DAKAR — L’affaire ASER connaît un nouveau rebondissement avec la mise en circulation d’une note confidentielle datée du 26 août 2024 et attribuée à Birame Souleye Diop, alors ministre de l’Énergie. Thierno Alassane Sall s’appuie sur ce document pour remettre au centre du débat la question de ce que les autorités savaient, et à quel moment, des soupçons entourant l’avance de démarrage du contrat.
Si son authenticité et son contenu sont confirmés, cette note pourrait apporter un éclairage nouveau sur la chronologie du dossier et sur la chaîne de responsabilité au sein de l’État.
Selon Thierno Alassane Sall, le document ferait état d’un détournement présumé d’une partie de l’avance de démarrage, dont une fraction aurait notamment servi au paiement de primes liées à la SONAC. Ces éléments restent toutefois à établir par la justice et ne peuvent, à ce stade, être présentés comme des faits définitivement établis.
L’enjeu politique tient à la chronologie. Si le document démontre que le Premier ministre Ousmane Sonko avait effectivement été informé dès août 2024 de ces soupçons, alors ses déclarations publiques ultérieures sur l’absence de « scandale ASER » devront être confrontées à cette nouvelle pièce.
Pour Thierno Alassane Sall, cette contradiction potentielle est au cœur du problème. Il accuse le pouvoir d’avoir entretenu une forme d’omerta et pose une question simple mais lourde de conséquences : que savait réellement l’exécutif et qu’a-t-il fait de ces informations ?
Le dossier prend également une dimension judiciaire. L’opposant estime que cette nouvelle pièce pourrait conforter les investigations du Pool judiciaire financier, notamment autour de la qualification d’« association de malfaiteurs ». Là encore, cette qualification relève exclusivement de l’appréciation des autorités judiciaires et ne saurait être déduite de la seule existence d’une note administrative.
L’affaire constitue désormais un test politique pour le régime. Celui-ci a placé la reddition des comptes au cœur de son discours et fait de Jub, Jubal, Jubbanti un principe cardinal de sa gouvernance.
La question est donc moins de savoir si une nouvelle pièce alimente la polémique que de déterminer ce qu’elle prouve réellement.
Une note confidentielle peut établir qu’une alerte a été formulée. Elle ne suffit pas, à elle seule, à établir la culpabilité des personnes mises en cause. Pour transformer cette controverse en vérité judiciaire, il faudra établir l’authenticité du document, son circuit de transmission, les destinataires, les suites données à l’alerte et la réalité des flux financiers évoqués.
Mais politiquement, le message de Thierno Alassane Sall est clair : l’affaire ASER est loin d’être close. Et si cette note devait être authentifiée, elle pourrait obliger le pouvoir à répondre à une question devenue centrale : ce qu’il savait en août 2024, et pourquoi le récit public de l’affaire a pu être différent.


























