Les commissions vérité et réconciliation ont permis à plusieurs sociétés africaines de documenter des violations graves des droits humains. Mais leurs conclusions peinent encore à se traduire en réparations concrètes et en réformes institutionnelles durables. C’est le constat dressé par Fatou Bensouda, ancienne procureure de la Cour pénale internationale.
Intervenant lundi à Dakar lors d’une rencontre régionale consacrée à la justice transitionnelle, l’ancienne ministre gambienne de la Justice a attiré l’attention sur les difficultés rencontrées après la publication des rapports des commissions.
Selon elle, la principale faiblesse de ces mécanismes ne réside pas nécessairement dans la recherche de la vérité, mais dans l’application des recommandations formulées.
L’expérience gambienne constitue un exemple particulièrement instructif. Pendant près de trois années, la Commission vérité, réconciliation et réparations a recueilli les témoignages de victimes et de personnes impliquées dans des violations commises sous l’ancien régime.
Mais la reconnaissance des souffrances ne représente qu’une étape. Elle doit être suivie de mesures de réparation, de garanties de non-répétition et de transformations institutionnelles.
Fatou Bensouda a ainsi rappelé l’importance de la politique de justice transitionnelle adoptée par l’Union africaine en 2019, qui articule responsabilité, réparation, réconciliation et réforme.
Cette réflexion dépasse largement le cas gambien. Dans plusieurs pays africains, les commissions ont produit des rapports détaillés sans que toutes leurs recommandations soient effectivement appliquées.
La question centrale demeure donc celle de la volonté politique.
Car une société ne se réconcilie pas durablement par la seule publication d’un rapport. Elle doit aussi démontrer aux victimes que la vérité reconnue peut produire justice et changement.


























