Remaniement au Sénégal : Thierno Bocoum met en garde contre une dérive politique

diatiger
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La réaction de l’opposition ne s’est pas fait attendre après l’annonce, samedi 6 septembre, du nouveau gouvernement du Sénégal. Dans une déclaration rendue publique, Thierno Bocoum, président du mouvement AGIR-LES LEADERS, a pris acte du remaniement opéré par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, sur proposition du Premier ministre Ousmane Sonko. Mais il n’a pas manqué d’en souligner les limites et les zones d’inquiétude.

Saluant la légitimité du pouvoir à réaménager son équipe, M. Bocoum a tenu à féliciter les nouveaux ministres nommés. Toutefois, il estime que ce remaniement ne répond pas aux attentes profondes des Sénégalais. “Au-delà des mouvements d’hommes et de portefeuilles, les Sénégalais attendent des résultats tangibles”, écrit-il, regrettant que cette occasion n’ait pas été saisie pour réduire le nombre de ministères. Selon lui, un tel geste aurait envoyé “un signal fort de sacrifice et de sobriété”, dans un contexte économique où les citoyens “supportent des charges toujours plus lourdes”.

L’ancien député interpelle également sur les conséquences politiques et symboliques de certaines décisions. Il cite notamment la démission d’Abass Fall, ex-ministre du Travail, nouvellement élu maire de Dakar. Ce départ, qui précède une décision attendue de la Cour suprême sur un litige électoral impliquant son prédécesseur Barthélémy Dias, est perçu par M. Bocoum comme un “signal équivoque” susceptible de “mettre une pression inacceptable sur la justice”.

Plus grave encore à ses yeux : le départ d’Ousmane Diagne du ministère de la Justice, qui aurait cédé, selon lui, à des “pressions publiques répétées”. Thierno Bocoum y voit une tentative de “faire sauter le verrou” d’une institution déjà affaiblie, pour la mettre “au service des intérêts partisans du Premier ministre et de ses militants”. Il cite notamment des déclarations d’Ousmane Sonko ayant regretté qu’il n’y ait pas eu davantage d’incarcérations lors des récents troubles politiques.

Mais c’est la nomination de Me Bamba Cissé au ministère de l’Intérieur qui cristallise les inquiétudes. Avocat personnel du Premier ministre, ce dernier est jugé trop proche du pouvoir pour occuper un poste historiquement sensible. “La classe politique a toujours souhaité que ce poste soit confié à une personnalité au-dessus de la mêlée”, rappelle M. Bocoum, qui y voit une volonté de “garder la main sur l’organisation des élections et sur la politique de répression”.

L’homme politique estime que ce choix “contredit de manière flagrante les combats menés jusqu’ici pour sanctuariser certains domaines de l’État”. Selon lui, la partialité présumée de ce nouveau ministre pourrait porter atteinte à l’équilibre démocratique. “Le ministère de l’Intérieur, garant des libertés publiques et de la régulation démocratique, ne peut s’accommoder d’une partialité manifeste”, affirme-t-il.

Au final, Thierno Bocoum juge que ce remaniement, au lieu de marquer une nouvelle ère de gouvernance, “fait planer le doute sur un agenda politique dangereux pour la démocratie, pour l’État de droit et pour la liberté des Sénégalais”.

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