Téra Meeting : bain de foule sur l’esplanade du stade Léopold Sédar Senghor Récit d’Elimane Ndao, journaliste à France 24

Xalima
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Je suis arrivé un peu avant 16 heures sur l’esplanade du stade Léopold Sédar Senghor pour couvrir le meeting du Pastef, ce samedi. Un lieu familier pour moi : ma famille habite juste en face. C’est là, enfant, que je m’étais cassé le bras gauche après une chute de vélo. Mais ce jour-là, à peine descendu du taxi, j’ai compris que j’avais commis une erreur : j’aurais dû venir bien plus tôt.

Armé du courage du reporter, j’ai décidé de me frayer un passage jusqu’à la tribune presse, malgré la foule compacte qui s’était massée sous le soleil de Dakar. J’étais chargé comme un marchand ambulant : cinq sacs au total. L’un pour la caméra et ses accessoires, un autre pour l’ordinateur, un troisième pour le drone, un quatrième pour mes affaires personnelles – téléphone et portefeuille – et enfin le trépied, coincé entre tout cela.

Il fallait maintenant percer cette marée humaine. « Sama xarit, mayma ma jall ! » (« Mon ami, laisse-moi passer ! ») ou encore « Sokhna ci, excuse-moi, cède-moi le passage ! » lançaient mes mots à des visages jeunes, souvent bienveillants, qui tentaient de m’aider malgré la promiscuité et la chaleur suffocante. Centimètre par centimètre, après une demi-heure d’efforts, d’excuses et de bousculades involontaires, j’ai fini par atteindre… non pas la tribune presse, mais l’estrade où Ousmane Sonko, Premier ministre et président du Pastef, devait prendre la parole.

Les bénévoles à qui j’avais demandé mon chemin m’avaient égaré. Épuisé, j’étais loin d’imaginer que le plus difficile restait à venir. Cinq agents de sécurité barraient désormais le passage, massifs, implacables. « Monsieur, jamais on va te laisser passer », m’ont-ils lancé. Reculer ? Impossible. Revivre le chemin tortueux d’où je venais ? Inconcevable. J’ai montré mon badge, ma carte de presse, mon matériel – en vain. Les bousculades s’intensifiaient, la pression de la foule derrière moi me poussait contre ces murs humains.

Profitant d’un moment d’inattention, j’ai réussi à contourner par le flanc, escaladant les gros baffles placés devant le podium. Victoire : me voilà enfin sur l’estrade, avec mes cinq sacs, trempé de sueur mais intact.

Sur les rebords de la tribune, j’ai repris mon souffle. Autour de moi, des secouristes de la Croix-Rouge portaient assistance à des militants épuisés, évacués de la foule après des malaises. Une scène à la fois de détresse et d’humanité.

C’est alors qu’un député, hilare, m’a reconnu : « Ki bokkul Pastef ! » (« Celui-là ne fait pas partie du Pastef ! »). « Non, je ne fais pas partie du Pastef, » lui ai-je répondu en souriant. « Je ne suis qu’un simple journaliste. »

Finalement, j’ai réussi à quitter la zone en passant derrière la tribune officielle, avant d’escalader le mur qui délimite l’esplanade. Quelques mètres plus loin, j’étais chez moi, sur la terrasse familiale, mon véritable poste d’observation. De là, j’ai sorti le drone, ajusté le zoom, et capté les images que vous avez vues dans mon reportage diffusé sur France 24.

Ce jour-là, ma tribune presse n’était pas réservée. Elle m’attendait à la maison.

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