Le président Bassirou Diomaye Faye envisage la création de son propre parti politique.
Un mouvement de plus sur un échiquier politique déjà encombré de formations sans véritable identité, dirigées par des acteurs qui, au fil des années, ont transhumé d’une coalition à l’autre au gré de leurs intérêts.
Cette décision marque un tournant majeur. Le Pastef perd l’un de ses fondateurs, et Ousmane Sonko se sépare de son plus fidèle compagnon de combat. Pendant des années, Diomaye a été son bouclier. Il l’a défendu sur tous les plateaux de télévision, avec une loyauté sans faille, parfois même avec une fougue qui frôlait l’intransigeance.
Pour ma part, Diomaye n’a jamais été la personnalité politique qui retenait le plus mon attention. Je le voyais comme un homme discipliné, mesuré, intelligent dans ses analyses et solidement formé. Son parcours d’inspecteur des impôts et des domaines témoignait d’un niveau intellectuel certain. Il incarnait davantage la rigueur administrative que le charisme politique.
Aujourd’hui, en envisageant la création de son propre mouvement, il pose un acte politique majeur. C’est sans doute la première véritable rupture depuis l’arrivée du nouveau régime au pouvoir.
Ce parti naîtra dans un contexte particulièrement tendu. Le Pastef apparaît désormais profondément divisé entre les partisans de Sonko et ceux de Diomaye. Une fracture qui semblait inimaginable il y a encore quelques mois.
En réalité, cette séparation est l’aboutissement d’une accumulation de divergences, de rivalités et d’intérêts contradictoires. Les ambitions personnelles ont fini par prendre le dessus sur l’intérêt collectif.
Ni Ousmane Sonko ni Bassirou Diomaye Faye n’ont réussi à préserver l’unité qui faisait leur force. Le Sénégal, une fois de plus, risque de devenir le grand perdant de cette bataille d’influence.
Depuis des décennies, notre vie politique souffre des mêmes travers : la recherche du pouvoir pour le pouvoir, l’enrichissement personnel, les privilèges et le clientélisme.
Les acteurs politiques vivent souvent dans une réalité bien différente de celle des citoyens ordinaires. Pendant que les Sénégalais affrontent le chômage, la vie chère et les difficultés du quotidien, une partie de la classe politique continue de bénéficier d’avantages considérables.
La promesse de rupture tant annoncée tarde à produire les changements profonds que beaucoup espéraient.
Ousmane Sonko avait promis une reddition des comptes exemplaire. Beaucoup ont aujourd’hui le sentiment d’assister davantage à un règlement de comptes politique qu’à une justice impartiale. C’est d’ailleurs l’un des principaux sujets de désaccord entre lui et celui qu’il avait lui-même contribué à faire élire à la magistrature suprême.
Le pouvoir exige pourtant une qualité essentielle : la capacité à dépasser les ressentiments personnels. Gouverner, ce n’est pas régler ses comptes ; c’est réconcilier, rassembler et préparer l’avenir.
Enfin, une question mérite d’être posée.
Le futur parti de Diomaye attirera-t-il des militants convaincus par son projet politique ou des responsables attirés par les privilèges qu’offre la proximité avec le chef de l’État ?
Autrement dit, ceux qui le rejoindront le feront-ils par conviction ou par intérêt ?
C’est à cette question que l’histoire répondra.
Car au Sénégal, les partis politiques naissent facilement. Les véritables projets de société, eux, sont beaucoup plus rares.
Madere
USA





























