Villas du Point E : Serigne Bassirou Guèye dément Yaya Abdoul Kane, conteste les 100 000 FCFA et révèle un loyer de 1,5 million

Xalima
By
Xalima
9 Min Read

Mis en cause dans les déclarations de l’ancien directeur général de la SOGEPA devant une commission d’enquête parlementaire, l’ancien procureur de la République sort de son silence. Serigne Bassirou Guèye rejette la version présentée par Yaya Abdoul Kane sur l’attribution de deux villas au Point E, conteste l’interprétation du montant de 100 000 FCFA et affirme avoir personnellement financé les travaux de rénovation du logement qu’il occupe.

La polémique autour de la gestion du patrimoine immobilier de l’État sénégalais connaît un nouveau développement. Au lendemain de l’audition de Yaya Abdoul Kane, ancien directeur général de la Société de gestion du patrimoine bâti de l’État (SOGEPA), devant la Commission d’enquête parlementaire, Serigne Bassirou Guèye a décidé de réagir. L’ancien procureur de la République de Dakar, également ancien président de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), conteste les accusations relatives aux conditions dans lesquelles il aurait bénéficié de biens immobiliers appartenant à l’État, dans le quartier du Point E à Dakar.

Dans ses déclarations rendues publiques ce vendredi 9 octobre 2026, le magistrat dénonce de « fausses déclarations » de la part de Yaya Abdoul Kane. Sa réaction intervient après les révélations de l’ancien responsable de la SOGEPA, qui avait affirmé devant les parlementaires que deux villas lui avaient été attribuées dans le cadre de baux emphytéotiques de 99 ans, moyennant un montant mensuel de 100 000 francs CFA, sur instruction de l’ancien président de la République Macky Sall.

Des accusations formulées devant les députés

Lors de son audition du jeudi 8 octobre, Yaya Abdoul Kane était revenu sur les conditions d’attribution de plusieurs biens immobiliers relevant du patrimoine de l’État. L’ancien directeur général avait notamment expliqué que certaines décisions concernant l’octroi de baux provenaient directement de la présidence de la République. Pour illustrer ses propos, il avait évoqué le cas de Serigne Bassirou Guèye, affirmant avoir reçu une instruction de l’ancien chef de l’État Macky Sall concernant l’attribution d’un bail emphytéotique à ce dernier.

Selon la version présentée devant la commission, deux villas situées au Point E auraient ainsi été concédées à l’ancien procureur pour une durée de 99 ans, avec un montant mensuel de 100 000 francs CFA. Yaya Abdoul Kane avait également indiqué que ces biens ne figuraient pas dans l’inventaire immobilier dont disposaient ses services. Ces déclarations, faites dans le cadre d’une enquête parlementaire consacrée à la gestion du patrimoine bâti de l’État, ont rapidement suscité des interrogations sur les procédures d’attribution et les conditions financières appliquées à certains bénéficiaires.

Serigne Bassirou Guèye fait remonter ses démarches à 2005

Face à ces affirmations, Serigne Bassirou Guèye présente une chronologie différente. Il soutient que ses démarches pour bénéficier d’un logement administratif remontent à 2005, soit plusieurs années avant l’accession de Macky Sall à la présidence de la République en 2012. Il explique avoir successivement occupé différents logements appartenant à l’administration avant de se voir proposer la maison du Point E, dans laquelle il affirme s’être installé en 2021.

L’ancien procureur précise que cette propriété était alors occupée par un commerçant guinéen qui l’utilisait pour entreposer des denrées alimentaires. Selon ses explications, le bâtiment nécessitait des travaux de rénovation qu’il affirme avoir financés sur ses propres ressources. Ce n’est qu’après ces travaux qu’il aurait entrepris les démarches administratives destinées à obtenir un bail. Le dossier aurait ensuite été transmis à la présidence de la République pour approbation, avant son inscription au livre foncier. Cette version vise notamment à replacer l’attribution du logement dans un processus administratif plus ancien que celui évoqué par Yaya Abdoul Kane.

Les 100 000 FCFA au cœur du désaccord

L’un des principaux points de divergence concerne le montant mensuel de 100 000 francs CFA mentionné devant les députés. Alors que Yaya Abdoul Kane l’a présenté comme le loyer associé à l’attribution des villas, Serigne Bassirou Guèye rejette catégoriquement cette interprétation. Il affirme que cette somme correspondait en réalité à une indemnité de logement prélevée sur son salaire et non au prix de location du bien immobilier.

L’ancien président de l’OFNAC apporte également une précision sur sa situation actuelle. Il assure occuper désormais la propriété dans le cadre d’un contrat de location fixant le loyer mensuel à 1,5 million de francs CFA. Une affirmation qui, si elle est étayée par les documents contractuels correspondants, permettrait de mieux comprendre l’évolution du statut d’occupation du logement. Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à établir les conditions juridiques et financières dans lesquelles le bien avait initialement été attribué.

Une lettre adressée au président Bassirou Diomaye Faye

La controverse ne se limite pas aux conditions initiales d’attribution du logement. Serigne Bassirou Guèye révèle également avoir été invité par la SOGEPA à libérer la propriété qu’il occupe au Point E. Cette démarche serait intervenue après l’alternance politique de 2024, dans un contexte de réexamen de la gestion et de l’occupation de certains biens immobiliers appartenant à l’État.

Contestant cette demande, l’ancien procureur affirme avoir directement saisi le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, par courrier. Il entendait ainsi faire valoir sa position concernant les conditions de son occupation et la décision prise par la société chargée de la gestion du patrimoine bâti. Le contenu intégral de cette correspondance, tout comme une éventuelle réponse de la présidence, n’a pas été rendu public dans les informations disponibles.

Deux versions contradictoires qui appellent un examen documentaire

Au-delà de la confrontation entre les déclarations de Yaya Abdoul Kane et celles de Serigne Bassirou Guèye, plusieurs questions demeurent. La première concerne le nombre exact de propriétés attribuées à l’ancien procureur. Là où l’ancien directeur général de la SOGEPA évoque deux villas, l’intéressé conteste cette présentation et centre ses explications sur le logement qu’il occupe au Point E. La seconde porte sur la nature juridique des contrats conclus, notamment sur l’existence et la portée des baux emphytéotiques évoqués devant les parlementaires.

La question des montants versés constitue un autre point essentiel. Il reste notamment à déterminer la nature exacte des 100 000 francs CFA mentionnés lors de l’audition, les conditions dans lesquelles cette somme était prélevée ou acquittée, ainsi que la date d’entrée en vigueur du contrat de location de 1,5 million de francs CFA évoqué par Serigne Bassirou Guèye. Les actes administratifs, les documents fonciers, les contrats et les éventuelles décisions d’approbation pourraient permettre d’établir précisément la chronologie des opérations.

Cette affaire intervient alors que la Commission d’enquête parlementaire poursuit ses investigations sur la gestion du patrimoine bâti de l’État. Ses travaux doivent notamment permettre de mieux comprendre les mécanismes d’attribution des biens publics, les conditions de leur occupation et les procédures ayant encadré certaines décisions prises au cours des dernières années.

Pour l’heure, les affirmations de Yaya Abdoul Kane et les explications de Serigne Bassirou Guèye constituent deux versions divergentes d’un même dossier. L’examen des pièces administratives et foncières apparaît désormais déterminant pour établir les faits, au-delà des déclarations publiques. L’ancien procureur, qui a choisi de répondre sur plusieurs aspects de cette affaire, n’a pas souhaité approfondir davantage ses explications.

Share This Article
Leave a Comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *