L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les sociétés africaines et transforme déjà de nombreux secteurs professionnels et sociaux. Dans ce contexte, le professeur sénégalais Ndiaga Loum, enseignant titulaire au Département des sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), vient de participer à la direction d’un ouvrage scientifique consacré aux usages, aux perceptions et aux enjeux de régulation de l’IA sur le continent africain.
Intitulé « Le processus d’adoption des usages de l’intelligence artificielle en Afrique : pratiques, perception et perspectives », l’ouvrage est codirigé par Ndiaga Loum avec Jean-Jacques Bogui et Nanga Désiré Coulibaly, tous deux de l’Université Félix-Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire. Il est publié en français et en anglais aux éditions ISTE, spécialisées notamment dans les recherches liées au numérique.
Une Afrique étudiée à travers ses usages réels
L’ouvrage rassemble plusieurs travaux consacrés aux différentes manières dont l’intelligence artificielle est déjà utilisée en Afrique.
Les recherches portent notamment sur les journalistes camerounais, les femmes professionnelles ivoiriennes, les enseignants marocains, mais également les étudiants sénégalais. L’ouvrage s’intéresse aussi à l’utilisation de l’IA par des organisations islamiques dans la transmission du savoir coranique.
Cette approche vise à montrer une Afrique confrontée à l’intelligence artificielle dans des réalités multiples, loin d’une lecture uniquement centrée sur les déficits technologiques ou, à l’inverse, sur le potentiel du continent.
La préface, signée par Alain Kiyoudou, directeur régional de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), souligne notamment la dimension thématique, interdisciplinaire et politique de la publication.
Ndiaga Loum : « L’Afrique devra apporter sa contribution »
Pour Ndiaga Loum, l’arrivée de l’intelligence artificielle soulève des questions qui dépassent largement le domaine technologique.
Le professeur, titulaire de la Chaire Senghor de la Francophonie en communication internationale, met particulièrement l’accent sur les enjeux liés à la protection des données personnelles, à la vie privée, à l’éthique et à la régulation.
Il estime que les cadres réglementaires et législatifs africains ne suivent pas toujours la vitesse à laquelle les nouvelles technologies sont adoptées. Selon lui, l’attention est souvent davantage portée sur l’usage des technologies que sur leur encadrement.
La question devient alors centrale : comment encadrer une technologie dont les capacités évoluent rapidement tout en préservant la place et les capacités d’action de l’être humain ?
Pour le chercheur, cette réflexion ne peut pas être menée uniquement ailleurs. L’Afrique doit participer à la définition des règles et des orientations qui accompagneront le développement de l’intelligence artificielle à l’échelle mondiale.
Le cas du Sénégal parmi les terrains étudiés
La présence d’une étude consacrée aux étudiants sénégalais donne une dimension particulière à cet ouvrage pour le public sénégalais.
Elle témoigne de l’intérêt croissant porté aux pratiques concrètes de l’intelligence artificielle dans les milieux éducatifs et professionnels du continent. L’IA n’est plus seulement abordée comme une technologie venue de l’extérieur : elle fait désormais partie des pratiques quotidiennes de nombreux Africains, avec des usages, des perceptions et des interrogations qui peuvent varier selon les pays et les catégories sociales.
Cette évolution pose notamment la question de la formation des jeunes, de l’évolution des métiers, de la production de l’information et de la capacité des institutions africaines à accompagner ces transformations.
Une réflexion qui touche aussi le journalisme
L’un des volets de l’ouvrage porte sur l’utilisation de l’intelligence artificielle par les journalistes camerounais.
Cette question revêt une importance particulière à l’heure où les outils d’IA sont de plus en plus présents dans les rédactions : recherche documentaire, transcription, traduction, résumé, traitement de données ou encore assistance à la rédaction.
Mais cette évolution soulève également des questions sur la vérification de l’information, la désinformation, la responsabilité éditoriale et la place du journaliste dans une profession en pleine transformation.
Un chantier scientifique appelé à se poursuivre
Pour les trois chercheurs, cette publication constitue une étape et non un aboutissement.
L’ambition affichée est de parvenir progressivement à dresser un état des lieux des usages de l’intelligence artificielle et de leur niveau d’encadrement dans l’ensemble des pays africains.
Le chantier reste donc ouvert à de nouvelles collaborations scientifiques.
Avec cette publication, Ndiaga Loum et ses collègues placent ainsi la recherche africaine au cœur d’un débat qui dépasse les frontières du continent : comment l’Afrique entend-elle participer à la gouvernance d’une technologie appelée à transformer durablement les sociétés ?
L’Université du Québec en Outaouais a annoncé cette publication le 29 septembre 2026.

























