Boubacar Boris Diop honoré à Kigali : le silence assourdissant de la presse sénégalaise Par Dr Papa Ali Diallo

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Le 6 novembre prochain sera une date à retenir pour la littérature africaine. Ce jour-là, le grand écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop montera sur scène pour recevoir le Lifetime Achievement Award des Radiate Rwanda Awards. Une consécration internationale de plus pour cet auteur dont l’œuvre traverse les frontières et les générations. Mais à Dakar, la presse, toute la presse, s’est emmuré dans un silence, faisant l’omerta sur une énième distinction d’un digne fils de la patrie. Un silence qui en dit long sur nos priorités médiatiques.

Une reconnaissance qui vient de loin

Le lien entre Boubacar Boris Diop et le Rwanda ne date pas d’hier. En 1998, alors que peu d’intellectuels africains osaient encore aborder frontalement la question du génocide des Tutsi, il faisait partie des onze écrivains engagés dans le projet « Rwanda : écrire par devoir de mémoire ». De cette expérience est né Murambi, le livre des ossements, un roman qui a depuis intégré la liste des 100 meilleurs livres africains du XXe siècle et qui continue d’être étudié dans les universités du monde entier.

Vingt-huit ans plus tard, c’est le Rwanda lui-même qui rend hommage à celui qui n’a jamais détourné le regard. Bridgevision, une entreprise américaine implantée à Kigali, en partenariat avec l’UNESCO Rwanda, a décidé de distinguer l’écrivain sénégalais pour l’ensemble de sa carrière. La cérémonie se tiendra le 6 novembre 2026, en marge de la troisième édition des Radiate Rwanda Awards.

Contrairement aux autres lauréats, sélectionnés par un jury de cinq personnalités locales, Boubacar Boris Diop a été désigné par nomination directe de l’organisateur. Une manière de saluer une « œuvre considérable » qui dépasse les cadres habituels des prix littéraires.

Quand le Sénégal oublie ses fils

Pourtant, à parcourir la presse sénégalaise ces derniers jours, on chercherait en vain la moindre mention de cette distinction. Rien. Rien dans les médias, pourtant si prolixes lorsqu’il s’agit de relayer les moindres faits divers.
Car c’est bien là le paradoxe. La même presse qui consacre des pages entières aux disputes de quartier, aux accidents de la route banals ou aux déclarations fracassantes de personnalités en quête de buzz, reste muette comme une tombe face à l’une des plus hautes reconnaissances littéraires décernées à un Sénégalais.

Il faut dire que Boubacar Boris Diop n’est pas de ceux qui font la une pour leurs frasques. Depuis plus de quarante ans, il écrit. Il interroge. Il dérange parfois. De Les Tambours de la mémoire à Doomi Golo, en passant par L’Impératif du passif, son œuvre explore les failles de l’histoire africaine avec une rigueur qui force le respect. En 2022, il recevait le Prix Neustadt, souvent présenté comme le « Nobel américain » de littérature. Une consécration mondiale. Mais au Sénégal, là encore, l’écho fut discret.

Deux poids, deux mesures

Comparez avec le traitement réservé à d’autres actualités. La semaine dernière, un article de trois pages détaillait par le menu les péripéties d’un vol de poulets dans un village de la région de Thiès. Trois pages ! Avec interviews des voisins, photos du poulailler vide, et même une analyse des « nouvelles formes de délinquance rurale ».

La semaine d’avant, on apprenait en Une qu’une célébrité locale avait changé de coiffure. Analyse capillaire, commentaires des stylistes, réactions des fans. L’information, paraît-il, « intéressait les Sénégalais ».

Mais un écrivain de renommée internationale, honoré pour une carrière dédiée à la mémoire, à la justice et à la réflexion sur l’Afrique ? Ça ne « fait pas vendre », semble-t-il. Ou alors, cela ne correspond pas au « format » attendu. Trop long, trop complexe, trop exigeant aussi.

L’indifférence comme choix éditorial

Ce silence n’est pas un oubli. C’est un choix. Celui de pr

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