Quel résultat attendez-vous, Monsieur le Ministre ?

Xalima
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Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale

Objet : Quel résultat attendez-vous, Monsieur le Ministre ?

Monsieur le Ministre,

Je m’appelle Youssou Diagne, professeur de Mathématiques et de Physique-Chimie au CEM Tijani. Je vous écris cette lettre ouverte non pas comme une plainte de plus dans le concert des doléances syndicales, mais comme un constat, chiffres à l’appui, que je vous invite à regarder en face.

Cette année, j’ai la charge de 7 classes. Chacune compte 88 élèves. Faites le calcul avec moi : 7 × 88, cela représente 616 élèves dont j’ai la responsabilité pédagogique. Après chaque évaluation, ce sont 616 copies qu’il faut corriger, une à une, avec la rigueur et l’attention que chaque élève mérite. Combien de temps faut-il, Monsieur le Ministre, pour corriger une copie de mathématiques avec sérieux ? Dix minutes ? Quinze ? Multipliez ce chiffre par 616, et dites-moi combien d’heures, de nuits, de week-ends cela représente pour un seul enseignant.

Alors je vous pose la question simplement : quel résultat attendez-vous ?

Attendez-vous que, dans une salle de 88 élèves, chaque enfant reçoive l’attention qu’il mérite ? Que je puisse identifier celui qui décroche discrètement au fond de la classe, celui qui n’ose pas lever la main, celui qui a besoin qu’on reprenne une notion une deuxième fois ? Attendez-vous que la correction d’une copie reste un exercice pédagogique, et non une course contre la montre où l’on finit par ne plus lire que la dernière ligne ?

Les enseignants du Sénégal ne sont pas fatigués du métier qu’ils ont choisi. Ils sont fatigués de l’exercer dans des conditions qui vident ce métier de son sens. On nous demande d’enseigner, mais on nous prive des moyens d’enseigner. On nous demande des résultats, mais on multiplie les obstacles qui les rendent impossibles.

Un effectif pléthorique n’est pas un simple inconfort logistique. C’est une décision qui pèse directement sur l’avenir de centaines de milliers d’élèves, sur la qualité de leur formation, et sur la santé physique et mentale de ceux qui les encadrent. Ce n’est pas une fatalité budgétaire : c’est un choix. Et ce choix a un prix, que ce sont les enseignants et les élèves qui le paient, chaque jour, en silence.

Monsieur le Ministre, je ne vous écris pas pour dénoncer sans proposer. Je vous écris pour vous demander, avec le respect dû à votre fonction, de répondre à une question simple : quel niveau d’effectif jugez-vous compatible avec un enseignement de qualité ? Et quel plan concret comptez-vous mettre en œuvre pour que nos classes s’en rapprochent ?

Les enseignants du Sénégal ne demandent pas l’impossible. Ils demandent les conditions minimales pour bien faire leur travail, celui de former les citoyens de demain.

Dans l’attente d’une réponse qui soit à la hauteur de l’enjeu,

Youssou Diagne
Professeur de Mathématiques-Physique-Chimie
CEM Tijani

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