À force d’observer les débats politiques qui traversent notre continent, une interrogation finit par s’imposer : consacrons-nous davantage d’énergie à conquérir le pouvoir qu’à construire l’avenir de l’Afrique ?
Épuisé d’écouter les hommes et les femmes politiques de tous bords du continent africain qui semblent vouloir nous convaincre que leur destin est de diriger la cité et le nôtre de les applaudir !
Épuisé de voir triompher l’accès au pouvoir par la puissance des armes, suivi de tentatives de régularisation destinées à conférer une légitimité politique à ce qui procède initialement de la force.
Épuisé de voir des présidents africains s’éterniser au pouvoir à la faveur d’élections dont la transparence et l’équité ne sont pas garanties. Sans oublier les coups d’état constitutionnels répétitifs.
Et cela ne semble guère déranger les donneurs de leçons à l’échelle internationale !
Comme si gouverner était un privilège réservé à quelques-uns et servir la cité une obligation imposée aux autres.
Il faut de tout pour faire un monde, dit-on. Mais faut-il nécessairement accepter que la conquête du pouvoir devienne une fin en soi et que les querelles politiques prennent le pas sur les véritables préoccupations des peuples ?
Cette Afrique des intelligences plurielles, des ressources immenses et des potentialités exceptionnelles mérite mieux que des confrontations permanentes, des ambitions personnelles démesurées et des querelles destructrices de l’équilibre sociétal.
Elle mérite que ses énergies soient mobilisées pour résoudre les équations urgentes qui conditionnent son avenir afin de lui permettre de rejoindre le podium de l’excellence.
Aucun parti politique, aucune coalition, aucune alliance, quelle que soit sa puissance, ne peut prétendre développer un pays sans son peuple, sans un patriotisme sincère, sans discipline collective et sans cette rage de faire de la politique un véritable sport d’équipe.
La politique ne saurait être une compétition permanente pour la conquête et la conservation du pouvoir. Elle devrait être, avant tout, une compétition d’idées, de visions, de convictions et de capacités à transformer positivement les sociétés.
Pendant ce temps, le monde change. Et à quelle vitesse !
Des blocs d’influence transfrontaliers se constituent, se recomposent et parfois se défont.
Des alliances stratégiques se nouent autour d’intérêts économiques, technologiques, scientifiques et géopolitiques. Les nations cherchent à peser davantage sur les décisions qui engagent leur avenir.
Et nous, en Afrique ?
Nous continuons trop souvent à privilégier les batailles politiques nationales, à entretenir des rivalités qui nous affaiblissent, à multiplier des communautés économiques régionales dont les ambitions proclamées contrastent avec les résultats obtenus et à célébrer une unité africaine qui peine à dépasser le stade des déclarations et des incantations.
Nous parlons d’intégration tout en cultivant la fragmentation.
Nous invoquons la solidarité tout en privilégiant des intérêts particuliers.
Nous célébrons l’unité africaine sans toujours accepter les exigences qu’elle impose.
Comment prétendre peser sur la marche du monde lorsque nous peinons à faire converger nos propres intelligences, nos ressources et nos ambitions ?
Comment espérer devenir un acteur majeur des transformations mondiales si nous consacrons davantage d’énergie à nous affronter qu’à construire ensemble ?
Comment continuer à considérer l’alternance politique comme une victoire suffisante lorsque les transformations économiques, sociales, scientifiques et institutionnelles attendues tardent à se concrétiser ?
En un mot comme en mille, nous quittons le plancher sans crier gare, pendant que d’autres occupent les espaces où se dessine l’avenir du monde.
L’Afrique ne manque ni d’intelligences, ni de talents, ni de ressources, ni de femmes et d’hommes capables de porter de grandes ambitions. Elle souffre notamment de notre difficulté à transformer ces atouts en une volonté collective, cohérente et durable. Bref, l’absence d’un Leadership transformationnel reste un de nos tendons d’Achille.
Il est temps de comprendre que le destin de notre continent ne peut être confisqué par les seuls acteurs politiques. Il appartient à ses peuples, à ses scientifiques, à ses entrepreneurs, à ses agriculteurs, à sa jeunesse, à ses femmes et à toutes les forces vives qui concourent quotidiennement à sa construction.
Il est temps de considérer que la diversité de nos convictions ne doit pas nous condamner à la division et que nos différences peuvent devenir les fondements d’une intelligence collective féconde.
Cette Afrique a la lourde responsabilité de voir le monde autrement, de penser autrement et d’agir autrement. Elle doit surtout rompre avec cette conception du pouvoir qui consiste à vouloir diriger les peuples plutôt qu’à les servir.
Gouverner la cité, ce n’est pas demander au peuple d’applaudir. C’est lui donner des raisons d’espérer, des possibilités d’agir et des résultats qui justifient sa confiance.
Gouverner la cité, c’est la servir avec amour, conviction, humilité et désintéressement.
L’Afrique n’a pas besoin de davantage de prétendants au pouvoir. Elle a surtout besoin de serviteurs de son avenir.




























