Crise politique, Diomaye, Sonko, opposition, 2029 : L’ancien ministre d’État Abdou Fall met en garde contre une crise institutionelle

Xalima
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La reconfiguration des rapports de force, les tensions entre les différents pôles politiques, la création de « Kiiraay – Les Patriotes républicains », les prochaines élections territoriales et la perspective de la présidentielle de 2029 redessinent progressivement le paysage politique sénégalais.

 Dans un entretien accordé à L’Observateur, l’ancien ministre d’État Abdou Fall livre son diagnostic et appelle à préserver les équilibres démocratiques et institutionnels.

 Pour Abdou Fall, les bouleversements actuellement observés sur la scène politique sénégalaise ne relèvent pas d’une simple conjoncture. L’ancien ministre d’État estime que le pays traverse une phase de recomposition susceptible de transformer durablement le jeu politique, sur fond de divergences au sommet du pouvoir, de réorganisation de l’opposition et de préparation déjà perceptible des prochaines échéances électorales.


Interrogé par L’Observateur sur ce qu’il qualifie de « troisième alternance » et sur l’évolution des rapports entre le Président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, Abdou Fall considère que la crise actuelle touche désormais à l’architecture même du pouvoir. À ses yeux, le chef de l’État se retrouve confronté à une opposition à plusieurs dimensions : d’un côté, une ancienne majorité politique désormais en rupture avec lui et, de l’autre, une opposition parlementaire organisée notamment autour de formations réunies au sein du Front pour la défense de la République.


L’ancien ministre juge qu’une confrontation durable entre l’Exécutif et le Législatif serait difficilement soutenable dans le cadre institutionnel sénégalais. Il estime qu’un face-à-face prolongé entre ces deux pouvoirs pourrait provoquer des blocages dans le fonctionnement normal des institutions.


Face à cette situation, Abdou Fall distingue deux grandes possibilités. La première serait qu’un des camps renonce à la logique de confrontation malgré les ambitions déjà affichées pour l’élection présidentielle de 2029. La seconde passerait par une recomposition politique permettant au Président de la République, éventuellement avec de nouveaux alliés, de reconstruire une majorité parlementaire suffisamment solide pour assurer la stabilité et l’efficacité de l’action publique.


Pour l’ancien ministre, l’enjeu dépasse désormais les simples rivalités partisanes. Il considère que le Sénégal traverse une période susceptible d’évoluer vers une véritable crise institutionnelle si aucune solution politique n’est trouvée. D’où son plaidoyer pour une large concertation entre les acteurs concernés afin de dégager une issue démocratique et pacifique.


Abdou Fall met également en garde contre toute transformation radicale de l’architecture institutionnelle qui serait imposée par une majorité de circonstance. Il juge notamment qu’une modification profonde de la Constitution allant vers un régime parlementaire radical ne pourrait raisonnablement être envisagée sans consultation du Président de la République, de l’opposition parlementaire, de la classe politique et des forces vives de la Nation. Une telle évolution, estime-t-il, nécessiterait un large consensus national.


Sur le positionnement de l’opposition, Abdou Fall appelle celle-ci à éviter de se limiter à une confrontation entre anciens et nouveaux détenteurs du pouvoir. Il l’invite plutôt à se reconstruire comme une force politique autonome, porteuse d’un projet alternatif de gouvernement, d’une organisation renouvelée et d’un leadership capable de convaincre les Sénégalais.


L’ancien ministre considère d’ailleurs que la période actuelle peut offrir des opportunités à l’opposition. Selon son analyse, les difficultés économiques et sociales, les affaires qui affectent l’image du pouvoir ainsi que les tensions politiques internes constituent autant de facteurs susceptibles d’être exploités politiquement. Encore faut-il, prévient-il, que l’opposition fasse le travail nécessaire sur le terrain et soit capable de proposer un bilan et des perspectives crédibles.


La création de « Kiiraay – Les Patriotes républicains » est également abordée dans l’entretien. Abdou Fall estime que cette nouvelle formation participe à la recomposition en cours. Il rappelle toutefois qu’il est généralement plus difficile de construire une grande force militante lorsqu’on exerce le pouvoir, les grands militants politiques se forgeant souvent dans l’opposition.


Concernant la décision du Président Bassirou Diomaye Faye de se doter de sa propre formation politique, Abdou Fall dit ne pas vouloir spéculer sur les motivations personnelles du chef de l’État. Il relève toutefois l’existence de divergences d’orientation, d’approche et de style entre le Président et son ancien Premier ministre. Il observe également que les différents camps semblent désormais engagés dans la préparation de l’élection présidentielle de 2029. Dans ce contexte, il juge logique qu’un Président cherche à disposer d’un instrument politique qui lui soit propre.


Sur les prochaines élections territoriales, enfin, Abdou Fall plaide pour des consultations larges, transparentes et inclusives. Il rappelle que les règles électorales sont directement liées à la confiance démocratique et que leur modification ne saurait être abordée comme une simple question de calendrier. L’enjeu, souligne-t-il, est aussi de préserver la crédibilité du processus électoral et la stabilité institutionnelle du Sénégal.

igfm.sn

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