Les inondations récurrentes au Sénégal constituent un défi majeur pour nos populations, nos collectivités territoriales et notre économie. Au-delà des dégâts matériels et des souffrances humaines, elles interrogent notre manière d’aménager l’espace, de planifier l’urbanisation et de gérer les ressources naturelles face aux effets du changement climatique.
Pour nous, la réponse à cette problématique exige une approche globale, anticipative et durable, fondée sur la prévention des risques, une meilleure maîtrise de l’urbanisation, le renforcement des infrastructures et la valorisation des eaux pluviales.
Urbaniser autrement pour prévenir durablement les inondations
Nous saluons les efforts engagés en faveur d’une meilleure politique d’urbanisation et d’aménagement des territoires par le Ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires, M. Moussa Balla FOFANA. La maîtrise des inondations est indissociable d’une planification territoriale rigoureuse, capable d’anticiper les risques plutôt que de subir leurs conséquences.
L’occupation des zones inondables, l’obstruction des voies naturelles d’écoulement, l’imperméabilisation des sols, la dégradation du couvert végétal et l’insuffisance ou le défaut d’entretien des ouvrages de drainage contribuent à aggraver les conséquences des fortes pluies.
Il devient donc indispensable de renforcer la cartographie des zones à risque, le respect des plans d’urbanisme, le contrôle des lotissements et l’intégration systématique des études hydrologiques et environnementales dans les projets d’aménagement. Les bassins de rétention, les canaux de drainage et les autres infrastructures d’assainissement doivent être conçus selon les réalités de chaque territoire et faire l’objet d’un entretien régulier.
Cette politique doit reposer sur une coordination renforcée entre l’État, les collectivités territoriales, les services techniques, les acteurs privés et les communautés. Elle doit également préserver les voies naturelles d’écoulement et favoriser, lorsque cela est possible, la restauration des écosystèmes qui contribuent à réguler les eaux.
Anticiper les risques et renforcer la résilience des populations
La lutte contre les inondations ne peut plus reposer essentiellement sur les interventions d’urgence. Elle doit s’appuyer sur des dispositifs d’anticipation mobilisant les prévisions météorologiques, les systèmes d’alerte précoce et les mécanismes de protection des populations les plus vulnérables.
Des comités locaux de veille, des circuits d’alerte efficaces et une meilleure préparation des communautés permettraient de réduire les pertes humaines et matérielles. Dans les zones exposées, des mesures préventives pourraient inclure la sécurisation des biens, la protection du bétail et un soutien anticipé aux ménages et aux exploitants agricoles menacés.
Par ailleurs, des mécanismes de financement préarrangés et des dispositifs d’assurance climatique adaptés pourraient contribuer à mobiliser rapidement des ressources lorsque certains seuils de risque sont atteints. Leur mise en œuvre devrait reposer sur des règles transparentes, des données fiables et une attention particulière aux besoins des populations vulnérables.
La résilience climatique est ainsi une responsabilité partagée qui nécessite la mobilisation des pouvoirs publics, des partenaires techniques et financiers, des collectivités et des citoyens.
Transformer les eaux pluviales en ressources pour notre souveraineté alimentaire
Il faudrait défendre également une orientation complémentaire : ne plus considérer les eaux pluviales uniquement comme une menace à évacuer, mais aussi comme une ressource à collecter, stocker et valoriser lorsque les conditions le permettent.
Une politique intégrée de gestion des eaux pluviales pourrait contribuer simultanément à la prévention des inondations, à la sécurisation des activités agricoles et au renforcement de notre souveraineté alimentaire.
Au nord du Sénégal, notamment dans la vallée du fleuve, la collecte des eaux de ruissellement pourrait compléter, dans des conditions maîtrisées, les ressources nécessaires à la riziculture. Au centre du pays, des bassins de rétention, des micro-retenues et des techniques de conservation de l’humidité des sols pourraient contribuer à sécuriser certaines productions agricoles.
Au sud, la réhabilitation des bas-fonds rizicoles, la restauration de petits ouvrages hydrauliques et la récupération des eaux de pluie pourraient soutenir la riziculture et l’arboriculture, notamment la culture de l’anacarde. Une meilleure gestion de l’eau pourrait ainsi favoriser l’installation des jeunes plants, limiter les effets des périodes sèches et améliorer la résilience des exploitations.
Ces solutions doivent naturellement être précédées d’études hydrologiques, agronomiques et environnementales afin de déterminer les volumes mobilisables, les besoins des cultures et les impacts éventuels en aval. La qualité de l’eau, la sécurité des ouvrages et la préservation des écosystèmes doivent demeurer des exigences essentielles.
L’objectif est de développer, selon les spécificités territoriales, des aménagements capables de remplir une double fonction : protéger les populations contre les inondations et soutenir une agriculture plus productive et résiliente.
Faire de la prévention une priorité nationale et territoriale
Cette contribution s’inscrit dans le prolongement de la conférence en ligne organisée par le Mouvement PROGRÈS sur le thème : « Les inondations à Dakar : causes et solutions durables », coanimée par le Dr Mahécor DIOUF, de l’École nationale supérieure d’agriculture (ENSA), et moi-même M.Djibril BA, Ingenieur agronome.
Cette initiative traduit notre conviction selon laquelle les réponses durables doivent s’appuyer sur l’analyse scientifique, l’expertise technique, le dialogue citoyen et la recherche de solutions adaptées à nos territoires.
Nous proposons, dans cette perspective, la mise en place d’un programme pilote de valorisation des eaux pluviales associant des sites du nord, du centre et du sud du pays. Ce programme pourrait combiner les études techniques, les aménagements hydrauliques adaptés, la protection des zones sensibles, l’accompagnement des producteurs et le suivi des résultats.
Il serait également pertinent de renforcer la coordination entre les politiques d’urbanisme, d’assainissement, d’agriculture et d’adaptation au changement climatique, afin que chaque investissement public puisse contribuer davantage à la sécurité des populations et au développement économique.
Faire de l’eau un levier de développement
Le Sénégal doit poursuivre sa transition d’une gestion principalement réactive des inondations vers une politique de prévention, d’anticipation et de valorisation durable des ressources hydriques.
Ainsi, nous encourageons vivement la poursuite des efforts engagés en faveur d’une urbanisation mieux maîtrisée et d’un aménagement plus cohérent des territoires. Nous estimons que cette dynamique gagnerait à être accompagnée d’investissements renforcés dans la prévention, l’alerte précoce, les infrastructures durables et la récupération des eaux pluviales à des fins productives.
Protéger les populations, aménager intelligemment nos territoires et valoriser chaque ressource disponible : telle doit être notre ambition collective.
C’est en conciliant sécurité humaine, résilience climatique, souveraineté alimentaire et développement territorial que nous pourrons véritablement bâtir un Sénégal plus résilient, mieux préparé aux défis climatiques et résolument tourné vers l’avenir.
Par Monsieur Djibril Ba
Ingénieur Agro-Economiste
Ingenieur Fînancier
MBA en Financial management
Président du Mouvement PROGRÈS





























