Le jour où tout a basculé entre Senghor et Mamadou Dia Par Babou Biram Faye

Xalima
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Le 12 novembre 1962, le Sénégal indépendant basculait dans une crise institutionnelle majeure opposant Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia. Soixante-trois ans, plus tard, alors que Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko dirigent le pays à deux, le souvenir de cette fracture historique ressurgit. Le pays assisterait-il, à nouveau, à une rivalité entre deux frères d’armes au sommet de l’État ?
L’histoire va-t-elle se répéter ce 12 novembre 2025 ?

1962 : la rupture fondatrice

C’était une journée ordinaire devenue historique. Le 12 novembre 1962, la jeune République du Sénégal vacille. Le président Léopold Sédar Senghor et le président du Conseil Mamadou Dia, jusque-là compagnons de route, s’affrontent sur la vision et l’exercice du pouvoir.
Le désaccord se transforme en confrontation institutionnelle, puis en drame politique : arrestation de Dia et de ses ministres, fin du régime parlementaire, instauration du présidentialisme fort.
Le Sénégal, encore en construction, perd ce jour-là son équilibre initial, celui d’un pouvoir partagé entre l’esprit et l’action, entre l’intellectuel Senghor et l’économiste Dia.

2025 : le spectre du bicéphalisme plane à nouveau

Soixante-trois ans plus tard, le Sénégal vit sous le signe d’un nouveau tandem : Bassirou Diomaye Faye à la présidence, Ousmane Sonko à la primature.
Deux hommes unis par la lutte, la prison, et la promesse d’un renouveau politique. Deux figures complémentaires, mais aussi contrastées :
Diomaye, discret, institutionnel, rigoureux dans la forme et la méthode.
Sonko, charismatique, offensif, ancré dans la proximité populaire.
Une cohabitation harmonieuse en apparence, mais où la loyauté se heurte parfois à la légitimité révolutionnaire. Comme en 1962, les cercles du pouvoir bruissent de rumeurs, les réseaux militants s’interrogent, et le peuple observe avec prudence.
Deux époques, une même leçon : le pouvoir divise quand il est partagé

La crise de 1962 n’est pas seulement un épisode historique : elle est une mise en garde.
Senghor et Dia avaient un idéal commun, mais la mécanique du pouvoir les a séparés.
Aujourd’hui, Diomaye Faye et Ousmane Sonko portent eux aussi un rêve collectif — celui d’un Sénégal souverain, juste et débarrassé de la corruption. Mais la réussite de leur projet repose sur leur capacité à transformer la fraternité politique en gouvernance d’État, à éviter les pièges de la rivalité, et à institutionnaliser leur complicité au lieu de la personnaliser.

2025 n’est pas 1962, mais, l’histoire prévient

L’histoire ne se répète jamais à l’identique. Mais elle sait se rappeler aux mémoires distraites.
Le 12 novembre 1962 fut un avertissement : aucune amitié politique n’est assez forte pour résister à la tentation du pouvoir sans dialogue, sans respect des institutions, sans confiance réciproque.
Le 12 novembre 2025, le Sénégal espère un autre scénario : celui d’une continuité dans la loyauté, et non d’une rupture dans la méfiance.
Le Sénégal a besoin de stabilité, pas de duel. De complémentarité, pas de concurrence. À Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko de prouver que l’histoire peut, pour une fois, rimer avec sagesse. Ont-ils un choix loin du tintamarre ? On attend de voir. Ou “voyons voir”, comme disait l’aveugle.
BBF

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