il a notamment recommandé la publication du Tableau général des propriétés bâties de l’État (TPBE) et la mise à disposition de la liste exhaustive des arrêtés de cession définitive.
Ces mesures permettraient de disposer d’une vision plus précise des biens de l’État, de leurs occupants et des décisions administratives ayant modifié leur statut juridique.
La Commission poursuit ses investigations
L’audition d’Elimane Pouye s’inscrit dans une série d’investigations parlementaires consacrées aux conditions de cession et d’exploitation du patrimoine immobilier public. La Commission s’intéresse particulièrement aux opérations susceptibles d’avoir été réalisées dans des conditions irrégulières et aux responsabilités administratives qui pourraient en découler.
Les députés ont également inscrit à leur programme les auditions d’autres anciens responsables du patrimoine bâti, notamment Yaya Abdoul Kane et Abdou Karim Fofana, afin de retracer les décisions prises au cours des différentes périodes de gestion.
Au-delà des irrégularités signalées, ces travaux soulèvent une question centrale : comment un patrimoine immobilier aussi important a-t-il pu être administré sans un dispositif documentaire et juridique suffisamment consolidé ?
Les conclusions de la Commission devront permettre de mieux établir les circonstances des opérations contestées, d’apprécier les responsabilités éventuelles et de déterminer les mesures nécessaires pour garantir une gestion plus rigoureuse des biens immobiliers appartenant à l’État.




























