Du Duo au Duel : d’un Sénégal qui gagne à un Sénégal qui risque de beaucoup perdre !

Xalima
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Xalima
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En juillet 2025, je titrais ainsi une de mes publications : « Diomaye – Sonko : Tout faire pour que le Duo ne se transforme en Duel », en faisant allusion aux effets néfastes qu’une séparation entre eux pourrait générer sur la situation politique économique et social de notre pays.
Malheureusement, les derniers développements observés au sommet de l’Etat ces derniers jours semblent nous annoncer la rupture nette entre les deux protagonistes.
En effet, la situation politique au Sénégal en ce début de mois de mai 2026 est marquée par une tension persistante au sommet de l’État illustrant une sorte de “bicéphalisme” ou « dualité » entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko.
Pourtant au début de cette alternance politique en mars 2024, le pouvoir reposait sur un binôme inédit, un Duo voire un Tandem qui a émerveillé le monde entier. Cependant, au fil du temps, plusieurs points de friction ont émergé :

  • Conflit de légitimité : on observe une distinction entre la légitimité institutionnelle du Président Faye (élu au suffrage universel) et la légitimité politique d’Ousmane Sonko (leader historique du parti PASTEF),
  • Au mois de mars dernier, des tensions concernant la ligne politique du gouvernement ont poussé le PM Ousmane Sonko à avertir publiquement qu’il quitterait ses fonctions si le Président s’éloignait du “Projet” initial de rupture prôné par le parti,
  • Des désaccords ont été relevés sur des nominations clés autour du Président de la république et sur la manière de gérer la dette publique réévaluée à la hausse sous l’angle d’une dette cachée, compliquant les relations avec les institutions de Bretton Woods (FMI et Banque Mondiale),
  • Relativement aux réformes institutionnelles et électorales, un débat intense agite le pays autour des réformes attendues, en particulier sur la question des conditions d’inéligibilité qui pourraient impacter l’avenir politique d’Ousmane Sonko.

Le climat social est aussi influencé par des facteurs externes avec, au plan économique, un gouvernement qui doit faire face à une pression sociale du fait de nouvelles taxes instaurées dans le but de réduire le déficit budgétaire laissé par l’ancien régime.
Au plan politique, le Président Diomaye multiplie les appels au dialogue inclusif pour rassurer les investisseurs et maintenir la stabilité du pays, alors que l’opposition dénonce une “dérive autoritaire” du camp au pouvoir.
La question fondamentale aujourd’hui est de savoir si cette situation peut perdurer sans mener à une crise de régime ?
Le Président tente de s’affirmer comme le garant de l’unité nationale, tandis que le Premier ministre reste le moteur de la transformation radicale promise aux sénégalais.
La conséquence directe pour le pays est le ralentissement de la croissance économique (les autorités anticipent désormais une croissance limitée à 2,5%) avec à la clé des relations avec les bailleurs et la situation financière extrêmement tendues du fait du poids de la dette (plus de 100 % du PIB en fin 2025). Ainsi, le Sénégal est désormais classé en risque de surendettement “élevé” par le FMI.
Les révélations sur des chiffres de déficit sous-estimés (Misreporting) par le gouvernement de l’ancien Président Macky Sall compliquent les renégociations avec les partenaires internationaux.
Sur le climat des affaires, l’impact est encore perceptible du fait de la rivalité devenue claire entre la Présidence et la Primature avec comme conséquence directe l’attentisme des investisseurs étrangers qui craignent une instabilité des contrats ou des changements brusques de régulation car les discours divergents sur la “souveraineté économique” et la renégociation des contrats miniers créent une forme de paralysie.
Par ailleurs, une telle situation fait peser des risques réels sur la gouvernance de l’état. En effet, il y’a une sorte de confusion administrative qui place inconfortablement les hauts fonctionnaires face à des injonctions parfois contradictoires entre la vision stratégique de la Présidence ou l’action opérationnelle de la Primature. L’efficacité de l’action publique se trouve ainsi réduite car ces derniers se montrent prudents voire hésitants dans l’exécution des projets, craignant d’être désavoués par l’un ou l’autre des pôles de pouvoir.
Pourtant, le binôme Sonko-Diomaye avait pris un bon départ à travers la réduction du train de vie de l’État (des coupes drastiques ont été opérées dans les dépenses de fonctionnement au profit d’investissements prioritaires), un effort massif est consenti pour la production agricole et la relance d’industries nationales comme la Sonacos, avec l’objectif de réduire les importations et la dépendance au dollar et une gestion rigoureuse des finances publiques.
Mais, malheureusement, ce que nous vivons actuellement place le Sénégal à la croisée des chemins avec une dégradation progressive du climat politique faisant encourir au pays de gros risques, tels que le blocage des réformes institutionnelles nécessaires, l’exacerbation de la perte de confiance des marchés, la crise de confiance des bailleurs et la crise de la dette (que Dieu nous en préserve).
Et au final, c’est le Sénégal qui PERD !
Mamadou Lamine GUEYE
Ingénieur Agronome – Ingénieur en Industries Agro-Alimentaires
Diplôme d’Etudes Supérieures de Banque
Expert en Finance Inclusive
Président du Comité de Dialogue Social du Secteur de la Microfinance

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